La sonnette d’alarme de F. Muamba: «Si la maison Congo n’est encore tombée, elle en prend… le chemin !»

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KINSHASA, LE 4 JANVIER 2010

 

Congolaises, Congolais,

Chers Compatriotes,

  

            L’année 2009 vient de s’achever, en même temps que sonne le début de cette nouvelle année 2010. c’est sans doute  l’heure du bilan ; mais puisqu’une année nouvelle apporte toujours l’espoir, c’est aussi l’occasion de faire le pari de l’avenir.

            Au-delà des vœux de bonheur, de réussite, de prospérité et de bonne santé que j’adresse à chacune et à chacun d’entre vous, ma pensée ira d’abord vers les martyrs de l’indépendance, ces personnes qui ont sacrifié leurs vies pour que notre pays recouvre sa liberté.

 

            Ma pensée va également vers nos compatriotes qui ont faim et qui peinent à vivre puisque privés d’emplois, vers ceux qui souffrent de maladies de toutes sortes, tout simplement puisqu’ils appartiennent à un pays qui ne dispose d’aucun système de prise en charge de la santé de ses citoyens, vers ceux qui n’ont accès ni à l’eau potable ni à l’électricité alors même que le reste du monde voudrait s’accaparer de ces ressources si abondantes chez-nous, vers tous ces oubliés, tous ces laissés pour compte par un gouvernement qui prend plaisir à se vautrer dans l’autosatisfaction.

            C’est donc avant tout, vers tous ces chefs de familles qui tentent malgré tout de rester dignes, vers ces mamans qui croulent sous la responsabilité inédite de nourrir maris et enfants au moyen d’expédients et vers ces jeunes filles et garçons déboussolés qui tous ont besoin de notre soutien et de notre solidarité, que va prioritairement ma compassion.

Enfin, puisqu’il nous faut rendre hommage à nos martyrs de l’indépendance et à tous les êtres chers qui nous ont quitté au cours de l’année écoulée, je vous prie de bien vouloir observer une minute de silence en leur mémoire.

Je vous remercie.

 

Congolaises, Congolais,

            Le discours gouvernemental est aujourd’hui à la confiance et à l’autosatisfaction, mélangé d’une bonne dose de méthode coué. Malheureusement, l’année 2010 s’ouvre sous le signe de l’aggravation de la misère sociale chez le plus grand nombre d’entre nous, cela en dépit d’énormes potentialités dont dispose la République Démocratique du Congo.

            En effet, sous les gouvernements qui se succèdent à Kinshasa depuis décembre 2006, non seulement la situation sociale des Congolais n’a jamais été aussi catastrophique, mais des incertitudes politiques, économiques et sécuritaires s’amplifient dans notre pays, pendant qu’au plan international la nation congolaise voit son rang décliner inexorablement dans le concert des nations. ceci est d’autant paradoxal que notre pays était encore, à la distance de seulement une génération, ce grand congo respecté, voire envié !

 

Congolaises, Congolais,

            Dénoncer cet état de fait était pour moi une raison nécessaire de prendre la parole. Mais, il y a un autre motif qui m’a incité à m’adresser à notre peuple ; celui d’éclairer l’opinion, en ce début du mois de janvier 2010, sur la partie qui se joue dans notre pays où tous les tournants de son histoire moderne ont débouché sur des rattrapages spectaculaires et souvent sanglants.

En effet, cette année qui commence est celle au cours de laquelle la RDC, notre pays, commémore le cinquantenaire de son accession à la souveraineté internationale. le moment m’a semblé donc indiqué pour marquer d’une certaine manière une pause et regarder notre nation au fond des yeux, en vue de la scruter dans tous ses états, dans toutes ses strates, sans aucune complaisance, pour non seulement savoir où nous en sommes au bout de cinquante années d’indépendance, dont neuf sous l’actuel chef de l’etat, mais aussi tenter de cerner les raisons précises qui, en attirant inlassablement la RDC vers les abimes, malgré que nous soyons allés aux urnes en 2006, semblent l’avoir condamné à une perpétuelle régression dans un monde pourtant en pleine mutation.

Le secrétaire général du mlc, deuxième force politique du pays et première de l’opposition parlementaire, ne pouvait pas se permettre de ne parler que pour établir un simple bilan ni  se contenter de fustiger le gouvernement, même si cela est par ailleurs justifié. Car, de par son histoire et son parcours, le MLC est investi d’une mission particulière aux yeux des congolais. il incombe en effet à ce parti de forger, y compris dans la douleur, les termes de référence d’une alternance politique crédible pouvant conduire au changement que notre peuple appelle de ses vœux.

            Dès lors qu’un tel agenda stipule que la RDC doit recouvrer la prospérité et la grandeur auxquelles son peuple a droit, il s’agit également pour le MLC d’indiquer le chemin critique de la réalisation d’un tel dessein qui, de toute manière, postule nécessairement le rassemblement de tous les patriotes, de toutes les forces-vives de la nation qui refusent un Congo qui mendie à genou la jouissance de ses propres ressources. cette responsabilité historique est donc le troisième et dernier motif qui m’amène au message de ce jour sur la nation dans tous ses états.

 

Congolaises, Congolais,

            Trois ans après que nous ayons, ensemble, lancé le processus de refondation de notre patrie, il faut malheureusement constater que les espérances suscitées par les élections sont en deçà de ce que le peuple attendait. c’est dire que l’espoir a cédé au désespoir. dans ce climat de doute et d’incertitude que traverse la société congolaise, provoquant le rejet de la classe politique, une espèce de morosité et de malaise profond s’est installé partout dans notre pays, faisant planer le spectre du chaos.

            Les ressources naturelles dont regorge notre pays sont toujours là, de même que les Congolais continuent à croupir dans une misère incompréhensible à l’esprit du reste du monde qui nous observe. Si la maison Congo n’est pas encore tombée, elle en prend dangereusement le chemin.

            Au lendemain des élections de 2006, le peuple congolais espérait que le gouvernement issu des urnes, fort de cette légitimité, allait se donner la capacité de prendre possession de l’ensemble de l’espace Congo, d’en domestiquer les paramètres pour transformer cette aire en un endroit humain, dans le vrai sens de ce terme. C’est-à-dire un lieu où vivent des hommes et des femmes, régis par des valeurs morales et éthiques, où règne la paix qui inclut la justice et où est créée la richesse au bénéfice de toutes ses composantes. Or, rien de tel ne nous est arrivé depuis trois ans. La cause primordiale de cet échec, tient au fait que le Régime en place a totalement bloqué la vie politique dans notre pays.

            En effet, il faut noter que la vie politique dont nous parlons est une réalité qui, dans un pays normal, se nourrit du débat démocratique exercé au sein et en dehors des Institutions publiques, elles-mêmes fonctionnant d’une manière républicaine. Le tout étant codifié par des textes fondamentaux. Chez-nous, nous avons fait le choix de nous doter à cet égard d’une Constitution, dont la dernière version date du 18 février 2006, et de nous y conformer scrupuleusement. Celle-ci désigne à son article 69 le Chef de l’Etat comme garant de son application et érige sa violation intentionnelle en un crime de haute trahison à son article 165.

