La pègre tire sur des enquêteurs de la police criminelle

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84409-0Traqués et souvent mis aux arrêts, des bandits de la ville de Kinshasa viennent de déclarer la guerre à la Police nationale congolaise. La menace est tellement sérieuse qu’elle ne mérite pas d’être minimisée, quand on se rappelle que c’est la pègre kinoise qui avait abattu au cours du deuxième trimestre de cette année, le sous-commissaire Mozande et son fils, un étudiant de l’IBTP. Ce déclenchement des hostilités entre la pègre et les éléments de la police, n’est pourtant pas le premier du genre. En effet, à partir d’un téléphone portable arraché à un agent de la police criminelle du Camp Lufungula, le chef de la bande des malfaiteurs a menacé de paralysie toute son unité, jurant d’exécuter tous ceux qui oseront les empêcher de poursuivre leur périple criminel. «  Kinshasa est sous nos bottes, sachez-le ! a lancé le brigand, avant d’ajouter «  Nous ne laisserons aucun policier nous barrer la route ! ». Et le caïd de prévenir sans mesurer peut-être les conséquences de ses menaces.  «Dites à vos collègues qu’ils nous laissent faire notre boulot ! Sinon, vous le regretterez amèrement ! » devait ajouter le malfaiteur certainement sous l’effet de la drogue.

 Mais avant d’arriver à cette déclaration de guerre, tout est parti, comme il faudrait le rappeler,  du vol d’une voiture taxi de marque Mitsubishi Lancer de couleur verte, plaques minéralogiques 5517 AM/01, par une bande des voleurs. Le chauffeur de ce taxi, Junior Koko Ndofunsu, sillonnait le dimanche 5 octobre 2013, les rues de Bandalungwa quand il a été hélé par un client. Le jeune homme sollicitait la location de la Lancer pour tout l’après-midi. Après accord sur le prix, première course : rejoindre un membre de famille à Binza Pigeon. C’est à l’arrêt des bus de ce quartier sur la Route de Matadi qu’a été embarqué un autre gaillard. Destination ? Lac de Ma Vallée à Kimwenza. Dans ce coin d’évasion, les deux clients s’installèrent autour d’une table pour partager des pots de yaourts avec le conducteur. Soudain, Junior Koko fut emporté comme par enchantement dans un profond sommeil. Et puis plus rien. C’est au réveil des heures plus tard qu’il constatera qu’il était abandonné seul à Kimwenza, sa voiture emportée par des bandits.

De retour au centre-ville, Koko Ndofunsu ira déposer une plainte à  l’état-major du Bataillon de la police d’investigations criminelles où l’on avait enregistré ces temps derniers, une série de vols de véhicules, les uns après avoir drogué les chauffeurs, et pour les autres, par des braquages. Compte tenu des similitudes avec d’autres cas, les enquêteurs de cette unité décidèrent d’organiser la reconstitution des faits, non seulement pour tenter d’élucider le mystère de la recrudescence de ces vols de véhicules, mais aussi pour déceler les traces des malfaiteurs. Jeudi dernier, des enquêteurs et le chauffeur sont allés sur le lieu des faits à Kimwenza. Là-bas, pendant que Junior Koko, la victime, expliquait comment on lui a arraché son engin, un policier ira se soulager. Dans une paillotte, un gars assis avec ses amis l’a reconnu comme étant un enquêteur de la police criminelle qui leur rend la vie difficile. Après l’avoir encerclé, les bandits vont le fouiller et lui arracher son téléphone portable, sa carte de service et quelques billets de banque. D’autres se prononcèrent pour qu’il soit exécuté sans autre forme de procès. Ils vont l’entraîner vers la sortie de cette terrasse-bar restaurant, où ils surprendront d’autres enquêteurs sous la conduite du commandant Kasongo, en train d’interroger le chauffeur. Les bandits se sont alors écriés : «  Voici nos bourreaux ! Il faut les tuer sans pitié ! Ils nous empêchent de dormir ! « . L’un d’eux sortit son arme et se mit à tirer sur les policiers qui se sont mis à couvert sous divers abris. Même la voiture qui les avait conduits à Kimwenza, a reçu plusieurs impacts de balles.

Guerre déclarée

 Réflexe de professionnel oblige, le policier commis à la garde de Lac de Ma Vallée, a pour sa part, tiré également plusieurs coups de balles en l’air, une façon d’appeler des renforts du sous-commissariat de Kimwenza Gare, vers ce coin d’évasion. Avant leur arrivée, les bandits avaient sauté à bord de leur voiture et pris une destination inconnue. Les policiers de Kimwenza Gare sécuriseront leurs collègues de la police criminelle jusqu’à leur retour à Kinshasa.

Alors que les enquêteurs de la police criminelle considéraient cet incident clos, voilà que quelques commandants de cette unité recevront des appels anonymes leur proférant des menaces. L’affaire de l’attaque des policiers au Lac de Ma Vallée venait de prendre là, une tournure inquiétante. Des bandits ont décidé de braver la police et ils l’ont fait savoir, sans crainte d’être poursuivis pour menaces de mort. A les en croire, ils mettent en garde toutes les unités de la police contre leur traque. Une façon de les intimider, mais aussi de montrer à la face des Kinois, qu’ils ne vont reculer devant aucun service de police.

Dans les annales de la criminalité dans la ville de Kinshasa, à force de bénéficier de certaines complicités au sein de l’appareil judiciaire, les malfrats se sont mis en vedette et ont tenté de narguer les policiers. Au plus fort de ces « bras de fer », quelques policiers sont tombés sur le champ de bataille. Mais comme dans tout pays, force reste à la loi, les institutions ont fini par avoir le dessus sur ces organisations criminelles. Lors de nombreux accrochages, des membres de la pègre blessés par balles, ont succombé des suites de leurs blessures, avant d’atteindre les centres hospitaliers.

 Pour les observateurs, il ne faut pas que la police laisse cette menace peser sur ses éléments. Car, faute pour la Police nationale congolaise de ne pas relever le défi, la pègre se complaira dans son impunité, estimant que l’heure du règne de la criminalité est arrivée. Le banditisme urbain pourrait prendre dès lors des proportions alarmantes qui vont requérir de gros moyens. Il est temps d’éradiquer la menace et de mettre un terme aux mésaventures criminelles de la jeune pègre kinoise.

                                                                                                             J.R.T.

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