La malbouffe se porte bien en RD Congo

0
55

Un marché de la place bondé de monde. Perplexe devant des étals de vivres frais, une ménagère aux revenus modestes hésite entre s’approvisionner en poulet sur pied plus cher et acquérir des chinchards aux étiquettes abordables, mais couverts de mouches que la vendeuse s’acharne à chasser. Un moment de réflexion, c’est la foule d’acheteurs se disputant cette fameuse marchandise légèrement faisandée qui la décide enfin à acheter quelques tas de poissons décongelés.

Usant de son savoir-faire culinaire dont elle détient seule le secret, la dame a réussi à faire de belles grillades savamment épicées. Lors du repas, la famille s’est bien régalée, vantant ses mérites gastronomiques.

Cependant, le lendemain, parents et leurs six enfants manifestaient des douleurs au ventre dues probablement à la nourriture à la qualité douteuse consommée, la veille. C’est ça la malbouffe.

Quelques calmants ingurgités, le mal parti, la famille a repris son train train de vie habituel. Il est surprenant que personne ne fera la relation entre la nourriture et le mal du ventre.

Des incidents similaires ont été aussi enregistrés, ailleurs dans d’autres coins de la ville. Dans les restaurants de fortune disséminés dans nos quartiers, des gourmets se restaurent à cœur joie. Si les uns avalent avec appétit des morceaux de cuisses, les lèvres couvertes de sauce, les autres salivent devant les plats fumants de viande de gibier et de poissons fumés. Pourtant, des heures plus tôt, ces viandes acquises dans un petit port privé de Kingabwa, au prix cher, libéraient des larves et dégageaient une odeur de pourriture.  De quoi décider la destruction de cette denrée alimentaire impropre à la consommation.

A force de plusieurs nettoyages à l’eau chaude, ces viandes « purifiées » ont été cuisinées avec art et talent, au point qu’on les croirait exemptes de larves et autres microbes. Mais toute la nuit, les consommateurs ont effectué des ballets dans les installations sanitaires, à la suite d’une intoxication alimentaire. Une fois de plus, rares sont ceux qui ont mis en cause les plats de viande de gibier et de poisson fumés. La mal bouffe a pris ses quartiers partout.

Aucune enquête ne sera menée pour établir les liens de cause à effet, quand les consommateurs des denrées alimentaires importées souffrent presque de mêmes malaises ou de mêmes maux de ventre.

Quelque part, des femmes se succèdent dans un cabinet médical. Elles souffrent de l’appendicite et doivent se faire opérer. Friandes des surgelés, elles sont répertoriées comme des victimes de mal bouffe. Chacune va se faire soigner de son côté, et l’histoire se termine ainsi.

Certaines denrées alimentaires avariées expédiées en RDC

Mais tous ces surgelés que l’on nous balance chaque jour, sur le marché et qui se retrouvent dans la plupart de nos assiettes,  sont-ils tous de bonne qualité ? Quelle a été leur date de péremption ?  Est-elle scrupuleusement respectée en RDC ?

Un ancien travailleur d’un dépôt frigorifique reconnait sous le sceau de l’anonymat, que durant sa carrière, il avait vu des lots des denrées alimentaires  dont la date de péremption était falsifiée nuitamment. Les consommateurs qui ne savent pas déchiffrer le code barre, raffolent les croupions de dinde, cuisses, ailerons de poulets, sans s’informer sur la qualité du produit. La mal bouffe serait donc entrée dans nos habitudes alimentaires par ignorance.

La RDC qui était bien lotie en entreprises agro-alimentaires qui offraient des produits frais, est devenue la «  poubelle » du monde que l’Office congolais de contrôle cherche à assainir et sécuriser. Mais que peut cette structure devant la puissance des lobbies qui arrachent des autorisations à la barbe et au nez de ses agents ?

Dans les marchés, les vendeurs scrupuleux continuent à écouler des produits avariés au vu et su de tous. Les contrôles des agents du service d’hygiène étant rarissimes, un laisser-aller total est observé. Une impunité préjudiciable gagne tous les secteurs de l’alimentation. Surtout que les sociétés agricoles, telles que les Plantations Lever au Congo, les sociétés agro-alimentaires Jules Van Lancker, Domaine de Katale, la Compagnie du Kasaï et de l’Equateur, pour ne citer que celles-là, et tant d’autres avaient disparu à la suite des différentes périodes d’instabilité économique et politique.

Pour gagner la bataille du développement, relancer l’agricole, et redonner au Congolais l’avantage de consommer des produits frais de son terroir, il faudrait impérativement investir massivement dans ce domaine. Outre le lancement des parcs agro-industriels, le gouvernement ferait œuvre utile, en réhabilitant les industries alimentaires aux arrêts depuis des décennies, remettre en état leurs plantations et renouveler leurs équipements. L’autre solution est de s’associer aux grands groupes agricoles internationaux pour lancer de nouveaux projets et créer de nouvelles entreprises.

C’est en diversifiant ses investissements dans ce domaine et en travaillant avec des partenaires plus expérimentés que notre pays parviendra à offrir à ses populations, des poissons et de la viande fraîche, des œufs, des poulets, et des jus de fruits produits localement. Du lait frais serait accessible même aux bourses modestes. Il en est de même de la tomate, du piment, de la courge, du riz, du maïs, de la pomme de terre, et tant d’autres produits qui, tous proviennent de l’extérieur. Avec le surplus de notre production locale, l’on peut alors songer aux exportations. La RDC en est capable, mais souvent on déplore le déficit de la volonté politique. Car, on ne peut pas s’expliquer que des sociétés publiques telles que l’Office national du développement de l’élevage, l’Office national des céréales, l’Office national du café, Cotonco, Domaine agro-industriel de la N’sele et autres, transformées en coquilles vides, aient disparu de notre tissu économique, alors qu’à l’époque, plusieurs options avaient été prises, soit l’ouverture de leur capital à d’autres partenaires, ou la cession totale de ces unités de production aux nouveaux investisseurs.

Le démarrage du Parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo doit ouvrir l’ère de la relance de l’agriculture dans tous ses segments

 J.R.T.    

LEAVE A REPLY

*