La RDC déjà à l’épreuve des sept déclencheurs

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A l’issue de la réunion initiée par le FMI avec des membres du Club de Paris tenue la semaine dernière dans la capitale congolaise, et sanctionnée comme on le sait, par la décision d’amorcer le processus de l’effacement de 97 % du service de la dette, les Congolais se demandent ce qui reste encore à la RDC pour accéder enfin, au fameux point d’achèvement de l’Initiative PPTE que nous n’arrivons pas à atteindre depuis 2003. 

Au moment où l’euphorie gagne déjà certains milieux, l’on oublie qu’il reste à la RDC, l’ultime étape qui conditionne l’arrivée au point d’achèvement.

Cette étape, c’est le fameux examen de passage qui consiste en ce que les spécialistes des questions financières appellent « évaluation des sept déclencheurs ». En fait, le mot déclencheur qui a l’air d’un appareillage sophistiqué n’est rien d’autre que la réforme.

Ces déclencheurs sont les suivants : 1. Le Document stratégique de croissance et de réduction de la pauvreté. 2. La stabilité macro-économique 3. L’utilisation de l’épargne budgétaire 4. La gestion des dépenses publiques. 5. La gouvernance et la prestation dans les secteurs prioritaires. 6. Les secteurs social et rural et 7. La gestion de la dette.

Cet exercice d’évaluation sera effectué par des experts du FMI et de la Banque mondiale dont la délégation est attendue aujourd’hui à Kinshasa.

Ces experts auront pour tâches essentielles d’évaluer la mise en œuvre du DSCRP, le niveau d’exécution du programme appuyé par la Facilité pour la réduction de la pauvreté, l’utilisation de toutes les ressources obtenues grâce à l’épargne budgétaire dégagée par l’allègement du service de la dette, la gestion transparente et orthodoxe des dépenses publiques, le bouclage du suivi budgétaire des dépenses dans les secteurs de la santé, de l’éducation, du développement rural et des infrastructures, la mise en œuvre des plans de stratégies de développement sectoriel pour la santé, l’éducation et le développement rural, ainsi que la gestion transparente et orthodoxe de la dette.

Au sujet du DSCRP, le gouvernement, par le biais du ministère du Plan, s’est attelé à la mise en œuvre des revues sectorielles dont les résultats sont, à en croire les différents intervenants, satisfaisants.

Quant à l’épargne budgétaire, la deuxième réunion du comité de politique monétaire a relevé des excédents de trésorerie durant les 15 premiers jours du mois de février 2010, qui risquaient d’être épongés par l’augmentation des dépenses publiques avec comme conséquences de détériorer le solde des opérations financières de l’Etat et d’exercer des pressions sur la demande des devises au cours de prochaines semaines. 

Lors des séances de travail qu’ils auront avec les autorités congolaises de divers secteurs, ces techniciens pourront certainement s’assurer si des efforts ont été déployés par le gouvernement congolais et si les réformes essentielles sont soit déjà réalisées ou en cours de réalisation.

Dans cette perspective de l’annulation de sa dette, notre pays reste toutefois sous haute surveillance des bailleurs qui travaillent sur ces déclencheurs.

Et aujourd’hui, le commun des mortels se trouve devant un questionnement quant à la gestion de l’après-annulation de la dette extérieure de notre pays.

La RDC pourra t-elle bénéficier de l’annulation d’une partie de la dette ou de toute la dette extérieure?

Comment seront utilisées les ressources dégagées par l’annulation de la dette ? Comment éviter qu’à  l’avenir, la RDC ne puisse  retomber dans la situation d’un endettement cumulatif doublée d’insolvabilité ?

Quelles sont les dettes extérieures de la RDC ?

Le stock de la dette de notre pays est de 13 milliards de dollars dont 5,7 milliards de dollars dus aux financiers du Club de Paris.

La dette bilatérale entre l’Etat congolais et d’autres Etats est de 6 milliards de dollars. En 2009, le service de la dette due, intérêts et retards de remboursement compris, se chiffrait à 750 millions par an dont 180 millions de dollars dus au FMI, à la Banque mondiale et à la Banque africaine de développement.

Il y a aussi un autre volet des dettes comprenant les dettes des entreprises publiques assorties de la garantie de l’Etat, celles des créanciers multilatéraux, ainsi que celles contractées auprès des banques commerciales ou des créanciers privés.

Au départ, arrêtée à 9 milliards de dollars, la dette conclue par l’Etat congolais dans le cadre des contrats chinois a été revue à la baisse et fixée à 6 milliards de dollars. Elle sera remboursée grâce aux mécanismes de compensation convenus entre les deux parties avec l’exploitation des ressources minières congolaises.

Que se passera t-il au point d’achèvement ?

En juin prochain, le conseil d’administration du FMI et de la Banque mondiale va se tenir à Washington, pour étudier le dossier de la RDC, les critères de performances remplis dans le cadre du nouveau programme économique du gouvernement conclu avec ces Institutions de Bretton Woods et se prononcer, au regard de la décision prise par les financiers du Club de Paris, sur l’annulation de la dette extérieure de notre pays à 90 %, et des rapports d’évaluation des sept déclencheurs. La RDC va de ce fait accéder à l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale ( IADM).

Si le stock de la dette est effacé, il va cependant, persister le service de la dette qui est de 750 millions de dollars et qu’il faudra débourser.

Allégée du fardeau de la dette, la RDC pourra dès lors engager des discussions avec les créanciers privés soit pour une réduction de ses dettes ou pour solliciter un nouvel échéancier de remboursement.

Nous croyons que sur base de cette éprouvante expérience qu’est l’Initiative PPTE, commencée en 2003 et qui s’achève en 2010, la RDC devra désormais adopter une politique plus prudente en matière d’endettement.

Dans ce domaine, l’Ogedep a un rôle central d’analyse et de conseil à jouer dans les années à venir, notamment prévenir l’exécutif sur la nécessité ou non d’accéder à un nouvel endettement, l’éclairer suffisamment sur les mécanismes de cet endettement, les modalités de remboursement du montant principal, des intérêts et des retards, déterminer la hauteur de différentes dettes cumulées et apprécier les risques éventuels pour notre pays en cas d’insolvabilité.

La RDC, qui a un rôle économique moteur à jouer au cœur de l’Afrique, devra quitter le club des pays continuellement assistés, pour rejoindre le carré très fermé des pays émergents du continent. Pour ce faire, il devra faire montre de sa capacité à exploiter rationnellement toutes ses potentialités, générer davantage des ressources financières, et les gérer à bon escient au profit de toute sa population, et non au bénéfice d’une poignée des dirigeants. Et ce, afin d’assurer cette fois-ci son développement intégral. 

                                                J.R.T.

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