            Dans ce texte fondamental, il s’est agi pour le législateur de jeter les bases de la refondation de l’Etat Congo. A moins que la situation politique en RDC ne découle d’aucune  théorie  politique, en principe, l’Etat est un service, et les institutions sont des instruments dont l’Etat se dote pour servir le peuple souverain primaire. Pour ce qui est précisément de la RDC, un fonctionnement harmonieux des institutions, conformément à la Constitution, apparait ainsi comme la seule garantie dont dispose le peuple que, l’Etat existe bien et qu’il lui rendra un service à la hauteur de ses attentes.

Mais, qu’en est-il chez-nous ?

En examinant  les institutions mises en place dans notre pays au lendemain des élections de 2006, nous relevons un déficit criant de gouvernance et un manque de volonté politique dans le chef de leurs animateurs qui, in fine, favorisent leur instrumentalisation. a ce sujet, l’opposition a beau dénoncer depuis l’avènement de «Gizenga I», les graves disfonctionnements de l’Etat qui résultent entre autres, de l’existence d’un «gouvernement parallèle». rien n’y fait. au lieu de diminuer, ces pratiques propres à des républiques bananières se sont encore poursuivies en 2009.

            Omniprésent, le Gouvernement parallèle ne se contente plus de plomber le fonctionnement du Gouvernement de la République puisque, depuis peu, sa pesanteur se ressent lourdement notamment, sur le climat qui règne désormais  au sein de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale.

            Dans notre pays, la constitution, notre loi fondamentale, socle des institutions, qui organise l’Etat, est donc violée en permanence par ceux-là mêmes qui sont chargés d’en garantir le respect, faisant qu’en RDC, l’Etat n’existe que d’une manière virtuelle. ce qui entraine parfois la confusion que revêt le centre de prise de décision et de résolution des problèmes, dès lors que chez-nous les rôles du conseiller à la présidence, vice-ministre, ministre ou premier ministre se chevauchent, se confondent ou se télescopent au quotidien. Cette faiblesse entretenue enlève naturellement toute crédibilité à nos institutions et donne l’occasion à certains de nos partenaires de tenir des propos discourtois et d’utiliser des qualificatifs choquants, à l’endroit de notre pays et de ses dirigeants  qui sont toujours prompts à s’offusquer de ce qu’ils qualifient d’atteinte à la souveraineté de la RDC, sans s’interroger sur leur propre comportement.

 

Congolaises, Congolais,

            En ce qui concerne l’assemblée nationale et les assemblées provinciales, il n’est pas surprenant qu’elles  ne soient jamais parvenues, toutes, à mener à bien l’une de leurs missions essentielles qu’est le contrôle du pouvoir exécutif. Ainsi, de nombreuses résolutions des commissions d’enquête parlementaires sont-elles restées sans suite, superbement ignorées par les exécutifs national et provinciaux.

            Ce que dans notre pays, l’expression de la position de la majorité au sein de ces assemblées est devenue un phénomène à ce point mécanique, qu’on est en droit de se poser la question de savoir si les élus du peuple ont conscience de la portée du mandat que ce même peuple leur a confié dans ces institutions. D’une manière particulière, en ce qui concerne l’AMP qui incarne la majorité au sein de ces Assemblées, le péché est originel.

            En effet, si pour des raisons électorales, les différentes forces qui composent cette coalition ont en commun de s’être accordées sur le soutien à apporter au candidat Joseph Kabila, pour qu’il soit élu président de la république, trois ans après, on peut constater que les forces qui composent ce regroupement politique, n’ont pas su transformer leur entente électorale en un programme de gouvernement. la victoire ayant précédé le projet, les membres de l’AMP en sont ainsi réduits à défendre ce qu’ils peuvent, à savoir, la conservation de leurs postes envers et contre tout.

            L’Assemblée nationale et les assemblées provinciales sont ainsi devenues des simples chambres d’enregistrement. L’opposition républicaine que nous incarnons essaie de remplir sa part du contrat dans ce contexte vicié, en refusant de  prêter le flanc à cette parodie  de démocratie.

Une autre forme, insidieuse,  de la violation de la Constitution est le fait que le Gouvernement traine les pieds dans la mise en œuvre de certaines dispositions de la Constitution, notamment en ce qui concerne la territoriale.

            Alors que la Constitution stipule clairement  la création des 26 Provinces endéans 36 mois suivant l’installation des Institutions de la troisième République, le Gouvernement n’a pris aucune mesure particulière en la matière, au point d’amener le pays à devoir réviser la Constitution.

 

Outre les violations répétées de la Constitution et l’instrumentalisation des Institutions, l’autre élément de pollution de la vie politique dans notre pays est la corruption. Celle-ci a pris en RDC des proportions d’une ampleur telle qu’elle est érigée quasiment en une méthode de gouvernance. ceux qui nous gouvernent la pratique partout, pour tout, au vu et au su de tous, avec une désinvolture déconcertante.

            Que ce soit dans certaines « fermes », dans  les hémicycles des assemblée, de Kinshasa, du Kasaï occidental, du Bas-Congo ou comme dernièrement encore dans celui de l’Equateur, ce sont les bénéficiaires des largesses gouvernementales eux-mêmes qui se « confessent », certainement taraudés par leur conscience qui les fait balloter tour à tour, entre la joie pour eux-mêmes et les remords pour la nation.

            Il est clair que, pour notre gouvernement, tout se passe comme s’il n’y avait plus lieu d’agir en faveur des aspirations de la population, dès lors que par l’argent public, indûment distribué, tout peut être imposé au citoyen congolais, par ailleurs, paupérisé !

 

Congolaises, Congolais,

            Un autre facteur de blocage de la vie politique dans notre pays est l’état dans lequel se trouve l’opposition, en l’occurrence, celle qui siège au parlement. reconnaissons-le, nous avons nos propres turpitudes qui contribuent parfois à nous empêcher nous-mêmes d’aller de l’avant. ainsi en est-il, par exemple, du débat interne que nous menons sans succès depuis deux ans sur le mode opératoire qui permettrait à l’opposition congolaise de se doter d’un porte-parole, en application de la loi y afférente.

            Je voudrais rappeler que lorsqu’au mois de mai 2009, le mlc  écrit aux deux présidents des bureaux du parlement pour que soit accélérée la convocation d’une plénière élective, ce sont bien d’autres responsables de l’opposition qui ont réagi pour bloquer cette démarche. Mais, comme les temps qui s’ouvrent en ce début d’année 2010 sont favorables à des nouvelles tractations sur le sujet, gageons que non seulement ces pourparlers vont s’engager rapidement, mais que cette fois, cela puisse aboutir à la mise  en place effective des structures officielles de l’opposition, de préférence, avant la fin de la session parlementaire de mars 2010.

