L’affaire « Sté Ghadeer SARL » fait grand bruit au TGI/Gombe

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Contre toute attente, deux individus désignés « tortionnaires » du sujet indien Amin Noorali, emprisonnés depuis deux semaines à la prison centrale de Makala, ont été libérés le 7 mars 2017 sur décision des juges du Tribunal de grande instance de la Gombe.

Saisie de cette forfaiture, la hiérarchie judiciaire a immédiatement ouvert un dossier disciplinaire contre les 3 juges impliqués dans cette affaire liés aux faits aussi graves que l’enlèvement, la séquestration, l’arrestation arbitraire et la torture. Ainsi, Samutondi Ikomba, Kanyama Abdulu et Tuka Moporick, respectivement président de la chambre et membres de la composition, devaient comparaitre hier mercredi 8 mars 2017 afin de justifier leur démarche.

D’ores et déjà, il faut noter que dans leurs ordonnances statuant en appel contre l’ordonnance de mise en détention préventive, ces juges ont pris la décision de les libérer provisoirement, estimant qu’il n’y avait pas d’indices sérieux de culpabilité dans les chefs des inculpés et qu’il n’y avait pas de risque de leur fuite. Cependant, il est ordonné aux prévenus de ne pas quitter la ville de Kinshasa sans l’autorisation du magistrat instructeur et de se présenter devant lui chaque mardi et samedi.

Quant aux tortionnaires, Chatuwala Shannawaz Husenali alias « Jamaica » et Sameer Khoja, ils ont simplement payé la somme de 150.000 FC X 2 pour recouvrer leur liberté, alors que des soupçons sérieux de fuite pèsent sur eux, selon la partie civile.
En effet, cette affaire de torture dans des cachots privés qui a
heurté les consciences a, par ricochet, mis à nu les basses pratiques
de certains juges. « Nous réalisons que la justice appartient aux plus
offrants. Que fait-on du droit ? Que fait-on de l’équité ? Je me
demande comment est ce qu’un tribunal peut s’amuser à remettre en
liberté des sujets étrangers reconnus coupables des faits aussi graves
comme la torture et cela, moyennant une prétendue caution de CDF
150.000 ? Nous attendons voir les réactions du 1er président de la
Cour d’Appel, du procureur général, du procureur général de la
République, voire du 1er président de la Cour Suprême… », s’est
interrogé un avocat abasourdi par cette ordonnance statuant en appel
contre l’ordonnance de mise en détention définitive.
En réplique, le ministère public a soutenu que le premier juge avait
dit le bon droit en plaçant les inculpés en détention préventive, car
des indices sérieux de culpabilité pesaient effectivement sur eux par
le fait d’habiter ensemble avec la victime de l’infraction, facilitant
la perpétration des infractions mises à leur charge. D’où sa
sollicitation que les inculpés soient maintenus en détention pour
qu’ils se défendent une fois pour toute au fond.
Indignés, certains avocats ont unanimement interpellé le président du
TGI Gombe, Songambele, censé sanctionner ce genre d’injustice aussi
grave pouvant ternir encore l’image de la justice RD-congolaise.
Quant à la défense d’Amin Noorali, elle s’est refusé à faire de
commentaire à ce stade, faisant simplement constater la décision du
TGI Gombe de remettre en liberté les seuls prévenus déjà arrêtés, au
moment où Khwaja Dilawarhusen Alihusen, Directeur général de Ghadeer
SARL- et ses deux frères, auteurs intellectuels commanditaires des
faits, sont toujours en fuite. De leur cachette, accuse-t-on, ils
activent espèces sonnantes et trébuchantes pour dénouer en leur faveur
cette affaire qui ressemble au combat de David et Goliath.
Pour rappel, Amin Noorali, sujet indien de 37 ans et gérant d’un
magasin à Kikwit, a été séquestré et torturé pendant plus de deux mois
dans une concession à Limete/Kingabwa pour avoir perdu les traces de
20 cartons de pile. Les multiples blessures, fractures et brûlures sur
son corps ont indigné la communauté indienne de la RD Congo,
particulièrement celle de Kinshasa. Celle-ci a même unanimement élevé
la voix, le dimanche 5 mars dernier, pour dénoncer et condamner cette
double pratique de séquestration et torture. Sont mis en cause comme
auteurs intellectuels : Khwaja Dilawarhusen Alihusen, patron de la
société Ghadeer ; Khwaja Mahmadmunir Zulfikar, numéro 2 de cette
entreprise ; Khwaja Tofikhusen Zulfikar considéré comme troisième
personnalité de Ghadeer ; Bharvani Shabbirmrhndi Gulanraza ; et Khoja
Gulamali Anvarali.

Tshieke Bukasa