La vraie bataille a commencé à Mbandaka :

0
41

Après le feuilleton des affrontements, le dimanche 04 avril 2010, entre les insurgés Enyele et les troupes coalisées FARDC-Monuc à Mbandaka, et la reprise totale de la situation sécuritaire de cette ville par l’armée régulière et la Police Nationale Congolaise, une autre bataille a commencé : c’est celle de la lutte contre la peur. En effet, en dépit de la mise en déroute des assaillants, de la cessation effective des tirs incontrôlés et de la reprise des activités administratives, commerciales et autres depuis le mercredi 07 avril 2010, la psychose d’une nouvelle attaque des Enyele plane sur le chef-lieu de la province de l’Equateur.

Nombre de « Bana Ekanga » ont le sentiment d’être pris en étau par des ennemis invisibles, retranchés dans les forêts environnantes. Ce qui continue d’inquiéter le plus les Mbandakais, c’est le faible bilan des tués (9 morts) dans les rangs des Enyele, évalués pourtant à plus d’une centaine d’éléments, selon plusieurs sources locales. Mathématiquement, pense-t-on, leur capacité de nuisance serait très grande, d’autant qu’ils jouiraient de nombreuses complicités à Mbandaka comme à Kinshasa, ainsi que l’a reconnu le gouverneur de province en personne. Certes, le gouverneur Jean-Claude Baende a fait sa part de travail dans l’optique du réarmement moral de ses administrés, lundi dernier lors d’un meeting, en les assurant du solide dispositif de sécurité mis en place en vue de protéger les personnes et leurs biens, mais aussi d’éviter la répétition de ce qu’on considère comme une aventure militaire des Enyele dans la ville.

 

L’autre motif de la peur des habitants réside dans le comportement incivique de certains membres des FARDC et de la police, qui n’hésitent plus à détrousser les paisibles citoyens qui se risquent en dehors de leurs habitations, ou carrément à faire de l’amalgame entre Enyele et tout homme, surtout jeune, porteur d’habits délavés ou déchirés. La chasse aux suspects, accusés sans preuves, ne fait que creuser le fossé déjà existant entre les compatriotes en uniforme et les civils.

Conseil Supérieur de la Défense : un signal fort attendu

L’annonce, pour ce jeudi 08 avril 2010 à Mbandaka, d’une importante réunion du Conseil Supérieur de la Défense autour des événements du dernier week-end, est fort attendue par une population fortement traumatisée par la facilité avec laquelle leur ville « était tombée » entre les mains d’une poignée d’Enyele venus de loin et non porteurs d’armes lourdes. Les membres de cette instance, dont la présidence est assurée par le Chef de l’Etat, et au sein de laquelle siègent notamment le Premier ministre, le Vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur et de la Sécurité, le ministre de la Défense, le chef d’état-major général des FARDC, l’Auditeur général de la République, le Conseiller Spécial du Chef de l’Etat en matière de Sécurité, l’Administrateur Général de l’ANR, l’Inspecteur Général de la Police Nationale …devrait envoyer un signal fort en direction des habitants de Mbandaka.

Ceux-ci sont curieux de savoir si leur ville était réellement sécurisée avant l’attaque des Enyele et, dans l’affirmative, avoir des réponses aux questions relatives au flottement défensif enregistré dimanche dernier, à l’existence des caches d’armes leur ayant permis d’accroître leur puissance de feu, à l’abandon d’armes à l’ennemi, aux complicités locales, civiles et militaires, les ayant rapidement aiguillés vers les sites stratégiques.

Si le sentiment de la vulnérabilité du dispositif de défense de Mbandaka n’est pas évacué, il serait difficile d’obtenir des Mbandakais qu’ils croient au retour d’une paix durable.

Ils attendent aussi des mesures claires d’encadrement des militaires et policiers, chargés certes de les sécuriser, mais qui ont de plus en plus tendance à croire qu’ils se trouvent dans une « zone opérationnelle » où tous les coups contre les civils sont permis.

Les leçons de Mbandaka

Ce qui vient de se passer à Mbandaka nous apporte plusieurs leçons. La première est que le pays continue de payer un lourd tribut aux échecs combinés des opérations de brassage et de mixage lancées pendant la Transition du Régime 1+4. Notre système de défense et de sécurité fait les frais du trop plein de chefs militaires et des troupes de l’armée et de la police recrutés et promus dans le cadre du fourre-tout des « Composantes » et « Entités » belligérantes signataires de l’Accord Global et Inclusif de Sun City.

C’est, une fois de plus, le lieu d’en appeler à l’accélération du processus de réforme de l’armée, de la police nationale et des services de sécurité, de manière à confier la lourde responsabilité de la défense et de la sécurité nationale aux compatriotes outillés à cette fin. La taille numérique de toutes ces structures de défense devrait naturellement être réduite, dans la droite ligne du processus de désarmement, démobilisation et réinsertion. L’inflation des grades ainsi que les actions d’intégration massive dans ces corps spéciaux devraient être abandonnées.

La RDC n’a pas besoin d’une flopée de généraux et colonels « affairistes », plus préoccupés par leur enrichissement personnel que par la sécurité du pays, ni de militaires et policiers totalement ignorants de la mission leur définie par la Constitution de la République pour la défense du drapeau national. La distraction est à bannir en matière de défense et de sécurité du territoire national, sinon le scénario de Mbandaka pourrait se reproduire ailleurs, avec une invasion armée par bateau, par avion ou par camion. Il y a cinq ans, c’était un raid aérien sur la base de Kitona, au Bas-Congo. Aujourd’hui, le danger est venu d’un innocent bateau.

                                               Jacques Kimpozo

LEAVE A REPLY

*