L’administration de l’Economie chassée

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Les visiteurs qui fréquentent les couloirs du ministère de l’Economie, pour déposer du courrier, requérir un renseignement  ou introduire une demande du numéro d’identification nationale, assistent depuis le mardi 13 avril au déménagement de certains services jadis toujours logés au rez-de-chaussée du building Onatra. Mobiliers entassés par-ci, dossiers abandonnés par-là, les ordinateurs déposés à même le sol, et les agents gravissant des marches entre le rez-de-chaussée et le 6 ème niveau avec des cartons des dossiers sur la tête ou des armoires sur les épaules : tel est le spectacle qui surprend à première vue. On a de la peine à passer à travers ce défilé des meubles et des paperasses.

Au 6ème niveau, à l’aile réservée au ministère de l’Economie, on se croirait dans un entrepôt sous la douane compartimentée en bureau des archives ou des biens saisis. Les mobiliers sont en vrac, superposés les uns sur les autres pour gagner quelque espace. Des fonctionnaires qui les uns, debout parce que dépourvus d’une place assise, qui entassés sur une seule chaise comme dans un bus, ne savent pas recevoir dignement des visiteurs extérieurs. Faute de climatisation, les locaux dégagent une chaleur propre aux fours à pain où le travail intellectuel devient impossible. Pourtant, c’est dans ces bureaux mal famés et inconfortables que sont gérés des dossiers importants de la situation économique de la RDC.

Sous cette canicule, est vite écourtée la durée de vie du matériel informatique acquis au prix de nombreux sacrifices pour rendre efficient et optimal le rendement de chaque direction.

On se rappellera qu’à l’heure de notre adhésion à l’Ohada, il est  recommandé au gouvernement congolais, des efforts particuliers pour la simplification des formalités administratives, il est déplorable que ce soit la démarche contraire qui semble aujourd’hui privilégiée. Car, demander aux visiteurs souvent fatigués, quelquefois malades, de monter à pieds jusqu’au 6 ème niveau, c’est leur exiger un effort surhumain. Surtout, s’ils doivent redescendre et remonter pour déposer certains documents administratifs ou des photocopies.

De tous temps, certaines directions sont toujours logées au rez-de-chaussée où elles servent de vitrine au ministère de l’Economie. Ce choix était fait à dessein par les prédécesseurs Jean-Marie Bulambo, afin de recevoir dignement les visiteurs extérieurs. Cela n’a jamais gêné aucune fois ni le cabinet du ministre, ni perturbé le fonctionnement normal des activités des conseillers. D’où vient que l’administration centrale du ministère de l’Economie censée servir de base au travail réalisé par le cabinet du ministre, assurer l’exécution harmonieuse des mesures économiques et la mise en œuvre de la politique gouvernementale, ainsi que la sensibilisation des opérateurs économiques aux différentes décisions, législations et textes réglementaires, soit délocalisée non pas pour travailler dans des conditions décentes, mais comme dans des locaux- chaudières fourre-tout.

Que le nouveau ministre de l’Economie nationale ait sa vision du changement qu’il entend opérer dans son cabinet, est une bonne chose, mais qu’aux problèmes de la carence du matériel de bureautique, il ajoute ceux de l’insuffisance et de l’inconfortabilité des locaux, voilà qui inquiète et démotive certains agents situés au bout de la chaîne d’exécution des mesures qu’il pourra prendre.

N’est-ce pas qu’il devra s’appuyer impérativement sur les piliers des services centraux de son administration s’il veut réussir son mandat dans ce ministère où l’on attend de lui, plus que la poursuite de l’action de ses prédécesseurs, mais aussi davantage d’innovations pour la stabilité du cadre macro-économique, un effort accru de mobilisation des recettes, la stabilisation des prix sur les marchés, l’approvisionnement régulier et en grandes quantités du pays en denrées alimentaires de première nécessité, produites localement ou importées ?            

Nous croyons qu’il ne serait pas de bonne politique qu’à peine venu, il puisse déjà perturber les services appelés à accompagner son action et casser le rythme de travail. Ne serait-ce pas hasardeux  de mécontenter l’administration centrale de son ministère, en érodant la confiance lui témoignée, ainsi que l’espoir placé en lui ?

Le nouveau ministre de l’Economie a donc intérêt à vivre en symbiose avec les agents et cadres de son ministère, en lubrifiant tous les rouages de son administration, au lieu d’injecter des grains de sable dans la chaîne d’exécution de ces décisions. Ce qui à mains égards, perturbe l’harmonie de travail et baisserait le rendement des services.

Qu’on se le dise !

        J.R.T.

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