L’affaire Chebeya s’invite aux élections

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Avec le transfèrement du dossier de l’affaire de l’assassinat de Floribert CHEBEYA vers la Haute Cour Militaire, l’on s’achemine vraisemblablement vers l’inculpation de certains officiers généraux. Dont tout d’abord le colonel Daniel MUKALAYI, condamné à mort par la Cour Militaire de Kinshasa et probablement le général d’Armées John NUMBI Tambo, inspecteur général de la Police Nationale, frappé par une mesure de suspension juste au lendemain de l’acte crapuleux intervenu le 1er juin de l’année dernière.

On rappelle que la partie civile composée des familles de feu l’activiste des droits de l’homme Floribert CHEBEYA Bahizire et celle de son chauffeur et compagnon d’infortune Fidèle BAZANA avait réclamé depuis le début de cette affaire l’inculpation du général John NUMBI, considéré par elle comme le commanditaire de ce crime. Malheureusement, cet officier général de la Police Nationale n’est pas justiciable devant cette cour. Cette dernière l’avait du reste signifié aux parties à ce procès à rebondissement spectaculaire et inattendu. Ce qui n’a pas été du goût de la partie civile et des organisations de défense des droits de l’homme tant nationales qu’internationales.

Comme le dossier vient d’être transféré officiellement à la Haute Cour Militaire suite aux procédures  d’appel introduites conjointement par le colonel Daniel MUKALAYI, les commissaires de Police Michel MWILA, NGOYI Mulongoyi ainsi que la partie civile, il faut s’attendre à ce que les parties appelantes déposent des dossiers d’inculpation du général John NUMBI. Quitte alors aux juges de les déclarer recevables et fondés ou pas.

 

Floribert  Chebeya risque de voler la vedette aux élections

Il se fait cependant que la procédure d’appel risque de se dérouler pendant une période suspecte et très sensible, à savoir pendant les mois de dépôt des candidatures et du démarrage de la véritable campagne électorale pour la présidentielle et les législatives nationales dont le vote est prévu pour le 25 décembre prochain.

Coïncidence pour le moins troublante, le procès en appel devant la Haute Cour Militaire va se dérouler durant cette période et connaissant les mœurs, us et coutumes de la classe politique congolaise, le sujet sera exploité à fond par bon nombre des candidats, particulièrement ceux de l’opposition. Ils en feront leurs choux gras pour enfoncer davantage leurs adversaires du pouvoir actuel. Et cela, en recourant à tous les moyens avec comme objectif final d’incriminer le régime actuel dont les agents patentés, dont certains ont pris le large, sont considérés comme les commanditaires et exécuteurs de ce crime crapuleux. A tout le moins, ce procès va revêtir deux visages, l’un se déroulant dans la salle des audiences de la haute Cour Militaire et l’autre, plus attrayant, sera vécu dans les meetings populaires, salles des conférences, médias audiovisuels, écrits et sur le Web. Il n’est pas exclu que des banderoles, pancartes, tee-shirts, calicots et tout autre moyen de communication faisant allusion à l’ancien directeur exécutif de l’Ong Voix des Sans Voix ne soient mis à profit par les différents compétiteurs.

Dans les salons politiques de la Haute Ville, l’on craint que la campagne électorale ne puisse influencer d’une manière ou d’une autre le déroulement de ce procès en appel, dans la forme comme dans le fond. On doit aussi s’attendre à des révélations fracassantes de la part de tous ceux qui se croiront en droit de recourir à des moyens quelconques pour se tirer d’affaire d’autant que la procédure de cassation est lourde, longue et coûteuse en termes des fonds et de temps. Comme l’a dit un ancien condamné à une longue peine de privation de liberté, « voilà une victime de la bêtise et de la méchanceté humaine qui va voler la vedette de la campagne électorale ». Aussi curieux que cela puisse paraître et ironie du sort, Floribert CHEBEYA va se retrouver au cœur de cette période sensible de la vie nationale en rafraichissant la mémoire collective. «  Ce sera un événement dans  un autre évènement tout aussi palpitant et attrayant car cela n’arrive pas tous les jours », a indiqué au Phare un observateur attitré de la scène politique congolaise. Rappelant au passage que de telles situations sont rarissimes. La toute dernière dans les annales de l’histoire de ce pays remonte au procès de l’Affaire KALUME et Consorts en 1977, qui avait coïncidé avec la campagne pour les élections des membres du Bureau Politique et du Conseil législatif du défunt MPR-parti Etat. Avec cette différence de taille, c’est qu’à l’époque, l’opinion avait mal digéré cette affaire qui s’était clôturée par la condamnation suivie de l’exécution d’une dizaine de jeunes et brillants officiers des Forces Armées Zaïroises sortis de meilleures académies militaires de l’Occident pour des crimes sortis de l’imagination malveillante des tenants du régime en place.

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