La Police s’autoflagelle en public

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Les usagers et les riverains de l’avenue Luambo Makiadi – ex-Jean-Bedel Bokassa –  ont assisté hier mardi aux environs de 13 heures à un événement inhabituel à la hauteur de l’avenue Usoke, commune de Kinshasa. En effet, des éléments en tenues civile appartenant aux services spéciaux de la police ont interpellé un agent de la Brigade routière qui opérait au niveau du rail en compagnie de cinq de ses collègues. L’agent, de sexe féminin, venait de tendre la main à un chauffeur de taxi-bus qui se dirigeait au marché central. L’interpellation s’est déroulée sans heurt, les agents en tenue civile ayant pris au préalable le soin de s’identifier et d’expliquer qu’ils étaient en mission. L’agent féminin qu’ils venaient d’interpeller s’était, soutenaient-ils, rendue coupable de corruption. Sa main tendue au chauffeur lui avait permis de recevoir de l’argent et donc de ne pas faire le travail pour lequel elle avait été envoyée sur le terrain.

Cette explication a provoqué la colère des collègues de la « victime » qui ont fait savoir aux agents en civil que leur action tendait non seulement à les discréditer mais surtout brisait une règle d’or au sein de la Police : la solidarité.

Mais en dépit de ce plaidoyer, les agents des services spéciaux sont restés inflexibles. Ils ont obligé la femme policière à les suivre calmement pendant que derrière eux les autres policiers en colère criaient à la jalousie. La femme policière a été conduite au sous-commissariat d’Itaga pour être entendue.

De nombreux observateurs de la scène  se sont posé la question de savoir si l’action de moralisation à laquelle ils venaient d’assister était un acte isolé ou procédait d’une stratégie globale de néantisation des antivaleurs au sein de la Police. Cette question est posée au regard de ce qui passe sur le terrain. Il ne s’agit pas seulement de cette corruption à laquelle tout le monde assiste aux différents carrefours mais aussi dans les divers commissariats. Le problème est ainsi de savoir si on devait traiter les aspects de la corruption  au sein de la Police comme un épiphénomène ou faut-il chercher à approfondir la question pour en dégager les vraies causes.

Tout en saluant l’action  de moralisation qui vient de commencer, nous émettons le souhait de voir celle-ci ne pas servir de prétexte à des règlements de compte et surtout ne pas jouer le vilain rôle de tape à l’œil avant que les habitudes ne repartent de plus belle.

   Kevin Kabamba Mbuyi (Stg/Unikin)

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