La RDC peut être fière de son pain quotidien

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Les prix mondiaux du blé se sont emballés depuis le mois de juin 2010. Ceux-ci ont en effet  connu une croissance de plus de 80% pour atteindre et dépasser les sommets historiques de 2008, au plus fort de la crise financière et spéculative qu’avait alors connu le monde. 

Cette augmentation des prix vient au plus mauvais moment pour l’industrie minotière de la République Démocratique du Congo, qui est engagée dans un programme d’investissement important de plusieurs millions de dollars pour assurer la pérennité de l’approvisionnement en blé et en farine – et donc en pain – de la ville province de Kinshasa et de la province du Bas-Congo. 

Le secteur industriel dans la minoterie est essentiellement composé de deux acteurs importants, la MIDEMA et MInocongo, dont les moulins sont situés à Matadi et Kinshasa. Des  investissements importants ont été réalisés ces dernières années à Matadi. Une nouvelle ligne de production avec une capacité de plus de 320 tonnes d’écrasement de blé par jour a été inaugurée en 2006. Cet investissement de plusieurs millions de dollars a ainsi porté la capacité d’écrasement totale à 960 tonnes de blé par jour à Matadi et une capacité de près de 1.500 tonnes de blé entre Matadi et Kinshasa. 

Les capacités de stockage ont également été augmentée et les installations de la minoterie de Matadi peuvent ainsi entreposer plus de 70.000 tonnes de blé après la mise en scploitation de 6 nouveaux silos d’une capacité de plus de 6.350 tonnes chacun en novembre 2009. Ceci représente un stock stratégique équivalent à minimum 3 à 4 mois de consommation de la République. Chaque mois, de nombreux navires viennent ainsi décharger leur précieux cargaison dans le port céréalier de Matadi. 

Grâce  à ces efforts ininterrompus de l’industrie minotière au Congo, le pays n’a jamais souffert de manque de farine ou de pain. Mieux, comme le pays n’est pas propice à la production de blé, la République Démocratique du Congo a toujours su s’approvisionner aux meilleures conditions sur les meilleurs marchés de céréales. La qualité de notre farine nationale est d’autant meilleure qu’elle provient de mélanges de blé sélectionnés pour leur haute valeur nutritive et notamment leur richesse en protéines qui est en moyenne de 13 à 14%, alors qu’ailleurs elle est en général inférieure à 11% seulement, suite à l’utilisation d’une seule variété de blé. 

La farine de froment fabriquée en République Démocratique du Congo est également beaucoup plus fraîche car elle sort directement des moulins situés à Matadi ou Kinshasa. La farine ne subit pas tous les désagréments liés au long voyage en mer en provenance d’Europe ou d’ailleurs. La farine connaît son moment d’utilisation optimal environ deux semaines après sa production. Aucune farine importée ne peut atteindre cette performance. 

La RDC se doit donc d’être légitimement fière de disposer d’une industrie minotière de cette qualité. Il faudrait cependant qu’elle le reconnaisse par des actions  d’encouragement. Le secteur de la minoterie est un des rares secteurs industriels au Congo à ne pas avoir tourné le dos au pays lors des différents événements douloureux qu’a connu celui-ci. L’industrie minotière n’a pas besoin d’êre reconstruite. Elle existe, mais il faut veiller à la maintenir et à la développer. 

Les centaines de boulangeries actives à Kinshasa et dans le Bas-Congo ont toujours eu accès à de la farine d’excellence qualité produite au Congo. Les boulangers – petits ou grands, artisanaux ou industriels – ont toujours eu accès à de la farine produite en RDC en quantité suffisante pour approvisionner tout le marché en pain de qualité et riche en protéine et d’autres valeurs nutritives. 

Quand UPAK, une grosse boulangerie industrielle de Kinshasa a été obligée de réduire significativement sa production de pain en février 2010 suite à un incendie ayant détruit une partie de ses installations et une grande partie de ses stocks de farine, la population kinoise n’a pas souffert de la  moindre pénurie de pain. Le déficit de production de pain a immédiatement été repris par les centaines d’autres boulangeries de la place. 

Malgré une capacité de production au Congo largement suffisante pour faire face aux besoins en pain de tous les Congolais, l’industrie de la minoterie congolaise tourne au ralenti. Près de 50% de sa capacité industrielle n’est pas utilisée alors que des investissements importants ont été consentis ces dernières années. Si l’augmentation du prix du blé y est pour quelque chose, on peut également dénoner les conditions d’importation actuelle de la farine. 

Les pays occidentaux encouragent la consommation de la farine produite chez eux permettant ainsi l’exportation des excédents de fabrication de farine invendue vers des pays tiers. Ils empêchent chez eux l’importation de farine en provenance de l’étranger par la mise en place de droits de douane à un taux décourageant toute tentative dans ce sens. 

Faisant ainsi, ces pays occidentaux pour la plupart protègent leur industrie au détriment de l’industrie minotière située ailleurs, tel qu’en République Démocratique du Congo. En consommant de la farine importée, la RDC protège l’industrie minotière étrangère et contribue à détruire le peu de tissu industriel encore présent au Congo, établissant ainsi un déséquilibre socio-économique qu’il sera difficile de redresser. 

Il est bien connu que le développement du tissu industriel est la base de toute économie. Il permet la création d’emplois stables et à haute valeur ajoutée. Des dizaines de sous-traitants peuvent à leur tour développer des prestations de service plus ou moins spécialisées qui soutienront le développement économique (fabrication d’emballages, imprimeries, transporteurs, entreprises de gardiennage, jardinage, nettoyage, maintenance, construction, consommation d’életricité, eau…). 

La minoterie de Matadi est une des dernières entités industrielles présentes dans la ville et la région. Elle  fait avec fierté l’objet de visites régulières tant des autorités locales, provinciales que nationales. Il est temps de s’attacher aux valeurs qui justifient cet engouement et de les préserver et de les protéger. Le découragement de l’importation de la farine en provenance de l’étranger est une étape essentielle dans ce processus. 

L’indépendance existe en matière d’approvisionnement en farine. Célébrons-là !

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