La violence électorale croissante fait peser un risque sérieux sur le déroulement des élections

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Huit organisations en charge des droits de l’Homme et de la Presse ont exigé que cessent les violences qui deviennent le lot quotidien du processus électoral en cours et particulièrement de la campagne électorale pour les élections du 28 novembre 2011. Elles ont rappelé au gouvernement congolais son devoir de protection de tous ses citoyens pendant cette période cruciale et aux partis politiques l’obligation du respect des lois de la République. C’était lors d’un point de presse organisé hier lundi, 14 novembre 2011, dans une salle des réunions de l’Eglise catholique Notre Dame de Fatima, dans la commune de la Gombe. A cette occasion, les ONGs ANMDH, ASADHO, FMJC, JED, OMEC, NSCC, RAF et VSV – qui ont mis sur pied un Observatoire des Manifestations Publiques (OMP) – ont suffisamment souligné la responsabilité d’un traitement équitable de toutes les parties prenantes au processus électoral, de peur de créer des frustrations avant, pendant et après les élections. L’injustice ne favoriserait pas la paix. La justice congolaise, ont-elles souligné, a une grande responsabilité par le fait qu’elle est complémentaire de la justice internationale à travers la Cour pénale internationale que tout le monde sollicite pour juger des crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

A deux semaines des élections présidentielle et législatives prévues pour le 28 novembre 2011, la détérioration continue de la situation des droits de l’homme et la montée des actes délibérés d’insécurité font peser une menace sérieuse sur l’organisation des élections qui doivent réunir un minimum de garanties de transparence, ont constaté des organisations de la société civile congolaise réunies au sein d’un Observatoire des manifestations publiques.

Ce constat a été fait au cours d’une réunion consacrée à l’analyse d’indicateurs d’une situation propice aux élections apaisées, parmi lesquels la sécurité des acteurs politiques engagés dans le processus électoral, celle des journalistes qui couvrent les élections et celle des défenseurs des Droits humains à travers le pays. Les organisations de la société civile présentes ont dressé de la situation sécuritaire un tableau suffisamment inquiétant corroborant le rapport du bureau conjoint des Nations Unies sur les Droits humains et les appréhensions de l’Archevêque de Kinshasa Laurent Cardinal Monsengwo Pasinya.
La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) insiste sur les avancées des préparatifs pour les élections aux plans techniques et logistiques au regard de l’analyse critique de la plate forme Agir pour des Elections Transparentes et Apaisées (AETA). Les ONG de promotion des Droits humains et de protection des journalistes signataires de cette déclaration tiennent cependant à rappeler que les élections ne sont pas seulement une affaire technique et logistique. Elles sont d’abord et avant tout une affaire éminemment politique. A ce sujet, les organisations signataires relèvent que sur le plan sécuritaire et politique la situation s’est gravement détériorée depuis le début de la campagne électorale au point qu’elle n’augure aucunement des élections apaisées.
Les ONG ont notamment relevé des affrontements fréquents entre les partisans des partis de la majorité présidentielle au pouvoir et ceux de l’opposition à travers le pays; des attaques répétées et à motivation électorale, perpétrées par des groupes armés contre la population civile dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu ; des informations faisant état de l’implication des membres des forces armées dans la campagne électorale ; des cas fréquents d’affrontements violents et parfois mortels entre partisans de l’UNAFEC et ceux de l’UDPS au Katanga ; l’attaque mortelle contre une caravane motorisée de l’opposition à Mbuji-Mayi le 28 octobre 2011; l’attaque mortelle contre le cortège de l’UNC à l’entrée de la ville de Kikwit au Bandundu le 9 novembre 2011, etc . Tous ces actes de violence confirment les appréhensions du Cardinal Mosengwo sur l’instrumentalisation des jeunes sportifs et leur analyse amène à croire que les conditions d’élections libres et apaisées ne sont pas réunies.

Le recours systématique à la violence pour empêcher le bon déroulement de la campagne électorale augmente le risque de voir les résultats des élections contestés par une partie de la classe politique. Le manque de confiance en la neutralité professionnelle de la police et en l’indépendance du pouvoir judiciaire fait augmenter le risque de voir cette contestation des résultats des élections prendre une forme violente. Il est par conséquent d’une importance particulière pour le gouvernement et la CENI de reconstituer un minimum de consensus avec la classe politique congolaise comprenant toutes les parties prenantes à la compétition électorale.
Le gouvernement de la RDC devrait assumer ses responsabilités et assurer les conditions d’apaisement pour toutes les parties prenantes avant les élections. Il doit en particulier veiller à déployer une force de police capable à la fois de garantir les libertés des citoyens à participer aux activités politiques et de prévenir et réprimer les actes de violence contre les candidats et leurs partisans.

En tant que gestionnaire et organisatrice des élections, la CENI doit veiller particulièrement à s’assurer qu’en plus des conditions logistiques et techniques, les scrutins réunissent les conditions propices à la sérénité et l’apaisement des esprits qui ne sont possibles que par un minimum de consensus politique nécessaire à l’acceptation des résultats. L’annonce par la CENI de la mise sur pied d’un comité de médiation est un pas positif dans la bonne direction. L’existence d’un tel comité composé de personnalités indépendantes de la CENI ne doit cependant soustraire la CENI à sa responsabilité première de créer les conditions nécessaires à un large consensus politique autour des étapes et des règles du jeu des élections.

Organisations signataires :
ANMDH, Amis de Nelson Mandela pour les Droits Humains
ASADHO, Association Africaine de défense des Droits de l’Homme
FMJC, Femmes des Medias et Justice au Congo
JED, Journalistes En Danger
NSCC, Nouvelle Société Civile Congolaise
OMEC, Observatoire des Medias Congo
RAF, Réseau Action Femme
VSV, Voix des Sans Voix pour les Droits Humains

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