La Monuc accusée de «non assistance à personne en danger» !

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« On nous dit que les Casques bleus sont ici pour protéger les civils. Ils avaient une mitrailleuse déployée, et les faits se passaient à 25 mètres de la guérite où se trouvait déployée la mitrailleuse. Ils ont assisté à l’assassinat de l’armateur congolais dénommé Mongaba comme à un match de football. Il faut une enquête pour dégager toute la lumière sur ce nouveau cas flagrant de non-assistance à personne en danger ».

Ces propos accusateurs ont été tenus par le ministre congolais de la Communication et des Médias, Lambert Mende, au cours de sa conférence de presse du vendredi 09 avril à Kinshasa. Ces accusations sont si graves contre la Monuc qu’elles ne pouvaient pas rester longtemps sans réplique. Le porte-parole de la Monuc, Madnodje Mounoubai, s’est empressé de monter au créneau pour exprimer, sur les ondes de d’une radio périphérique, la surprise de la représentation des Forces de maintien de la paix en RDC. Il déclare notamment que « la mission onusienne est très surprise de ces accusations portées contre elle, en contradiction avec l’appréciation des autres officiels et officiers, notamment le Premier ministre et le Chef d’Etat-major général des FARDC qui ont reconnu le rôle important joué par la Monuc pour mettre les insurgés en déroute ».

Depuis que le départ des Casques bleus de la RDC est à l’ordre du jour, les rapports entre le gouvernement congolais et la Monuc sont constamment en dents de scie. Déclarations et prises de position sont empreintes d’acrimonie et d’agacement du côté congolais. Mais le  porte-parole de la Monuc fait aussi une révélation troublante, selon laquelle les vues exprimées par le ministre de la Communication et des Médias contrastent avec les points de vue de certains hauts officiels et officiers de la RDC. Ces derniers, à entendre Madnodge Mounoubai, sont reconnaissants du concours des Casques bleus dans la récupération de la situation à Mbandaka, tandis que le porte-parole du gouvernement a noté, quant à lui, la non-assistance à personne en danger.

La note d’informations sur la situation sécuritaire à Mbandaka, diffusée à l’issue d’une réunion conjointe Gouvernement-Monuc présidée par le Premier ministre Adolphe Muzito lundi 05 avril, signale que parmi les victimes, il y en a eu 3 de la Monuc dont un Casque bleu ghanéen, un pilote sud-africain et un contractuel. On y souligne aussi que la « la coordination FARDC et Monuc a été parfaite pour le rétablissement de l’ordre public dans la ville de Mbandaka ». La question qu’on peut se poser est celle de savoir de quelle manière et dans quelles circonstances les 3 éléments de la Monuc ont été tués alors que les Casques bleus seraient restés les bras croisés lors des affrontements entre les FARDC et les insurgés ? Comment comprendre aussi cette « coordination parfaite FARDC-Monuc pour le rétablissement de l’ordre public dans la ville de Mbandaka » mentionnée dans la note d’informations sur la situation sécuritaire à Mbandaka ? On peut pousser le raisonnement jusqu’à l’absurde. Ou bien la Monuc veille à la sécurisation des institutions, d’où elle a effectivement concouru à la mise en déroute des rebelles Enyele. Ou bien elle a mission d’assurer la sécurité des personnes et des biens en RDC, d’où elle y a failli pour le cas de l’armateur congolais Mongaba !

Des nuages artificiels entre l’Onu et la RDC

La Monuc est l’Organisation des Nations Unies en miniature temporairement installée en RDC. Elle est en quelque sorte une agence de l’Onu en détachement pour une mission déterminée, mais qui reçoit régulièrement des directives et des mots d’ordre de son siège à New York. Des reproches qu’on lui fait sont adressés indirectement à l’Onu, et la RDC ne peut renier son statut de membre de l’Onu. Même si les Casques bleus doivent absolument repartir, il ne faut pas que cela soit une rupture brutale et inconsidérée entre l’Onu et la RDC. En conséquence, il serait sage de se garder des gestes d’énervement, d’agacement et d’irritation, soi-disant susceptibles de montrer à l’Onu qu’on est excédé de sa présence en RDC, afin qu’elle puisse songer à accélérer l’évacuation de ses Casques bleus. Mais n’y-a-t-il pas, de toute évidence, confusion ou malentendu entre « la sécurité des institutions » et « la sécurité des personnes et des biens en RDC ? » La première est celle que la Monuc croît lui être assignée, tandis que la seconde est celle qu’elle estime incomber exclusivement à l’Etat congolais.

Pour les observateurs avertis, c’est une réalité indéniable que depuis la transition de la formule 1+4 jusqu’aujourd’hui, la Monuc joue seulement le rôle d’ange gardien des institutions, et non de la population. Malgré la présence de nombreux Casques bleus, pour quelle raison avons-nous  vu débarquer à Kinshasa un contingent de légionnaires de l’Eufor bien armé et équipé si ce n’était celle de contribuer au renforcement de cette mission de la Monuc ? Dans les rangs mêmes des Casques bleus, on n’est pas du tout gêné de dire que leur mission consiste à protéger les institutions contre les aléas de leur déstabilisation par des groupes séditieux ou des soulèvements populaires, et non à assurer la sécurité des personnes et des biens en RDC. En l’occurrence, l’accusation soutenable et qu’il faut démontrer est celle de « non-assistance à institutions en danger ». La Monuc pourrait alors alléguer ses moyens de défense. Il faut dissiper des nuages artificiels entre l’Onu et la RDC.

Jean N’Saka wa N’Saka

 

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