La place de l’école technique et professionnelle en question

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« Quelle éducation pour quels métiers ? » Telle est la thématique générale du Grand débat organisé, mardi 20 avril 2010, au Centre Wallonie-Bruxelles dans le cadre du Cinquantenaire de l’accession de la RD Congo à l’indépendance. Un thème d’actualité sous-jacente dans un pays qui dispose d’environ 60% d’analphabètes. L’enseignement technique et la formation professionnelle (ETFP) ont du pain sur la planche.

Pour le premier intervenant, le Coordinateur AETFP-CTB, Leroy Joël, quelque part une interrogation sur l’éducation en ETFP passe par sa contextualisation.  « Un constat que nous pouvons faire ensemble est que les différentes améliorations sont nécessaires et / ou sont à l’ordre du jour. Elles sont organisationnelles, humaines, structurelles, pédagogiques, sociales, sociologiques et socio-économiques… »

Pour l’orateur, la contextualisation des analyses implique, en retour, une contextualisation des propositions. Il n’est donc pas question de faire des métiers de la RDC des copies collées des métiers d’ailleurs. D’où pour lui, la prise en compte des contextes passe par le niveau national et le niveau provincial éducationnel englobant les pouvoirs organisateurs et niveaux régulateurs, d’une part. Et, d’autre part, par le local et le terrain des lieux d’expression des métiers. Et, le préalable indispensable est de réfléchir et de sensibiliser par rapport à la notion des bassins d’emploi et à la recherche des zones pertinentes. A cet effet, un certain nombre de questions se pose dans le cadre fonctionnel et économique : Qui et qu’est-ce qui gravite autour de quoi, quand, pourquoi et comment ? 

Leroy Joël souligne que la réponse à ces questions débouche sur un questionnement qui s’enchaîne en termes des préalables d’adéquation formation-emploi et filières pertinentes.  Ce qui permet de mettre la formation au service des métiers ; de mettre les métiers au service des programmes et de mettre les programmes au service des apprenants. Ce dernier volet implique, selon Leroy Joël, d’opter pour une pédagogie adaptée, en lien avec les réalités de terrain. A ce propos, indique-t-il, le choix pertinent des autorités de la RDC repose sur « l’Approche Par Compétences » (APC).  Conclusion de Leroy : « En prenant en compte une série d’indicateurs ou de facteurs… en liens étroits avec les décideurs, les citoyennes, les citoyens, les apprenants et autres apprentis, le terrain, cette approche systémique peut avoir un impact considérable en termes d’engagement en formation au sens large et donc de « rentabilisation »-optimalisation des investissements et efforts en éducation et en ETFP. »

Pour le second intervenant, Simon Lusalusa, Coopérant et Administrateur de programme à l’APEFE, la thématique devrait être formulée en ce sens : « Quelle formation pour quel métier ? ». Car, pour lui, le terme « Education » a un sens très large par rapport aux préoccupations actuelles. Pour ce, il a axé son exposé sur trois points :  Un effort de définitions terminologiques et questionnement ; de la formation au métier comme une quête relationnelle et quelques pistes de solution. Passons partiellement le premier point et relevons les interrogations pertinentes posées par M. Lusalusa : « La formation reçue détermine-t-elle toujours le métier exercé ? L’exercice d’un métier nécessite-t-il toujours une formation ? Quels avantages ou les risques d’exercer un métier pour lequel on n’a pas été formé ? Quid du cadre légal d’exercice d’un métier ? Accès au corps professionnel ? Libre exercice d’une profession ? Que faire pour que la formation donnée débouche à coup sûr à un emploi ? »

Abordant le deuxième point, de la formation au métier : une quête relationnelle, l’expert Congolo-belge Lusalusa : « L’adéquation de la formation technique et professionnelle au marché de l’emploi suppose, des autorités éducatives, une démarche tridimensionnelle. A savoir, notamment, harmoniser les programmes de formation relatifs au secteur technique et professionnel dans les établissements d’enseignement de la RDC ; spécialiser les institutions de formation de la RDC dans les différents domaines technologiques (informatique, électronique, mécanique auto, exploitation des filières à fort impact, etc.) et renforcer les capacités de ces institutions d’enseignement pour les rendre plus performantes. »

En effet, l’expert Lusalusa relève un certain nombre de contraintes liées à l’inadaptation des programmes de formation : « Les structures de formation disposent de faibles moyens financiers et de petits budgets ; les stages de formation ne sont pas suffisamment préparés et ne prennent pas en compte les besoins de stagiaires ; peu de place accordée à la pratique ; absence de suivi de stagiaires ; manque de motivation ; insuffisance d’évaluation des stages. »

S’agissant de pistes de solution, Simon Lusalusa recommande de : « Créer un cadre légal de fonctionnement de l’ETFP notamment par la révision de la Loi-Cadre ; Créer un système de formation professionnelle post-enseignement de base ; sur la formation des formateurs et de l’ingénierie de formation, créer un Centre national de formation des formateurs et de l’Ingénierie de formation et une Structure nationale de la formation continue et de Promotion professionnelle… ainsi que consolider le redéploiement du système national de formation professionnelle par l’élaboration et le démarrage de mise à niveau de la formation professionnelle et de l’emploi.. »

Quant au quatrième intervenant, M. Kasay, Secrétaire permanent adjoint de la Commission Interministérielle de l’Enseignement Technique et la Formation Professionnelle (CIETFP), il a ciblé son exposé sur « Quid de la formation professionnelle dans le secteur non formel en RDC ».

Dans son introduction, il a souligné que la formation professionnelle en RDC est organisée par l’ordonnance n°71-055 du 26 mars 1971 portant organisation de la formation professionnelle. Cependant, cette formation professionnelle est organisée par l’Etat congolais, les ministères de l’EPSP (secteur formel), de l’ETPS (secteur informel), des Affaires sociales, de la jeunesse et sports, des infrastructures et travaux publics, de la défense nationale, de la santé ainsi que les privés (y compris les confessions religieuses).

Toutefois, pour harmoniser la formation et capitaliser les questions transversales de ce secteur, il y a la mise en place de la CIETFP en 2006 avec l’appui des partenaires dont la Wallonie-Bruxelles à travers l’Apefe. Comme acquis, M. Kasay signale une ordonnance présidentielle en parcours de signature ; un arrêté de nomination du Secrétaire exécutif et des secrétaires permanents, l’implication dans le groupe thématique éducation, un premier outil de communication et de visibilité « Formation –Professionnalisation – Emploi ».

Intervenant en dernière position, M. Augustin Baharanyi, expert national et point focal EPSP a rappelé le tableau sombre : « Le système éducatif en RD Congo est confronté à plusieurs défis dont notamment la crise des ressources humaines, des infrastructures, des programmes et des outils pédagogiques. La baisse actuelle de la qualité de l’enseignement à tous les niveaux du système éducatif plaide en faveur d’une réflexion plus pertinente pour sortir ce système de sa stagnation actuelle. Cette réflexion doit être inclusive, elle doit interpeller tout le monde, intégrer les décideurs (politico-administratifs), les organisateurs, les opérateurs, les chercheurs et les bénéficiaires du système dans son ensemble… »

S’en est suivi un débat très enrichissant grâce à l’apport des autorités académiques et étudiants de l’ISPT. Tous plaidant pour l’efficacité, la compétitivité et la professionnalisation de l’école technique sans laquelle la RDC ne peut trouver l’équilibre dans sa reconstruction nationale. 

Eddy Kabeya

 

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