 

Congolaises, Congolais,

            L’harmonie au sein de l’opposition, que nous appelons de tous nos vœux, ne sera pas de trop pour lutter plus efficacement contre un pouvoir qui s’est rendu expert dans l’art d’empêcher, redisons-le de tout empêcher. Ainsi, n’allez pas chercher des réalisations significativement visibles du gouvernement en faveur de la population. Vous risqueriez de vous fatiguer, elles sont quasiment introuvables. Par contre, à la question de savoir ce que ce gouvernement a réussi à empêcher depuis trois ans, là des exemples de succès foisonnent.

            Le premier cas qui vient à l’esprit concerne évidemment la dernière désignation du Gouverneur de la Province de l’Equateur. Quelques jours avant cette mascarade, la population était descendue dans la rue, pour demander aux Députés provinciaux de désigner le candidat présenté par le MLC. Combien étaient-ils ainsi à marcher sur Mbandaka le 7 novembre 2009 ? Deux, trois cents mille ? En tout cas les images de cet événement ont fait le tour du monde. Pendant ce temps là, le gouvernement quant lui, s’est simplement contenté de «contrôler», de la manière que l’on sait, soixante Députés dans une salle pour arriver à placer un gouverneur soupçonné de corruption dans le rapport de la commission d’enquête du Sénat, conduite par le Professeur Lunda Bululu. Désormais, par la volonté du gouvernement, l’Opposition est empêchée de diriger démocratiquement la Province de l’Équateur. Toutes choses restant égales par ailleurs, il en était déjà ainsi à Kinshasa, au Bas-Congo et au Kasaï Occidental.

            Un autre exemple, parmi les «réussites» du gouvernement,  est en rapport avec la situation du Président national du MLC. L’on se souvient que Jean-Pierre Bemba a été contraint par le gouvernement de quitter son propredu pays en avril 2007. Il n’avait guère de choix à l’époque, dès lors que successivement en août 2006 et en mars 2007, il avait de peu manqué de perdre la vie consécutivement à des affrontements qui avaient transformé Kinshasa en un champ de batailles, entre des éléments FARDC commis à la garde rapprochée du Vice-président sortant d’une part, et ceux qui avaient été lancés contre ceux-ci par  l’Etat Major Général, d’autre part. et Depuis, le Sénateur Bemba est emprisonné à la CPI en Hollande, suite à un mandat émis par cette Cour, cette fois en rapport avec des événements qui ont eu lieu en RCA en 2002 et 2003 depuis le mois de mai 2008.

            Rappelons, que la procédure qui a été ainsi lancée au mois de mai 2008 par le Procureur contre le Président national du MLC tendait à poursuivre celui-ci en tant qu’une personne soupçonnée d’être personnellement responsable des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, dans ces événements en RCA. Toutefois, au mois de juin 2009, les Juges de la CPI ont rejeté ces allégations de charges là, pour ne retenir à l’encontre de Jean-Pierre Bemba que l’aspect où il aurait été le Chef hiérarchique des éléments de l’ALC que le MLC avait, mis à cette époque à la disposition de Monsieur Patassé, suite à la demande expresse de celui-ci, alors Chef de l’Etat élu de la RCA  dont les institutions issues des élections étaient menacées par une rébellion armée.

            Considérant que leur client n’est plus poursuivi pour les charges en rapport avec le mandat d’arrêt qui avait été émis contre lui, qu’il était totalement absorbé par les négociations qui devaient ramener la paix dans son propre pays et qu’il y avait sur terrain un commandant suprême et un Chef d’Etat Major Général ; les avocats de la défense ont depuis multiplié, sans succès, des demandes de mise en liberté provisoire en faveur de leur client. quoi qu’il en soit, le procès de Jean-Pierre Bemba aura bien lieu.

            Notre espoir est qu’enfin justice soit rendue au Président national du MLC. A nos yeux, la faiblesse de la démarche du procureur n’appelle autre chose que l’acquittement pur et simple de notre Compatriote.

            Cela étant, fallait-il pour autant le maintenir coûte que coûte en détention, en dépit du décès de son père qu’il n’a pu enterrer, en dépit des garanties d’honorabilité liées à sa personne, telles une adresse, une vie de famille, un statut de sénateur  et de président national de la deuxième force politique dans son pays ?

            Voilà donc pourquoi, au MLC, nous avons condamné à maintes reprises et continuons à fustiger cet acharnement qui confine au complot politique. De la même manière et dans la mesure où, de toute évidence, une partie de la communauté internationale est impliquée dans ce dossier, il y a lieu de s’interroger, au-delà de la personne de Bemba, si ce n’est pas notre pays en tant que tel que l’on voudrait ainsi fragiliser.  Notre démocratie naissante pourrait-elle grandir sans une Opposition agissant dans un jeu politique ouvert, y compris à des adversaires charismatiques tel que Bemba ? Sans une réelle possibilité d’alternance politique, peut-on espérer conjurer la dérive dictatoriale qui menace tout système politique sans contrepoids ?

 

Congolaises, Congolais,

Mesdames, Messieurs et chers Compatriotes,

            Bien que, et cela va de soi, les réponses aux deux questions qui précèdent ne peuvent qu’être négatives, on ne peut occulter le fait qu’au minimum les 42% de nos Compatriotes, qui ont fait confiance à Jean-Pierre Bemba au second tour, se posent ces mêmes questions. Cela signifie que ce dossier Bemba interpelle la Nation congolaise dans son ensemble et, d’une manière particulière, ses Représentants et ses Dirigeants. Par conséquent, peu importent les visées provenant de l’extérieur auxquelles j’ai fait allusion tout à l’heure. Peu importe que les faits allégués par le procureur contre notre Compatriote se soient déroulés dans un pays étranger. Il nous semble que l’heure est venue de nous interroger nous-mêmes sur notre aptitude à nous réapproprier ce dossier dans l’intérêt bien compris de notre Nation. Car enfin :

            Que faut-il donc avoir réalisé dans notre pays pour qu’un Citoyen puisse être reconnu comme ayant mérité de la Nation ?

            Qui peut nier qu’en 1998, le Pouvoir AFDL avait fini par placer la RDC dans une impasse politique et diplomatique telle que cela a engendré la guerre qui démarre cette année là, au mois d’août.

            Qui peut nier, qu’en créant le MLC dès le mois de septembre suivant, au moment où cette guerre de 1998 prenait les allures d’une simple agression extérieure, Jean-Pierre Bemba ait contribué significativement à repositionner l’axe central du conflit sur les véritables revendications des Congolais qui voulaient la démocratie et le bien être social.

 

Qui peut nier, qu’en signant plus rapidement que les autres belligérants l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka en juillet 1999, Jean-Pierre Bemba ait,  par ce geste, adressé un signal fort à la Nation, à savoir que la guerre ne pouvait devenir une fin en soi. De même qu’à la tête de la délégation du le MLC, il avait bataillé durement en faveur de l’intégration de la Société civile et de l’Opposition politique de l’époque à ce processus de Lusaka, prologue au Dialogue inter Congolais.

            Qui peut nier que, dans la suite du processus, Jean-Pierre Bemba ait mis la totalité des troupes ex-ALC à la disposition de l’État-major Général des FARDC, conformément aux Résolutions pertinentes du Dialogue Inter Congolais et des dispositions particulières arrêtées, notamment, dans le cadre du Comité de Suivi de l’application desdites Résolutions.

