La SNCC devant deux feux rouges : gasoil et lubrifiants

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Le commun des mortels croit qu’après l’inauguration, par le Chef de l’Etat, de 18 locomotives neuves destinées à la SNCC et l’annonce de l’arrivée imminente d’un second lot de 20, soit au total 38, cette société réunit désormais tous les atouts pour redécoller. Certes, les locomotives et les rails constituent le « cœur »  même d’une société ferroviaire mais sans les « poumons » que représentent le gasoil et les lubrifiants, elle est condamnée à l’asphyxie à très court terme. Selon le plan d’exploitation, 24 locomotives devraient être affectées aux régions de Copperbelt et du Nord, 10 à la région Est (Grands Lacs et fleuve-rail) et 4 à la section Kisangani-Ubundu.

Approché par la presse, le DG Ilunga Ilunkamba a reconnu que l’acquisition des locomotives neuves était une avancée significative mais que sans gasoil ni lubrifiants, ces nouvelles machines risquent de ne pas bouger de la Gare Voyageurs de Lubumbashi avant longtemps et de finir comme des pièces de musée.

Aussi a-t-il lancé un appel de détresse en direction du gouvernement, afin qu’il pense à relayer, au plus tôt, la Banque Mondiale, qui a arrêté, depuis mars 2015, son appui en carburant et lubrifiants à hauteur de 46 millions de dollars américains. On rappelle que cette contribution financière, mise en route depuis septembre 2011, s’inscrivait dans le cadre du Projet de Transport Multimodal (PTM). En clair, la SNCC est incapable de mobiliser pareille somme et compte sur le gouvernement pour la prise en charge de ses factures de gasoil et lubrifiants.

Une paix sociale précaire

Depuis la signature, en juillet 2014, du Pacte de Paix Sociale entre l’employeur et la délégation syndicale nationale de la NSCC, le spectre des grèves s’est éloigné. On a noté, comme gestes de bonne foi du patronat, la liquidation des arriérés salariaux de mars, avril et mai 2014, avec l’appui du gouvernement, ainsi que celle de cinq mois de paie sur fonds propres durant la même année.

Mais le niveau des recettes d’exploitation est si faible jusque-là qu’il est encore difficile de réduire la durée des opérations de paie dans la fourchette de 15 jours le mois, compte tenu aussi de l’essaimage des activités de la société. Sa haute direction souhaite que le gouvernement s’engage dans un plan de soutien permanent à la trésorerie, en lieu et place des libéralités sporadiques, conformément à ses obligations, telles que libellées dans le Pacte de Paix sociale et le Projet de Transport Multimodal. Sans cela, la paix sociale va demeurer précaire.

Deux axes prioritaires

Selon le DG de la SNCC, 791 kilomètres du réseau ferroviaire sont inscrits dans le plan de réhabilitation sur 3.231, soit 21%. Cela parait dérisoire en chiffres mais suffisamment indicatif, au regard de l’abandon de la voie ferrée nationale depuis des décennies. Deux axes prioritaires préoccupent la SNCC : 1°) Kolwezi – Dilolo pour la connexion avec les chemins de fer de l’Angola en vue de ramener le transport des minerais vers les rails ; 2°) Kamina- Kabongo pour l’évacuation des produits agricoles provenant des champs des riverains des rails.

Non au « Nyama ya tembo »

Dans l’imagerie populaire, la NSCC a ressemblé, pendant longtemps, à un bien sans maître, mieux, à une sorte de « nyama ya tembo », entendez la viande d’éléphant où chacun peut prendre un morceau sans qu’elle ne s’épuise. Or, ici, il s’agit d’une entreprise commerciale et sa mégestion a fini par en faire un canard boiteux. Dans le cadre la nouvelle gouvernance, il est prévu la restauration de la discipline, l’identification et la répression des réseaux mafieux, la lutte contre les trafiquants qui infestent les trains courriers, la transparence dans la gestion financière, l’élimination des goulots d’étranglement des projets du PTM, l’exploitation optimale des locomotives, wagons et de la voie ferrée, la maîtrise des consommations abusives du gasoil et des lubrifiants.