La somalisation de l’Equateur est à craindre

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ll y a presque trois semaines, les insurgés Enyele frappaient la province de l’Equateur au niveau de son nombril : Mbandaka. Les officiels congolais, à qui tout le monde a voulu cette fois prêter l’oreille, après les récits controversés ayant entouré le prétendu conflit foncier entre autochtones autour des étangs à Dongo, donnent aujourd’hui la nette impression de n’avoir pas dit la vérité sur l’écrasante victoire militaire des FARDC sur ces « rebelles », le 04 avril 2010.

Alors qu’ils étaient décrits comme complètement défaits et en débandade dans la forêt équatoriale, sans aucune possibilité de nuire de nouveau à la paix retrouvée, l’on est surpris d’apprendre, des voix les plus autorisées de la Mission des Nations Unies au Congo (Monuc), que les Enyele sont de nouveau sur le chemin de l’armée nationale, à une cinquantaine de kilomètres de Mbandaka.

La présence de ces « aventuriers » commandés par un charlatan dans la périphérie du chef-lieu de la province de l’Equateur relance les interrogations au sujet du contrôle de cette partie de la République par les forces armées, la police nationale, les services des renseignements et l’administration provinciale. Des millions de compatriotes sont curieux de savoir, en attendant les réponses du chef du gouvernement aux préoccupations soulevées par les députés nationaux au sujet des événements du 04 avril 2010 à Mbandaka, si le dispositif de sécurité et de défense, dans le sens de la prévention et de la riposte face à une menace armée, fonctionne correctement. Ils aimeraient également savoir si cette province est réellement administrée.

Car, à l’allure où la nébuleuse Enyele se « ballade » à travers les forêts, les étangs, les marécages, les rivières, le fleuve Congo, les champs, les monts et les vallées, capable de frapper à leur guise à Dongo, Gemena, Makanza, Mbandaka, Iyonda ou ailleurs, il y a lieu de s’inquiéter sérieusement de l’existence de l’Etat.

Cette province ne chemine-t-elle pas vers une situation de « non-Etat », comme c’est le cas dans plusieurs contrées du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de la Province Orientale ? A la lumière de l’insécurité qui règne sur le fleuve Congo et ses affluents, d’aucuns penchent de plus en plus à croire que l’Equateur héberge déjà des groupes armés qui se cachent encore sous le label des Enyele.

Le pouvoir central installé à Kinshasa devrait faire très attention aux rapports des autorités civiles et militaires de l’Equateur qui, manifestement, n’ont ni la maîtrise de la situation sécuritaire et administrative, ni la confiance de la population. Tout le monde a appris des députés de l’Equateur que les frustrations se sont accumulées au point que ceux qui prennent les armes opèrent pratiquement sur des territoires habités par des alliés naturels.

Plusieurs critiques ont été émises contre les officiers et soldats sous le drapeau, tantôt pour condamner l’amalgame entre miliciens et militaires formés, tantôt pour plaider en faveur de l’amélioration des conditions sociales des compatriotes sous le drapeau, mais surtout pour réclamer l’émergence effective d’une armée république, en commençant par dissoudre, s’il le faut, celle actuellement existante.

Le contentieux politique de l’Equateur, avec un gouverneur ayant tourné le Sénat au ridicule, en dépit des accusations accablantes de mégestion mises à sa charge, et une Assemblée provinciale ayant à sa tête un Bureau anarchiquement élu, mérite d’être vidé. La situation est très mauvaise à l’Equateur. Elle exige une thérapeutique de choc, dont l’application ne devrait pas donner lieu à de nouvelles erreurs, comme chacun le constate dans la gestion du dossier des Enyele.

                                   Jacques Kimpozo

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