            Qui peut nier que, amené à participer à l’animation de la période de transition à la tête de la Composante MLC, Jean-Pierre Bemba ait servi loyalement et efficacement l’Etat sous la Présidence de Joseph Kabila. 

            Qui peut nier que tout le mérite de Joseph Kabila, en tant que Chef d’Etat élu, tient au 58% des suffrages qu’il a réalisés au second tour, face à un adversaire crédible qui a récoltés 42%. Le Chef de l’Etat aurait-il vaincu sans péril, qu’il aurait assurément triomphé sans gloire.

            Qui peut nier enfin, qu’en reconnaissant rapidement la victoire de Joseph Kabila, Jean-Pierre Bemba ait, de ce fait, contribué à éviter au pays le chaos qui le menaçait, en cas de contestations électorales au lendemain du second tour.  

            Au demeurant, même s’Bien sûr, il faut considérer qu’il y a eu des problèmes,. Notre notre propos n’est pas de de nier cela rouvrir ce débat ici, mais celui de poser la problématique du dossier Jean-Pierre Bemba par rapport à son pays. Pour nous, il tombe sous le sens que ce Citoyen Congolais, qui a rendu autant de services à la Nation, mérite d’être défendu, et non pas d’être enfoncé, par son propre pays dans l’épreuve qu’il connaît.

            Ailleurs, une telle logique est de mise. C’est notamment  le cas au Soudan, où la CPI veut poursuivre le Président El Béchir. C’est également le cas en RCA même, où Monsieur Félix Patassé est protégé par le pouvoir en place. En RDC, les choses sont encore plus précises. Le Président Joseph Kabila, faisant fi de la position de la CPI, n’a-t-il pas proclamé haut et fort qu’il n’allait pas livrer Bosco Ntaganda pour besoin de construction de la paix à l’Est ? Et Bemba lui, a défaut d’être considéré par le Régime en place comme un acteur pouvant contribuer à la paix civile dans notre pays, ne constitue-t-il pas un facteur pouvant favoriser le renforcement des capacités de notre Nation à prospérer et à se faire respecter ?

 

Congolaises, Congolais,

            C’est à toutes ces questions et à bien d’autres auxquelles, ensemble, nous avons à apporter des réponses dans l’intérêt de notre Nation et de son devenir. Prenant la mesure du temps et des circonstances, et avant nous tous, il appartient au Président Joseph Kabila, puisqu’il est le garant de la cohésion nationale, d’apprécier l’opportunité d’engager notre pays dans cette voie salutaire de la réconciliation nationale. Toutefois, nous prenons d’ores et déjà à témoins notre Nation pour indiquer que, de toutes manières, l’agenda que nous indiquons obligera les Forces du changement en cas d’alternance. La véritable réconciliation nationale sera bien au cœur de notre démarche commune tout au long de cette année 2010, jusqu’aux échéances de 2011.

 

Congolaises, congolais,

            La réconciliation nationale, nous y voici. en effet, après plusieurs années de conflits meurtriers, la nation a besoin de cicatriser ses plaies et de panser ses blessures. sans un processus de réconciliation  nationale qui prenne en compte les grandes fractures apparues dans notre société, il est illusoire de prétendre construire une société stable et de lui procurer la paix véritable. Cette paix, si nécessaire au processus du développement, est inséparable de la justice et de la vérité, comme son excellence monseigneur laurent monsengwo, archevêque de kinshasa, nous l’a si justement rappelé à Noël.

            Or, rien dans les politiques menées actuellement par le gouvernement ne nous permet de croire en l’existence d’une volonté de réconcilier les congolais, en instaurant cette paix là entre les différentes forces sociales du pays.

            Au contraire, depuis trois ans, le gouvernement rend chaque jour qui passe des arbitrages qui brisent la cohésion nationale et qui posent les germes des conflits cycliques. Dans notre pays, la Justice est un déni permanent, non seulement du fait de l’absence d’une politique sociale – salaires dérisoires, irrégulièrement versés, impunité généralisée, confiscation de la grande partie des ressources nationales entre les mains d’un petit groupe des Citoyens, insécurité sévissant partout sur le territoire national, justice rendue à la tête du client et, last and not the least, inversion de l’échelle des valeurs qui complique terriblement aux parents l’éducation de leur enfants.

 

Congolaises, congolais,

            Alors que nous avions, dans l’unité, fixé le cap, en organisant avec l’aide de la communauté internationale, les élections qui nous ont permis de mettre en place  les institutions provinciales et nationales, depuis lors, le système semble grippé. il suffit notamment de constater le manque d’un chronogramme officiel des opérations électorales, la suspension de la révision du fichier électoral et la rupture entre la cei et les bailleurs internationaux, faute de versement de notre quote-part.

            Dans le même temps, en violation de la loi, le chef de l’etat se substitue à la cei pour annoncer un calendrier électoral. l’avenir s’assombrit. comment dans ces conditions tenir les promesses de doter le pays des institutions politiques à la base ?

pour nous, la tenue des élections à la base sont une obligation constitutionnelle et à ce titre, elles doivent être organisées sans délais.

 

Congolaises, congolais,

            Notre état, comme tous les autres états modernes, devrait, pour défendre ses frontières, pour assurer l’ordre et la sécurité  publique, pour prévenir toute menace ou tout évènement, disposer respectivement d’une armée, d’une police et des services d’intelligence dignes de ce nom.

            Il faut regretter que l’absence de ces trois piliers qui fondent la puissance publique laisse croire qu’il n’existe pas d’etat en tant que tel dans notre pays. quand on parle de notre armée, de notre police et de nos services de renseignements, malheureusement et très souvent, c’est en termes de violations de droits de l’homme, d’inefficacité,  d’indiscipline, de manque de logistique et j’en passe. préférant naviguer à vue, le gouvernement de la république ne manifeste aucune volonté politique réelle de mettre en œuvre un plan de restructuration de ce secteur.

 

Congolaises, congolais,

            Il y a tout juste un an, nous avions pris la parole pour fustiger la nature de l’accord qui avait été conclu entre la rdc et le rwanda sur les opérations militaires conjointes dans le nord-kivu. notre propos d’alors avait été de condamner l’illisibilité et l’opacité que le gouvernement avait délibérément installées sur ces accords en faveur des opérations impliquant les  fardc et les rdf contre les fdlr. ce que nous redoutions est hélas arrivé.

            Les opérations ainsi planifiées et exécutées sous le nom de code «umoja wetu», officiellement clôturées le 25 février 2009, n’ont conduit qu’à la dispersion des éléments fdlr à l’intérieur des terres congolaises. en dépit du lancement au mois de mars dernier de l’opération «kimia ii», sensée corriger les défaillances de l’opération « umoja wetu », les fdlr continuent à massacrer des paisibles populations civiles, à violer femmes et enfants, à provoquer des déplacements des populations, qui font des congolais, des réfugiés dans leur propre pays. pendant ce temps, l’ordre et la paix règnent au rwanda, pays d’où les fdlr sont pourtant originaires.

en dépit des engagements pris par nos deux pays, nkunda n’est toujours pas livré aux autorités de la rdc par le rwanda et ntaganda vit paisiblement dans notre pays, en dépit du mandat d’arrêt émis contre lui par la cpi pour des crimes qu’il aurait commis contre des congolais.

