La RDC interpellée par le Forum des ONG

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L’Afrique toute entière a commencé á commémorer, á Banjul en Gambie, le 30ème anniversaire de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Un colloque a réuni, du 22 au 23 octobre á l’hôtel Sheraton de Banjul, plusieurs sommités africaines et du monde intéressées á la défense des droits de l’homme. Les réflexions ont tourné autour du thème « Les défis actuels et les opportunités futures en matière de promotion et de protection des droits de l’homme en Afrique ».

Mais en prélude de ce colloque et de la 50ème session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, les organisations de la société civile impliquées dans la défense et la promotion des droits de l’homme sur le continent ont tenu leur forum á Kairaba Beach hôtel du 19 au 21 octobre 2011. Pendant trois jours, les organisations non gouvernementales ont passé au peigne fin l’état de la question des droits de l’homme sur le continent.

Deux thèmes majeurs ont nourri les discussions. Le premier intitulé « Evolution de la situation des droits de l’homme et de la démocratie » a fait l’état des lieux dans les différentes sous-régions. Les points forts de la Charte, ses faiblesses, les réussites et les échecs ainsi que les opportunités ont été soulignés. Le second thème portait sur « Le développement, progrès, défis au cours des 30 années de la Charte africaine et les perspectives ».

Interpellation

La RDC, pays phare de la sous-région d’Afrique Centrale, a été interpellée á cause des violations massives des droits de l’homme dans cette partie du continent : viols répétés des femmes á l’Est, intimidations et agressions contre les journalistes et les médias, négation de la liberté d’expression et d’association, etc.
En dépit de quelques progrès qui ont été soulignés, notamment l’adoption des lois sur les PVV, les enfants et le projet de loi portant protection des défenseurs des droits de l’homme ainsi que l’invitation officielle adressée á la rapporteuse spéciale des droits de l’homme Mme Lucy Asuagbor, la situation dans l’ensemble reste très préoccupante. Elle l’est davantage à l’approche des élections présidentielle et législatives que le Forum a qualifiées « d’élections de tous les dangers ».
Des résolutions concernant huit pays, dont la RDC, ont été adoptées appelant á améliorer la situation aujourd’hui peu reluisante des droits des peuples africains qui aspirent au changement et á changer le cap au vu des évolutions en cours en matière de démocratie (voir encadré).

Situation explosive

Pour revenir aux discussions, le prof Fall de la FIDH (Fédération Internationales des Droits de l’Homme) a reconnu que les Africains sont fatigués : les constitutions sont charcutées á tout bout de champ ; le continent a produit beaucoup de lois et de chartes qui restent malheureusement non appliquées. La Cote d’Ivoire, la Somalie, le Soudan (Darfour), la RDC, la Libye, le Malawi, le Tchad, le Zimbabwe, l’Egypte, autant de pays où les droits des citoyens sont malmenés. Au Kenya, en Guinée comme en Mauritanie ou au Sénégal, la situation est extrêmement fragile. Des pays comme la Zambie qui connaissent l’alternance démocratique sont une denrée plutôt rare.

Parlant de la sous-région d’Afrique Centrale, il a reconnu que sa situation est la plus dramatique de toute l’Afrique. Car, elle enregistre le faible taux de progrès en terme de démocratie et de droits de l’homme. En dépit du multipartisme, a-t-il souligné, les pays ne sont pas construits en République. Car, toutes les institutions, qu’il s’agisse du Cameroun, du Tchad, du Gabon, de la RDC ou de la Guinée Equatoriale, sont faites pour que le Président au pouvoir y demeure indéfiniment.
Dans ces pays, l’Assemblée Nationale ne joue pas le rôle de représentant du peuple, mais demeure une caisse de résonnance du pouvoir. Il a enfin déploré le fait que les peuples ne soit pas transformés en citoyens.

Union africaine des citoyens

Trente ans après la mise sur les rails de la Charte africaine, les résultats sont mitigés. Dr Kolawole, conseiller juridique d’Amnesty International, déplore l’usage courant de la torture, les limites á la liberté d’expression, le faible empressement á ratifier le protocole créant la Cour africaine qui a du mal á démarrer.
Ces faiblesses découlent de l’image même qu’on a de l’Union africaine : un syndicat des chefs d’Etats et de gouvernement comme ce fut le cas de la défunte Organisation de l’Unité Africaine (OUA). A Banjul, les participants au Forum des ONG ont formulé le vœu de voir l’Union africaine changer de cap et devenir rapidement l’Union africaine des citoyens.

Stanis Nkundiye,envoyé spécial á Banjul

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