Lac Albert : les activités pétrolières gelées

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C’est depuis un mois que la Cour Suprême des Iles Vierges Britanniques a décidé le gel des activités de Caprikat et Foxwhelp sur les blocs I et II du Graben Albertine. En effet, le 21 octobre 2010,  les avocats de Tullow Oil ont réussi à persuader la Cour de prolonger l’injonction de gel de toute activité de l’association Caprikat et  Foxwhelp en attendant  la présentation des éléments  additionnels lors de la prochaine audience. En clair, en prolongeant cette décision, la Cour des Iles Vierges Britanniques a recommandé explicitement aux dirigeants de Caprikat et Foxwhelp de s’abstenir de tout droit de jouissance sur cette propriété disputée : transfert à autrui, exploitation, exploration jusqu’aux dernières   délibérations de la cour.  

            Pourquoi le sort du pétrole du Graben Albertine, du moins des blocs I et II, se traite-t-il désormais très loin du Congo, aux Iles Vierges Britanniques, dans les Caraïbes ? Pourquoi la société britannique Tullow Oil a-t-elle décidé de porter en justice, en ce lieu, le litige qui l’oppose aux sociétés Caprikat et Foxwhelp Ltd ?  

            A ces questions du Phare, l’avocat de l’entreprise britannique a franchement indiqué que le choix des Iles Vierges Britanniques n’est pas un fait du hasard. C’est tout simplement parce que c’est là qu’ont été enregistrées ces sociétés en mars 2010 avant de se faire attribuer lesdits blocs en juin 2010. Pour ce défenseur, la société Tullow flouée dans ce deal par le gouvernement congolais ne s’est jamais avouée vaincue.  Elle a, depuis lors, porté son combat sur le théâtre du droit et les choses ne se passent pas du tout mal pour elle. Car, après l’annonce du gel de toutes les activités de ses rivaux obtenu, il y a un mois, la même Cour suprême des Iles Vierges où comparaissent les deux protagonistes par avocats interposés, a confirmé le gel des activités de Caprikat et Foxwhelp sur les blocs I et II du Graben Albertine. 

Les avancées du voisin ougandais

            D’après l’avocat, Tullow est en plein développement de son site, sur la rive  ougandaise du lac Albert et tient à aller  jusqu’au bout de son projet à savoir : la production du premier barils en 2012 avec une capacité installée de 200.000 baril/jour. « Avec une telle production, selon l’avis de beaucoup de spécialistes, l’Ouganda fera une entrée en fanfare dans le club très fermé des pays producteurs pétrole. Ici, tous les indicateurs semblent au vert. Plus de 50 % de gros ouvrages sont déjà exécutés. Même après le retrait d’Héritage Oil, qui n’a payé qu’une partie de ses redevances sans répondre aux questions exigées par les autorités ougandaises, Tullow Oil a accepté de payer la différence due, soit plus ou moins 400 millions USD, car l’aval de  la nouvelle Joint venture Tullow Oil-Total-CNOOC en dépendait énormément », a-t-il affirmé.

            Avec toutes ces avancées et les bénéfices nets à court, moyen et long terme, on est bien en droit de se demander ce qui hante Tullow sur les rives congolaises du lac Albert. « C’est un problème de droit et de moralité dans le monde des affaires. Tullow  Oil revendique ses droits qu’elle voit lui être injustement arrachés, voilà le sens de sa bataille juridique actuelle » a-t-il répondu. En clair, explique-t-il, quand un opérateur répond à un appel d’offre, il est sélectionné, il paie ses droits ; il signe un CPP avec le gouvernement à travers des officiels qui en ont la qualité et le pouvoir. Quatre ans après, sans raison sérieuse, on a plutôt superposé plusieurs contrats sur le premier, alors que des ministres excellent dans des déclarations provocatrices dans la presse, sans en mesurer les conséquences fâcheuses. La dernière sortie, rappelle-t-il, est celle d’un ministre qui, au  soir du 29 septembre dernier sur une radio locale au cours d’une émission ‘’magazine économique’’, a indiqué que tout contrat quoique régulièrement signé par la République Démocratique du Congo est un « projet de contrat ».  Il n’est valable que s’il est sanctionné par l’aval du Chef de l’Etat. Ainsi, se pose-t-on plusieurs questions au sein de l’opinion, notamment celle de savoir comment cela peut-il être logique quand les membres du gouvernement  signent des contrats en cascade sur les mêmes blocs du Graben Albertine en encaissant des bonus de signature et ses corollaires tout en ayant en tête que ce sont des « projets des contrats ». Prévoient-ils une clause sur cette matière dans ce contrat pour éclairer la lanterne de l’investisseur qui,  lui, considère cet engagement comme sérieux? Peut-on signer autant des contrats et encaisser autant des bonus de signature tout en sachant que ce sont des projets ? C’est comprendre à tord le sens même du mot « contrat ».

            Dans tous les cas, conclut-il, cette affaire couplée à bien d’autres procès auxquels le gouvernement congolais fait face, ne va pas dans le sens d’améliorer son image ni celui du climat des affaires dont le pays a grandement besoin pour attirer le maximum d’investisseurs, créateurs de richesses afin de résoudre les sempiternels problèmes de chômage et de pauvreté. 

Tshieke Bukasa

 

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