            Quant à la conversion précipitée du cndp en parti politique et à l’intégration de ses éléments au sein des fardc, sans l’identification des personnes, sans aucun critère de moralité ni de patriotisme, cette double opération ne pouvait qu’aboutir à un échec. une partie des anciens membres du cndp donne l’impression de jouer le jeu ; mais en réalité, ils constituent des groupes homogènes qui établissent et contrôlent des administrations parallèles, notamment dans le massissi, au vu et au su de notre gouvernement.  d’autres anciens miliciens ont refusé de se mélanger avec les fardc. ils s’organisent, lancent des attaques contre les forces régulières, toutes choses faisant craindre la gestation de nouvelles rébellions.

            Face à ces échecs des opérations «Umoja Wetu» et «Kimia II», l’heure était à la réaction du gouvernement. Qu’a-t-on entendu ? D’une part, qu’au nom de notre souveraineté le gouvernement demandait à la MONUC de quitter la RDC et, d’autre part,  que le même gouvernement lançait une nouvelle opération, nommée «Kimia leo», dont la nouveauté par rapport au passé est qu’elle sera effectuée par des éléments FARDC, placés côte-à-côte avec ceux, tenez-vous bien, de la MONUC ! Voilà où on en est une fois de plus avec ce gouvernement, sensé nous diriger, mais qui peine tant à déterminer ce qui serait bon pour la République. Voyez-vous, en RDC, la classe politique commence toujours par tout faire, je dis bien tout, pour accéder ou demeurer au pouvoir et, seulement après y être arrivé, elle donne l’impression de chercher à savoir ce qu’il faut en faire !

            Parallèlement à l’accord avec le Rwanda, le gouvernement congolais avait conclu un autre accord avec l’ouganda. au terme de cet arrangement, des opérations militaires conjointes lancées sous le nom de code «coup de tonnerre», devaient débarrasser le nord-est de la rdc de la présence du seigneur de guerre ougandais koni et de ses acolytes de la lra.  Ici aussi, le gouvernement a enregistré un échec. non seulement le sieur koni se promène toujours, passant de frontière en frontière au soudan et en rca, il continue à se livrer aux massacres, aux viols et aux pillages des populations congolaises. au cours de l’année qui s’achève, la lra a tué plus de 1200 de nos compatriotes. les survivants et autres membres des familles des victimes sont en ce moment même abandonnés à leur triste sort.

chers compatriotes, le bilan humain de l’insécurité qui règne sur une grande partie de notre territoire national est particulièrement lourd. notre pays enferme aujourd’hui, plus d’un million de personnes déplacées à l’intérieur de nos frontières. d’autres dizaines de milliers de nos frères et sœurs ont été contraints de se réfugier dans des pays voisins, la république du congo, la république centrafricaine, le soudan, l’ouganda et bien d’autres.

D’autre part, il convient aussi de déplorer les incursions de soldats de certains pays voisins qui ont été signalées aussi bien au Nord qu’au Sud du pays, sans émouvoir outre mesure le gouvernement de la république.

 

Congolaises, congolais,

            Le système éducatif de notre pays est déficient. depuis la mise en place du Gouvernement issu des élections celui-ci n’a toujours pas engagé des réformes de notre système éducatif.

les écoles primaires, en nombre insuffisant, ne sont pas en mesure d’offrir à chaque enfant l’enseignement obligatoire que lui garantit la constitution.

les écoles secondaires, professionnelles et supérieures, surpeuplées, manquent d’équipements,  de laboratoires et d’autres installations pour les exercices pratiques.

le niveau  général de l’enseignement a considérablement baissé et les diplômes que délivrent nos établissements  scolaires et autres centres de formation sont dévalorisés.

congolaises, congolais,

 

Qu’en est- il de la justice dans notre pays ?

La justice doit être la même pour tous. le principe est constitutif du pacte démocratique. or, dans notre pays, la justice est discriminatoire, instrumentalisée, et les textes qui la régissent sont archaïques. c’est aussi et surtout, une justice à la carte, administrée de façon variable et incapable de garantir le respect de la loi au quotidien, comme nos concitoyens sont en droit de l’attendre. bien que notre constitution consacre l’indépendance de la justice comme affirmation d’un etat de droit, la justice congolaise, comme vous le savez, ne garantit ni l’égalité de traitement, ni l’équité des jugements. et parce qu’une justice forte et équitable apporte la paix du cœur que notre peuple recherche désespérément à travers les « sociétés de prière », le magistrat congolais, pièce maitresse de la justice, n’est pas protégé de la corruption par manque d’un meilleur encadrement social et professionnel.

            En somme, l’appareil judiciaire reste grippé dans un environnement désordonné et indiscipliné où l’indépendance du pouvoir judiciaire n’est toujours pas réalisée. ainsi, assiste-t-on à la fois, à la mauvaise distribution de la justice et a la prolifération des cas d’arrestations arbitraires sur l’ensemble du territoire national.

            Par ailleurs, des milliers de compatriotes civils et militaires, croupissent dans les prisons, depuis plusieurs années, sans jugement et ce, en violation flagrante des règles et des impartis de la procédure.

 

Congolaises, congolais,

            Alors qu’ailleurs les mouvements associatifs s’activent et se mobilisent pour la défense des droits des animaux, en rdc hélas, les droits de l’homme sont constamment bafoués.

faut-il rappeler que dans son rapport particulièrement accablant publié le 25 novembre 2009, le rapporteur spécial des nations unies pour la rdc fait état des exécutions extrajudiciaires, sommaires et arbitraires. ce document, comme ceux de l’Union Européennes et des autres organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme, atteste que la détérioration de la situation des droits de l’homme en rdc s’est accentuée au cours de l’année 2009, en particulier en ce qui concerne les violences faites aux femmes.

            Les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent également les méfaits des services de sécurité, qui se comportent en police politique, qui opèrent dans l’impunité la plus totale et face auxquels le citoyen ne dispose d’aucun recours.

            Des journalistes, des activistes et défenseurs des droits de l’homme sont l’objet de nombreuses exactions tant à Kinshasa qu’en provinces. Certains d’entre eux sont emprisonnés, subissent des traitements dégradants et sont parfois soumis à des simulacres de procès. 

            dans notre pays,  l’exercice de la liberté de presse n’est pas garanti. les médias d’etat sont redevenus des outils de propagande au service exclusif du gouvernement. comme tout le monde peut le constater, la presse privée, empêtrée dans d’inextricables difficultés économiques et ne bénéficiant d’aucune aide publique, évolue dans un système complètement perverti.

 

Congolaises, congolais,

            Concernant la situation économique et financière que traverse notre pays depuis la formation du gouvernement gizenga 1 jusqu’à ce jour, l’observation des faits conduit à un constat pénible. là où les autres pays africains réussissent, la rdc, elle, aligne des échecs.

