La stratégie de corruption des chefs coutumiers montre déjà ses limites : désaveu total et dangereux

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La petite territoriale est sur le point d’imploser dans le territoire de Lubero, dans la province du Nord-Kivu. Aux problèmes insolubles d’insécurité et de sous-développement vient de se greffer la mauvaise gouvernance. Le ras-le-bol de la population est en train de se traduire par le désaveu en chaîne de ceux qui représentent l’autorité de l’Etat à la base : chefs des localités, des secteurs et des cités.

Aux uns et aux autres, il est reproché des impairs liés à l’incompétence, à la corruption, aux arrestations arbitraires, aux tracasseries administratives, à l’engagement politique, etc. Lorsque l’on s’imagine l’importance, dans l’arrière-pays, des entités comme les localités, les secteurs et les cités, dans l’administration des dizaines de milliers de citoyens, l’on ne peut que redouter le chaos dans cette partie du pays où il est fait état de l’abandon, par les délégués du pouvoir central et provincial, de leurs postes.

Ce qu’il faut craindre est que la RDC, dépourvue d’animateurs d’entités de base (localité, secteur, cité, territoire, district et plus tard province) ne devienne ingouvernable. Au Nord –Kivu en tout cas, le décor du non-Etat est planté à Lubero.

Abus du pouvoir et vagabondage politique

Que s’est-il passé pour que l’on en arrive à cette situation extrême de « rébellion » contre les autorités locales légalement établies ? Selon de nombreux observateurs, l’explication est à chercher dans des abus répétés du pouvoir dans lesquels s’illustrent les «roitelets » qui ont pris en otage la petite territoriale. Se croyant tout permis, ils n’en font qu’à leur tête, violant impunément les droits les plus élémentaires de leurs administrés. Détentions illégales, amendes exorbitantes sans quittance, tracasseries administratives de toutes sortes ont fini par avoir raison des nerfs de ceux qui sont censés leur devoir respect et soumission, mais qui tiennent à leur dignité d’êtres humains comme à la prunelle de leurs yeux.
La « majorité silencieuse », que ces gestionnaires des entités administratives de base considéraient comme malléable et corvéable à merci, a finalement montré à tous qu’elle en avait marre d’encaisser.

S’agissant du vagabondage politique, des activistes de la Société Civile avaient dénoncé dernièrement l’engagement politique de certaines autorités traditionnelles et administratives, moyennant dons en nature ainsi qu’espèces sonnantes et trébuchantes. Ce mécontentement découlait du principe sacro-saint selon lequel l’administration publique et ses membres étaient réputés apolitiques. Le fait de déroger à ce principe était perçu comme un dangereux dérapage de la part de ceux qui étaient appelés à remplir, en permanence, la mission de « rassembleurs ».

Mais dans l’esprit de leurs « sponsors », ils avaient la charge de leur amener, lors de prochaines consultations populaires, les voix de leurs populations. Dès que la nouvelle s’est ébruitée, un large fossé s’est automatiquement creusé entre les nouveaux petits bourgeois politiques et leurs administrés, qui continuent de se débattre dans un océan de misère et d’insécurité, au regard des promesses électorales de 2006.

Un message interpellateur

Le désaveu affiché par les habitants du territoire de Lubero envers leurs « chefs » administratifs et traditionnels devrait interpeller tous ceux et toutes celles qui, à partir de leurs bureaux et  villas de Kinshasa, croient naïvement que les « campagnards » n’ont pas d’yeux pour voir, ni de lucidité pour distinguer le bien du mal, encore moins de mémoire pour se souvenir du « paradis » qu’ils leur avaient fait miroiter il y a plus de quatre ans.
Un tel message est fort interpellateur car il signifie que, dans quelques mois, les électeurs vont interroger sérieusement leur conscience avant de glisser leurs bulletins dans les urnes. Ce n’est pas la Pajero qu’on aura remise au chef coutumier qui fera basculer tout son village dans le camp de son donateur, ni les « enveloppes spéciales » distribuées aux chefs de secteurs ou administrateurs de territoires.

Au mieux, ces fonds jetés par la fenêtre auraient pu être affectés aux micro-projets de développement dans les domaines de l’agriculture, de la pêche, de l’élevage, de la santé, de l’éducation. Des actions sociales visibles seraient plus porteuses que l’achat des consciences.

Kimp

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