La République « fracturée »

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Edem-KodjoComme lors des Concertations Nationales organisées en septembre-octobre 2013, le dialogue politique que le Facilitateur Edem Kodjo lance cet après-midi, est loin de répondre au caractère inclusif défini dans la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations Unies adopté au mois de mars de cette année. En lieu et place, l’opinion tant nationale qu’internationale assiste à la mise en œuvre d’un forum où sont pointées absentes les forces politiques les plus représentatives de l’opposition congolaise.
Comme en 2013, l’ancien Premier ministre togolais vient de consacrer une nouvelle fracture de la République. Il n’ignore pourtant pas que les acteurs politiques laissés à la gare sont, à quelques exceptions près, ceux-là mêmes qui étaient marginalisés, il y a trois ans, par la Majorité Présidentielle, qui soutenait que la « cohésion nationale » pouvait être réalisée sans eux.  On racontait, à l’époque, que tout un pays ne pouvait pas être pris en otage par quelques individus.
Résultat : ceux qui prétendaient avoir la légitimité et la majorité du peuple avec eux étaient incapables d’appliquer les 700 résolutions adoptées aux Concertations Nationales. Le temps a fini par démontrer à tous que ce « Congrès » de la Majorité présidentielle ne pouvait résoudre la crise de légitimité au sommet de l’Etat. La suite des événements a révélé la véritable face de ce forum : l’offre de quelques postes ministériels et de mandataires publics à quelques opposants opportunistes en contrepartie de leur allégeance au pouvoir en place.
Préalables du « Rassemblement » ignorés
Il y a une évidence à admettre : les préalables du « Rassemblement » n’étaient toujours pas satisfaits jusqu’au jour du démarrage des travaux du Comité Préparatoire du Dialogue (23 août 2016) et du coup d’envoi du dialogue (1er septembre 2016). Plus de cents prisonniers politiques, parmi lesquels Eugène Diomi et Jean-Claude Muyambo, ne sont toujours pas en liberté ; huit médias appartenant aux membres de cette plate-forme politique restent fermés ; plusieurs partis affiliés au « Rassemblement » connaissent des cas de dédoublement ; plusieurs opposants font l’objet de procès politiques et plusieurs autres contraints à l’exil ; etc. Bref, la décrispation politique souhaitée reste un vœu pieux.
S’agissant des prisonniers politiques accusés de viol ou de spoliation d’immeuble, faits contestables, les observateurs relèvent qu’à la faveur du Dialogue intercongolais, une amnistie générale avait été décrété en faveur des violeurs, des auteurs des massacres, des individus qui avaient fait exploser des avions, fait saboter des barrages, fait enterrer vivants des innocents, fait incendier des villages et des champs, fait plastiquer des ponts, etc. Plus récemment, au terme de l’épopée du M23 au Nord-Kivu, une loi d’amnistie était votée au Parlement en faveur des hors-la-loi ayant mis cette partie de la République à feu et à sang entre mai et novembre 2013 et nombre d’entre eux récupérés et réintégrés au sein des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo). Il est dès lors étonnant que les faits pour lesquels Diomi, Muyambo, Moïse Katumbi et autres sont condamnés et placés en détention préventive dans des prisons, ne puissent être éteints dans le cadre d’une amnistie ou d’une grâce présidentielle.
Le dialogue, contrairement à ce que d’aucuns tentent de soutenir, n’est pas inclusif, car manquent à l’appel des poids de l’espace politique nationale : Etienne Tshisekedi, Jean-Pierre Bemba, Charles Mwando, Gabriel Kyungu, Gilbert Kiakwama, Moïse Katumbi, Raphaël Katebe, Freddy Matungulu, Olivier Kamitatu, José Endundo, Christophe Lutundula, Martin Fayulu, Delly Sessanga, Jean-Claude Vuemba, Joseph Olenghankoy, Franck Diongo, etc. Le Facilitateur Kodjo l’a implicitement reconnu en lançant, lors de la clôture des travaux du Comité Préparatoire, un nouvel appel aux « absents » à bien vouloir rejoindre le train du dialogue. Dans un mémo remis au même facilitateur il y a 48 heures, de pseudo opposants qui soutiennent se battre de l’intérieur pour obtenir un dialogue inclusif, lui ont rappelé les mêmes préalables. L’affaire est claire : l’inclusivité fait défaut à l’initiative de Kodjo.
Au lieu de tirer les leçons de l’échec des Concertations Nationales, la Majorité Présidentielle s’est engagée dans un nouveau round de passage en force avec, cette fois, pour toile de fond, le « glissement », mieux la prolongation du second et dernier mandat du Chef de l’Etat. Comme en septembre-octobre 2013, quelques opposants ont accepté de jouer le jeu de la Majorité Présidentielle, qui cherche le cautionnement du report de l’élection présidentielle sine die, en contrepartie de ce que tout le monde peut deviner : des postes au gouvernement, ainsi que dans les entreprises du Portefeuille.
Selon des fuites d’information échappées du Comité préparatoire du dialogue, un « Accord politique » est en chantier, avec pour soubassement une nouvelle transition et un projet de révision de la Constitution dans le sens de la non limitation des mandats présidentiels. Ce compromis politique va-t-il régler la question centrale, à la relance du processus électoral bloqué ? Il est permis d’en douter.
                                                                                    Kimp