            En effet, tous les indicateurs macroéconomiques ont atteint des seuils inacceptables et insupportables, entrainant une dégradation continuelle et persistante des conditions de vie des congolais. point n’est besoin de dire que le gouvernement actuel peine à trouver des solutions, pour soulager tant soit peu les souffrances des populations.

            L’absence à la fois d’une politique budgétaire prudente et monétaire indépendante a entrainé l’expansion de la masse monétaire, la dépréciation du taux de change et l’accélération de l’inflation.

a la clôture de l’année 2009, le comportement du cadre macroéconomique de la nation, plusieurs fois revu et corrigé, est plus qu’inquiétant.

tenez, le taux de croissance du pib, projeté initialement à 9%, puis arrêté à 5,7%, s’est clôturé à fin décembre à 2,8%. autrement-dit, l’économie a généré moins de richesses que celles prévues par le gouvernement, sans contrepartie réelle, notamment, sur la création d’emplois.

            le taux annuel d’inflation initialement prévu à 11,5% se chiffre à plus de 54%, entrainant ainsi une hausse généralisée des prix des biens et services sur le marché.

            Le taux de change arrêté en prévisionnel était de 585 francs congolais pour 1 dollar américain ; alors qu’il s’est changé à fin décembre à plus de 900 francs congolais.

            Ce yoyo qu’on enregistre sur le marché de change n’est pas de nature, ni à améliorer, ni à stabiliser notre pouvoir d’achat.

Comme on peut s’en rendre compte, la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des finances publiques ne sont toujours pas au rendez-vous.

 

un sentiment de fatalité pèse lourdement sur nos épaules en ce début d’année, parce que vous et moi, ne croyons pas en la capacité du gouvernement de la république à stabiliser le cadre macroéconomique sur lequel reposent nos espoirs pour atteindre le point d’achèvement de l’initiative ppte.

 

Congolaises, congolais,

            Dans ce pays aux dimensions d’un sous-continent, plus rien ne fonctionne. le citoyen congolais continue à être confronté à un casse-tête quotidien qui s’appelle, l’eau potable qui manque, des coupures intempestives d’électricité, des bouchons monstrueux qui paralysent la circulation, les transports en commun qui font défaut,  la sous-alimentation, le cadre de vie affecté par les nuisances et la pollution, les maladies, les constructions anarchiques, les bâtiments publics en ruine, les routes cassées et les caniveaux bouchés, les hôpitaux transformés en mouroirs et les écoles en taudis, et j’en passe…

            Jamais de mémoire de congolais, la situation socio-économique n’a été aussi dégradée. la majorité des congolais vit avec moins d’un dollar américain par jour, donc en dessous du seuil de pauvreté.

au total, cela se traduit par un indice de développement humain de 0,389 qui classe la république démocratique du congo à la 176 ième place sur 182 pays, juste derrière le Burundi et le Tchad.

 

Congolaises, congolais,

            La mauvaise gouvernance n’a pas permis d’améliorer le climat des affaires, si bien qu’au classement « doing business » de la banque mondiale, notre pays occupe la 182ième place, juste derrière la guinée Bissau et devant la république centrafricaine qui clôture la liste.

permettez-moi de vous dire, qu’à cause de sa  mauvaise gouvernance, le gouvernement de la république n’a jamais pu exécuter les budgets de l’etat, dans le respect de la chaîne de la dépense publique qui en assure la transparence et la traçabilité et ce, conformément aux prescrits de la loi financière. 

Malgré nos mises en garde sans cesse répétées,  le gouvernement de la république, sans doute par manque de prospective, n’a pas été à même d’anticiper sur les effets de la crise financière internationale et de mettre en œuvre un dispositif d’accompagnement. il s’en sert hélas aujourd’hui, comme alibi, pour justifier ses contreperformances sur le plan économique.

 

en tout état de cause, selon des sources crédibles, la récession mondiale semble être derrière nous et les pays sérieux s’attèlent déjà à mettre en place les stratégies globales de sortie de crise, basées sur des chiffres réalistes et crédibles.

            A l’inverse, notre gouvernement continue à présenter des chiffres surréalistes, notamment en ce qui concerne le taux de croissance du PIB estimé à 5,7% pour 2010, alors du Sahara est de l’ordre de 3%.

 

Congolaises, congolais,

            Je voudrais vous rappeler, en ce qui concerne le secteur minier, qu’en 2002, le gouvernement de la république avait décidé de s’engager dans la libéralisation de ce secteur, par l’adoption du code minier. celui-ci devait permettre au secteur privé de s’engager, aux cotés des entreprises d’état, dans des partenariats pour exploiter les immenses réserves  minières du pays.

 malheureusement, force est de constater que sept ans après la mise en place de ce code, le processus connaît de nombreuses ratées. les grandes décisions prises dans ce domaine ont, non seulement énervé le climat des affaires, mais ont aussi encouragé la fraude fiscale sur une grande échelle. un récent rapport du sénat a évalué à 450 millions de dollars américains, le manque à gagner de l’etat dû à la fraude et à la corruption.

            c’est dans cette ambiance qu’est intervenue la révisitation des contrats miniers, en vue de rééquilibrer les participations de l’etat. cette révisitation a imposé aux investisseurs étrangers, des nouvelles négociations, sans tenir compte du cadre juridique qui les liait au gouvernement.

            prévue pour trois mois, cette opération s’est étendue sur deux ans, empêchant différents projets d’accéder à la phase d’exploitation. ces dérapages ont renforcé l’image d’insécurité juridique qui colle à notre pays.

aujourd’hui la RDC risque un arbitrage international pour n’avoir pas abouti à un compromis avec ses partenaires dans certains cas.

Je dois vous dire qu’au delà de la procédure qui est longue et coûteuse, l’arbitrage international  implique le gel du projet concerné, privant ainsi le pays des recettes sûres et des emplois certains.

tenez, dans le seul district du Lualaba, au cours de l’année 2009, on a enregistré plus de 3700 pertes d’emplois à raison de 2500 à tenke fungurume, 450 à kaol et 700 à kmt.

alors que plusieurs pays producteurs des métaux de base ont profité du boom minier, suite à la demande croissante des pays émergents, la rdc a, par ce processus long et contre-performant, empêché le développement de son industrie minière.

 

Congolaises, congolais,

            Les entreprises du portefeuille de l’etat constituent des bras séculiers du gouvernement. depuis plusieurs années, l’essentiel de ces entreprises sont devenues des canards boiteux. dans le cadre de leur restructuration et de leur réorganisation, le parlement a voté quatre lois dites de réforme des entreprises publiques. depuis la promulgation de ces lois, leur mise en application par le gouvernement se fait dans l’opacité la plus totale.

 

Congolaises, congolais,

            Les infrastructures de base héritées de la colonisation sont toutes dans un état de délabrement très avancé. la population de la rdc est passée de 13 millions en 1960 à plus de 60 millions actuellement et les infrastructures n’ont pas été adaptées. tous les réseaux de transport, ferroviaires, lacustres, routiers sont dans un état de détérioration avancée.

