La Miba malade de ses gestionnaires politiques

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Le développement et la reconstruction sont des faits qui se manifestent non par des discours politiques et des promesses  mais par des réalités palpables découlant de l’essor des activités des entreprises nationales. Du temps du Maréchal Mobutu, son régime avait connu sa période de vaches grasses, caractérisée par l’érection de quelques éléphants blancs par-ci par-là. Le Pont Maréchal et le Barrage d’Inga dans la Province du Bas-Congo, le Palais du peuple et le Stade Kamanyola à Kinshasa, l’acquisition des armements, des chars d’assaut, des hélicoptères de combat et des avions de chasse « Mirages » de fabrication française. La Territoriale et la Diplomatie considérées comme des instruments, l’une pour mater toutes les velléités séditieuses des masses à l’intérieur et l’autre pour préserver son image de marque de faux démocrate à l’étranger, n’étaient pas traitées en parents pauvres. Cette prospérité apparente avait pour centre de propulsion le Katanga qui passait alors pour le poumon économique du Zaïre. Mais qui disait alors le Katanga disait  la Gécamines, cette société publique qui produisait  et exportait des milliers de tonnes de cuivre, ce minerai dont le cours sur le marché mondial était relativement stable et avantageux. 

    Plus tard, à cause de l’effondrement des cours de cuivre et de la désorganisation de la Gécamines par Mobutu lui-même, et avec la fomentation de l’épuration ethnique accompagnée de l’expulsion massive des Kasaïens dépouillés de tous leurs biens meubles et immeubles, contraints de rentrer à Mbuji-Mayi, Kananga, Kabinda et Lusambo, le Katanga et la Gécamines ne pesaient plus lourd dans la balance économique du pays. Les muscles respiratoires du poumon économique étaient complètement paralysés. Depuis lors, du temps même de Mobutu, la Gécamines était détrônée par la MIBA (Minière de Bakwanga) à Mbuji-Mayi au Kasaï Oriental. Après le départ contraint et humiliant de Mobutu, au lieu d’être réanimée, la dépouille de la Gécamines a été impitoyablement dépecée en plusieurs morceaux sur lesquels se sont rués à l’envi des investisseurs nominaux munis de contrats douteux.  Cela a conforté davantage la MIBA dans la position unique qu’elle venait d’occuper. C’est cette société minière de Bakwanga de Mbuji-Mayi qui a fait le gros des frais des guerres de l’Est du pays depuis 1996-97 jusqu’en 2003. La MIBA ne pouvait imaginer qu’elle subirait, elle aussi, le même sort que la Gécamines, dépecée et cannibalisée sans pitié. Il s’ensuivrait sa mise en coupe réglée systématique jusqu’à ce que les muscles respiratoires de son poumon se sont complètement paralysés. Pour tout dire, elle a été bradée comme l’avait été la Gécamines.

            Et pour achever le tableau, après le déboulonnage de Jonas Mukamba et la gestion éphémère de son successeur Trudon Katende, enfant cadre de la maison, on procède à la valse des PAD à la tête de la MIBA, parmi lesquels sont propulsés non pas nécessairement des technocrates, mais surtout des politiciens opportunistes qui ne peuvent parler de cette société que comme des aveugles des couleurs. Devinez leur mission ! Presser la société comme l’orange, pomper ses ressources pécuniaires et minérales à souhait. Le scandale le plus récent est celui des dragues mystérieuses aperçues dans le polygone de la MIBA et qui y ont opéré activement nuit et jour 6 mois durant, au vu et au su des dirigeants de la MIBA et des autorités provinciales, sans aucune réaction. A qui appartenaient ces dragues pour pénétrer dans la concession de la MIBA et y puiser ouvertement des diamants sans être inquiétées le moins du monde  jusqu’à leur disparition du polygone? La concession de la MIBA a été bradée à des sociétés louches. Le fantôme de Sengamines avait pillé à gogo cette concession jusqu’à enlever et transporter  par avion, sous d’autres cieux, des tonnes de graviers diamantifères pour le triage dans un pays africain soi-disant ami de la RDC. La MIBA était régulatrice de la vie de la population du Kasaï, par le dynamisme de ses activités et le paiement régulier des salaires de ses travailleurs et cadres, qui faisaient ainsi bénéficier la population de leur pouvoir d’achat. A Mbuji-Mayi comme à Kananga, Lusambo et Tshikapa, c’est la misère noire, la famine et les souffrances inouïes. 

La MIBA malade des gestionnaires politiques

    Ces villes du Kasaï sont en train de connaître un exode des gens qui se dirigent vers Kinshasa et Lubumbashi en quête de moyens de survie. Les motocyclistes transporteurs qui ont introduit dans la Capitale une autre catégorie de commerce informel, sont pour la plupart des jeunes gens venus du Kasaï. Tout cela montre l’ampleur des dégâts causés par le bradage de la MIBA. Ces motocyclistes transporteurs étaient tributaires périphériques  de la vitalité de la MIBA. Parmi les sociétés ambiguës spoliatrices de la MIBA, la dernière de la série s’appelait EMAXXON, qui l’a achevée et scellé son certificat de décès. Dans leur édition du lundi 25 août, certains quotidiens paraissant à Kinshasa ont consacré de larges commentaires à la mort clinique de la MIBA, dans la perspective de la visite du Chef de l’Etat Joseph Kabila Kabange à Mbuji-Mayi. Ces confrères estimaient que les décideurs politiques devaient tout faire pour sauver la MIBA. Le parachutage des PAD politiciens à la tête de la MIBA, les activités intenses de l’ex-Sengamines, l’agrément accordé à des sociétés peu recommandables comme EMAXXON, la présence des dragues énigmatiques dans le polygone de la MIBA pendant 6 mois, la mise systématique de la société en coupe réglée à l’instar d’une vache à lait, toutes ces tractations qui puent la magouille politique, ne concourent pas à l’atténuation du poids de la responsabilité de l’Etat dans la dégringolade de la MIBA.

            Le développement et la reconstruction du pays se font à rebours du bons sens. Les entreprises nationales clés de l’époque coloniale qui auraient dû être en plein essor pour soutenir et accompagner la croissance économique du pays, sont sucées jusqu’à la moelle, anémiées et acculées à la faillite. La MIBA et la GECAMINES en sont la preuve la plus troublante et inexplicable. Elles ont joué, tour à tour, le rôle de poumon économique du Zaïre et de la RDC. Et c’est la MIBA qui a supporté le gros du fardeau des efforts des guerres de l’Est du pays depuis 1996-97 jusqu’en 2003. Comment pareille entreprise pouvait-elle se trouver un pour amenée à déposer son bilan ? On ne peut même pas imputer cette malheureuse situation à la crise financière mondiale. Loin de là. La MIBA est malade de ses gestionnaires politiques de tous les régimes qui se succèdent au pouvoir depuis la IIe République de Mobutu. La situation de banqueroute où elle est arrivée n’est que la conséquence logique d’une série de diverses et multiples péripéties de sa mise en coupe réglée. Sa résurrection tient du miracle, étant donné que son sort est le même que celui de toutes les entreprises nationales désormais en voie de dépérir inexorablement.

               Jean N’Saka wa N’Saka

  Journaliste Indépendant

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