La recette d’Osisa pour bloquer les manipulateurs des résultats

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osisaA l’invitation d’Open Society Initiative for Southern Africa (Osisa) et One World, deux experts en matière électorale, le Sénégalais Babacar Gueye et le Togolais Kevin Adomayakpor, ont échangé avec les activistes congolais des mouvements associatifs et les partenaires techniques et financiers sur les processus électoraux en Afrique, hier mardi 3 février 2015 au Cepas, à Gombe. Au cœur de ces discussions : les expériences de monitoring du processus électoral en Afrique. Dans le lot de bonnes pratiques de monitoring relevées, les participants ont tous opté pour la mise en place d’une « Situation room » pour l’observation des élections en RD Congo.  Il s’agit d’un système de comptage parallèle qui  a permis, au Sénégal, à la société civile d’avoir les résultats crédibles issus des urnes avec +/- 3% de marge d’erreur, juste quelques heures après la clôture des bureaux de vote. « Quand la société civile connaît les résultats, et a les données pour les prouver, cela met la pression sur les possibles tentations de manipulation des résultats ou de fausses contestations », a indiqué Kevin Adomayakpor, qui est aussi Country manager à One World/Sénégal.

En effet, les deux orateurs ont encouragé leurs interlocuteurs congolais à développer sur l’ensemble de leur territoire national un système de monitoring des élections pour, d’abord, collecter des observations des élections ; ensuite, avoir les données en temps réel et identifier les manquements en vue de règlement ou consignation avec des preuves ; et enfin, calmer ou anticiper sur les tensions avant, pendant et après les élections. «Les données en temps réel permettent à la société civile de faire des déclarations solides basées sur des preuves sur la conduite du processus électoral de manière instantanée, apaisant les craintes des citoyens, et si nécessaire – demander des comptes aux organes de gestion des élections et aux candidats», ont-ils martelé, tout en expliquant que la présence massive d’observateurs nationaux avec des fiches de collecte et de téléphone mobile ont constitué une efficace force dissuasive.

Eduquer civiquement la population

Procédé qui a fait ses preuves au Sénégal lors de la dernière élection présidentielle remportée par Macky Sall, la «Situation room» est la résultante d’une coordination des organisations de la société civile et des partenaires qui font l’observation électorale. Ces derniers se sont convenus de doter les jeunes d’outils, de compétences et de capacités nécessaires à faire un suivi de qualité du processus électoral. Par SMS, email et Facebook, les jeunes ont fait du monitoring citoyen de l’action publique et des services sociaux à travers les services délivrés, les budgets, la campagne et les promesses des politiques.

Au Senegal, par exemple, 519 observateurs  ont envoyé 74.028 observations  par 14.377 SMS de 1.547 bureaux de votes ; En Sierra Leonne, 2.048 observers ont envoyé 43.406 observations par  20.382 SMS de 4.328 bureaux de vote ; Au Mali, 3000 observateurs ont envoyé 147.811 observations de  21.892 SMS de 4,500 bureaux de vote ; En Guinée-Bissau, 357 observateurs ont envoyé 10.787 observations  pendant 2 semaines– avant, pendant et après les scrutins.

En termes des résultats, les experts ont révélé que les données collectées en temps réel ont permis aux organes de gestion de suppléer aux manques d’équipements là où on en a besoin et  régler les dysfonctionnements ; des Rapports d’achats de vote et information des autorités locales pour  arrestations des personnes au Sénégal ; des données prouvant un dépassement des voix dans des bureau de votes et investigations rapides en Sierra Leone ; des rapports d’intimidations par des groupes armés  et communications à la Mission des Nations Unies au Nord Mali.

Obstacles

A en croire les activistes de la Société civile locale, quelques écueils se présentent sur le chemin de « Situation room » congolaise. Il y a notamment, la taille du pays et la quasi absence des infrastructures, la pluralité et la division des organisations de la Société civile, le déficit du travail en synergie entre ces organisations, l’absence de neutralité, le manque de constance de la parole donnée(versatilité), l’absence des femmes dans les instances des décisions politiques,  l’analphabétisme, le manque des moyens financiers, le timing serré pour mettre en place une structure à la dimension du pays, le manque de collaboration avec l’État, l’inféodation et le manque de formation des médias, etc.

Néanmoins, la Société civile a la volonté de travailler ensemble, surtout qu’il y a une crainte d’émiettement et d’éparpillement ; l’intérêt des partenaires techniques et financiers ; le développement des Nouvelles technologies de l’information et de la communication ; l’éveil de la conscience nationale grâce aux récentes manifestations politiques dans la capitale et à l’intérieur du pays ; l’émergence d’une opinion publique nationale ; le regroupement des radios communautaires ; l’existence d’un cadre de concertation entre la CENI et la Société civile ; etc.
Tshieke Bukasa