 

Aussi, permettez-moi de m’attarder quelque peu sur le volet Infrastructures des 5 chantiers du gouvernement.

 

comme je l’avais dit en novembre 2008 du haut de la tribune de l’assemblée nationale, personne ne peut logiquement s’opposer à la reconstruction du pays et donc aux 5 chantiers qui  à notre sens semblent être, au regard des défis à relever, un service minimum. mais, mon inquiétude et ma crainte d’alors se situaient au niveau des termes déséquilibrés des contrats signés avec les entreprises chinoises.

 

ce que je disais en novembre 2008 et qui semblait choquer certains de nos compatriotes, a depuis été repris par les institutions de bretton woods, exactement dans les mêmes termes, et cette fois, le gouvernement l’a accepté. quel gâchis, quelle perte de temps !

Néanmoins, les travaux des infrastructures ont commencé sur quelques sites, mais dans une suspecte précipitation. aucune étape n’a été respectée. l’identification des projets, la formulation des besoins, l’étude de faisabilité technique et financière ont été négligées.

 

Le cas du boulevard du 30 juin en est une illustration. en effet, les travaux ont débuté il y un an jour pour jour, pour une durée  annoncée de  90 jours. ce n’est un secret pour personne que ces travaux ont débuté sans aucune étude. De même que le financement de cet ouvrage, contrairement à la propagande, n’a rien à avoir avec le montage financier avec les entreprises chinoises. Les fonds proviennent dans leur totalité, du Trésor public.

 

Au demeurant, dans la plupart des  cas, les travaux routiers qui ont commencé le sont sur financement des Bailleurs de fonds traditionnels.

 

je profite de cette occasion pour remercier les partenaires traditionnels, l’union européenne et la banque africaine de développement qui financent les travaux routiers entre kinshasa et kenge sur la route nationale numéro 1 en direction de Bandundu, la banque mondiale qui finance des travaux de voirie dans la ville de kinshasa, dans les communes de kintambo, ngiri-ngiri, et ngaliema.

 

 

congolaises, congolais,

La RDC, au passé glorieux et prestigieux, peine à faire son grand retour dans le concert des nations. Elle ne parvient toujours pas à faire respecter son rang en Afrique et dans le monde.

Notre pays est constamment absent du théâtre où se jouent les enjeux internationaux majeurs. Par exemple, au cours de l’année 2009, la RDC s’était portée candidate pour organiser le prochain sommet de la Francophonie, qui a lieu cette année. Ambition oh combien légitime, puisque désormais nous sommes la première puissance démographique dans cette Organisation, à égalité avec la France. Mais, lorsqu’il a fallu défendre cette thèse, la RDC était tout simplement absente du Canada où le match se jouait. Ainsi, c’est tout à fait généreusement que les Chefs d’Etat présents nous ont réservé un lot de consolation en nous qualifiant pour 2012.

Autre illustration, toujours en 2009, notre pays a eu l’honneur de présider en même temps, et la CEEAC et la SADEC. Quelle occasion inespérée de rendre enfin visible notre diplomatie ! Et, il y a eu un endroit où nous aurions pu aller le dire haut et fort: c’était à New-York. Hélas, les Assemblées des Nations-Unies se sont tenues en 2009 en présence de tous les Grands de se monde, sauf  de celui qui incarnait en ce moment là les Afriques Centrale et Australe.

le dernier sommet de Copenhague illustre bien aussi l’inconséquence de la diplomatie congolaise. en effet, il est inconcevable que la rdc qui représente 56,8% de la forêt du bassin du congo, soit quasiment le même poids que le brésil qui détient 60% de la forêt amazonienne, n’ait joué qu’un rôle marginal, alors que le brésil a été l’objet de toutes les attentions.

pourtant, après le sommet de la terre de rio de janeiro au brésil en 1992 et quatre ans après l’entrée en vigueur du protocole de kyoto sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre, la conférence de copenhague représentait un enjeu crucial pour la rdc et le monde.

par la faiblesse de sa diplomatie, les incohérences et les contradictions de sa politique extérieure, la rdc a cessé d’être l’un des vecteurs que toute l’afrique attendait pour son développement accéléré, intégré et harmonieux.

d’autre part, la position géostratégique de la  rdc, au centre de l’afrique avec une ouverture sur neuf pays, lui confère un caractère inédit et lui donne un exposant élevé, facteur de risques certes, mais aussi porteur de chances. De ce fait, la RDC a une vocation normale, imposée par sa situation géographique, de prendre la tête du panafricanisme si cher à Lumumba et aux autres pères des indépendances africaines.

autre problème, qui se pose à notre diplomatie, concerne la présence de la rdc au sein d’une kyrielle de structures régionales et sous-régionales. membre de l’organisation internationale de la francophonie, de l’organisation des nations unies, ainsi que de ses institutions spécialisées, la rdc figure aussi parmi les 30 etats indépendants qui ont adopté à l’unanimité, en 1963 à Addis-Abeba en Éthiopie, la charte constitutive de l’organisation de l’union africaine,  devenue depuis 2002, l’union africaine. elle appartient également aux organisations régionales et sous-régionales à savoir, la communauté économique des etats d’afrique centrale, la communauté de développement d’afrique australe, la communauté économique des pays des grands-lacs.

cependant, force est de constater que, pour l’essentiel, il s’agit là d’un héritage de la période de la deuxième république dont le pouvoir actuel ne sait plus que faire. si, à son époque, cette présence tous azimuts de l’ex-zaïre dans ces organisations était un instrument de puissance et de prévention en matière sécuritaire, aujourd’hui, faute de vision en ces matières, la rdc  se contente uniquement d’appartenir et de siéger.

c’est ainsi qu’en dépit des virtualités de tout premier plan dont dispose notre pays, nous ne jouons aucun rôle majeur dans aucune de ces organisations. au contraire, dans bien des cas la rdc y a accumulé tellement d’arriérés de cotisations qu’elle y a même perdu les droits de vote. devenant ainsi, et ce n’est pas le moindre de ses paradoxes, simple figurant dans des structures qu’elle a parfois contribué à créer !

 

 

congolaises, congolais,

 

les congolais qui vivent à l’étranger, on l’oublie souvent, sont des congolais. si certains d’entre – eux ont délibérément choisi de s’expatrier, beaucoup d’autres ont quitté le pays par contrainte de ne plus pouvoir y vivre dignement et, sont quasiment tous devenus des opposants radicaux. il est vrai, au vue de la manière dont la rdc est gouvernée, qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de nier le bien fondé des oppositions radicales d’un bon nombre de congolais de l’étranger aux différents régimes politiques qui se succèdent, depuis l’indépendance, dans notre pays.

 

mais, la raison majeure de cette exception congolaise est plus précise. en effet, la rdc est un des rares pays qui n’ont aucun accord avec un autre pays qui puisse permettre à ses citoyens de travailler légalement à l’étranger. or, compte tenu de la grande pauvreté qui sévit chez-nous, nos compatriotes qui s’expatrient deviennent, de fait, le seul espoir de survie des parents restés au pays. on attend tout d’eux, qu’il s’agisse des aides humanitaires ou des financements des petits projets familiaux. 

 

dans ces conditions, ne pouvant légalement travailler dans leurs pays d’accueil, les congolais de l’étranger cultivent alors volontiers la rupture systématique avec leur pays d’origine.

 

Mais, ce n’est pas tout. D’une manière tout à fait curieuse, notre pays rechigne à promouvoir ses propres citoyens, même au sein des organismes internationaux ou régionaux, préférant ignorer ou céder les postes auxquels les citoyens congolais ont légitimement droit, à des candidats des pays «amis». souvent, le congolais qui arrive à obtenir une place au sein de ces organismes, y parvient consécutivement à ses propres efforts.

 

ces pratiques, tout comme le reste des hérésies des dirigeants congolais à l’égard de ceux des nôtres qui vivent à l’étranger, ne sont pas nouvelles. le fait est que, au lieu de changer cela, de mettre fin à ces pratiques d’un autre âge, où l’on voit un pays discriminer ses propres enfants, l’actuel gouvernement brille là aussi par une absence totale de politique.

 

Congolaises, Congolais,

Chers Compatriotes,

 

dieu nous a donné un pays merveilleux à tous égards. l’étendu, le sol, le sous-sol, le climat et une population abondante. qu’avons-nous fait de tout cela ? cinquante ans après son indépendance, quatre régimes se sont succédés au pouvoir en rdc, mais le pays ne parvient toujours pas à nourrir, soigner, éduquer et protéger correctement ses enfants.

 

il en est en particulier, nous venons de le voir, de ce qui se passe dans le pays depuis les élections générales de 2006, dont le peuple congolais attendait tout. pourtant, la rdc a reculé dans tous les compartiments de la vie de la nation. la rdc est dans l’impasse.

 

notre propos de ce jour est de dire aux congolais, fêtons le cinquantenaire certes, mais tournons le dos à ce passé. ne désespérons pas non plus du présent, mais regardons résolument devant nous. bâtir un congo nouveau qui soit un véritable etat de droit, qui soit un congo respectueux des valeurs morales et des droits humains, un congo qui crée la richesse et qui assure le progrès social au bénéfice de tous, un congo qui protège ses enfants, tout en coopérant avec tous ses partenaires.

 

chers compatriotes, nous pouvons le bâtir ici et maintenant. cela est en effet possible. en voici des éléments :

 

nous rassembler et croire dans l’étoile du congo est une condition sine qua non. bien entendu, chaque congolais a une opinion qui lui est propre. alors cela paraît une gageure. or, tous nous aimons notre patrie et nous avons tous envie de le servir selon nos capacités respectives. et, en nous mettant tous au travail, nous sommes convaincus de notre capacité de faire rapidement de notre pays un géant politique et économique au centre de l’afrique.  nous appelons donc les congolaises et les congolais, dans un élan patriotique, à dépasser leurs clivages théoriques pour se rassembler autour de ces valeurs que nous avons en partage.

 

nous devons rejeter toute forme d’exclusion. qu’il s’agisse de la jouissance des fruits de la production nationale, de la différence ethnique ou tribale, de l’accès à la justice ou à la sécurité, tout congolais où qu’il se trouve, au pays où à l’étranger, doit pouvoir être impliqué dans la vie de la nation et compter sur la protection de l’etat. nous appelons donc les congolaises et les congolais à cultiver entre eux les valeurs d’amour et de pardon et d’inscrire la réconciliation nationale au cœur des priorités du projet que nous voulons construire pour un congo nouveau.

 

nous devons affirmer notre détermination à faire de notre pays un etat de droit et une démocratie moderne. pour ce faire, nous avons un dénominateur commun, notre constitution. ce texte fondamental fixe les bases de la structuration et du fonctionnement de l’etat, de même qu’il organise les mécanismes qui mettent en œuvre et font vivre la démocratie dans notre pays. en adoptant notre constitution par référendum, nous nous sommes appropriés de son contenu en tant que peuple.

 

nous appelons donc les congolaises et les congolais à défendre cette instrument juridique essentiel, si malmené par nos dirigeants. une constitution doit être respectée et ne se change pas au gré du bon vouloir du prince. au cours de cette année en particulier, notre vigilance s’impose. nul ne devrait se sentir libre de disposer unilatéralement de ce socle qui fonde notre etat.

 

nous devons considérer que la sécurité collective et la défense de notre territoire national est avant tout une affaire des congolais. c’est une vérité première. de toutes façons, c’est une hérésie de prétendre qu’au sein d’un peuple de plus de 60 millions d’habitants il ne soit pas possible de trouver 100 mille patriotes, jeunes, vigoureux, disciplinés et prêts au sacrifice suprême pour que vive la nation. mais, pour cela, il faut une volonté politique aujourd’hui hypothétique. il faut former ces jeunes, les équiper et les rémunérer correctement.  cela nécessite des moyens financiers importants.

 

a partir de là, il s’agira d’examiner avec la communauté internationale la possibilité de créer des vases communicants, sur base de mesures d’encadrement à convenir, entre une partie des fonds de fonctionnement d’une monuc, qui a vocation à se retirer progressivement de la rdc, et les besoins nécessaires à l’érection d’une véritable armée républicaine et pluriethnique en rdc.  nous appelons donc les congolaises et les congolais à considérer que sans une armée dissuasive, l’instabilité dans l’est demeurera et il n’y aura pas de développement possible pour l’ensemble du pays. les relations internationales étant dictées avant tout par le rapport de forces.

 

nous devons nous débarrasser du complexe d’ancien colonisé. nous mettre au travail et construire en rdc une économie forte, dynamique, tractée par une croissance à deux chiffres. cela ne dépend que de nous-mêmes. nous appelons donc les congolaises et les congolais, toutes affaires cessantes, à constituer partout dans nos quartiers, à kinshasa, en provinces et à l’étranger, des ateliers pour réfléchir et contribuer à la confection d’un programme de développement ambitieux, qui soit un instrument traduisant la volonté collective de tous les patriotes de faire décoller notre pays, à l’exemple de la chine ou de l’inde.

 

congolaises et congolais,

 

le mlc, qui a l’avantage d’avoir déjà entamé une réflexion approfondie et multisectorielle sur l’ensemble des éléments de projet pour un congo nouveau ci-dessus annoncés, vous propose d’assurer la coordination de cette démarche innovante durant les cinq mois qui viennent. de la sorte, au mois juin de cette année, une grande rencontre patriotique pourrait nous réunir tous, en un lieu à déterminer ensemble, pour valider nos choix, nous donner une nouvelle feuille de route vers 2011.

 

congolaises et congolais,

 

après avoir partagé avec vous notre lecture de l’état actuel de notre nation, nous espérons que nous venons, malgré l’ampleur de la tâche, de vous montrer également que, pour les temps qui viennent, l’espoir est de mise. a cet effet, nous vous avons indiqué des objectifs, une méthode et un calendrier. place à présent au travail et que vive le congo nouveau.

 

Une fois encore, bonne année 2010 à tous.

je vous remercie.

 

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