La gratuité de l’enseignement : le sénateur Sesanga crie son scepticisme

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La gratuité de l’enseignement primaire consacrée dans la Constitution, et renforcée par le chef de l’Etat qui a décrété son entrée en application en cette année scolaire 2010-2011, suscite quelques inquiétudes quant à son efficacité. Parmi ceux qui expriment des doutes, il y a le sénateur Patrice Aimé Sesanga. C’est ce qui a fait l’objet de l’interpellation du ministre de l’EPSP (Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel) par le sénateur du Kasaï occidental.

La préoccupation de ce dernier était de savoir à quelle étape se trouve « la politique de la gratuité de l’enseignement primaire dans les établissements publics».

Question : le contenu de la gratuité prônée ne comprendrait-il que les frais scolaires directs ?

Dans ses réponses, le ministre de l’EPSP Maker Mwangu Famba a d’abord rappelé qu’en appliquant la gratuité de l’enseignement primaire, le gouvernement a non seulement respecté la Constitution, mais également s’est aligné sur des initiatives internationales auxquelles la République démocratique du Congo a librement souscrit, à savoir : les OMD (objectifs du millénaire pour le développement) et l’Education pour tous.

Pour ce faire, le gouvernement a opté pour une gratuité prudente et progressive, selon le ministre.

La première phase a ainsi démarré à la rentrée scolaire 2010-2011 pour les classes de 1ère, 2ème et 3ème années primaires dans les établissements publics de l’ensemble du pays, excepté les villes de Kinshasa et de Lubumbashi.

« Dites-nous qui de l’Etat ou de l’enfant paie réellement les enseignants pour que ceux-ci acceptent de donner cours ?

A cette question, le ministre a fait remarquer qu’en attendant la promulgation de la loi portant organisation et fonctionnement de l’enseignement national, actuellement sous examen à l’Assemblée nationale, le gouvernement considère que la gratuité concerne la prise en charge par l’Etat des frais de scolarité dans les établissements publics.

A cet effet, deux types de frais ont été identifiés, à savoir : les frais scolaires directs et les frais scolaires indirects.

Les frais scolaires directs sont ceux que paient les parents (minerval, prime d’assurance scolaire, les frais d’imprimés, de participation aux différents tests, frais administratifs, frais de promotion scolaire et les frais de motivation).

Quant aux frais scolaires indirects, on a des dépenses effectuées par les parents pour les enfants, liées aux soins de santé, à la nutrition, au transport, achat de l’uniforme et des fournitures scolaires.

En outre, le ministre de l’Epsp a renseigné que le gouvernement a aussi pris un certain nombre de mesures incitatives en faveur des enseignants. Il s’agit entre autres de la réduction du temps de la paie des enseignants de deux mois à deux semaines grâce à la suppression des commissions provinciales de paie et à l’instauration de la paie de proximité ; de l’augmentation du salaire de base de 700 Fc à 35.000 Fc pour le D4 en août 2007 ; de la suppression par étape des zones salariales qui passent de trois à deux en 2008 et à une seule en 2010. Ce qui fait que désormais, l’enseignant de Luiza touche le même salaire que son homologue de Kinshasa, a cité en exemple le ministre.

Enfin, il y a la mécanisation progressive des enseignants actifs, anciens et de nouvelles unités.

En plus, le gouvernement a entrepris des actions visant l’accompagnement de la gratuité.

Il s’agit de l’uniformisation du barème avec l’alignement des salaires des enseignants des provinces sur ceux de leurs collègues de Kinshasa ; de la prise en charge dès la rentrée scolaire 2010-2011 de 26.820 enseignants supplémentaires du primaire ; de la prise en charge par l’Etat des frais supprimés et du paiement des frais de fonctionnement aux écoles mécanisées ; etc.

« Cependant, le processus ne s’arrête pas, il se poursuit et doit se poursuivre jusqu’à concilier l’exigence d’accès à l’enseignement pour tous et l’exigence d’un enseignement de qualité pour tous », promet le ministre.

 

Sesanga non convaincu !

 

« Monsieur le ministre a fait la rhétorique de cinq pages sans donner la réponse à cette question, mais il a plutôt développé d’autres aspects qui n’ont pas trait à la question ». Le cri de détresse est de l’interpellateur qui dit n’avoir pas trouvé satisfaction à sa préoccupation, particulièrement celle relative au contenu de la gratuité.

Le sénateur indique qu’en parcourant le rapport de l’Ecofin/Sénat sur l’utilisation du budget 2010, il n’a vu nulle part où on fait mention de la prise en charge par l’Etat des salaires des enseignants que supportaient les parents.

« Du fait que les frais payés par les parents ne sont pas pris en compte par l’Etat, on ne peut pas affirmer qu’ils ne sont plus perçus, peut-être qu’ils sont perçus sous une autre forme », suspecte l’auteur de l’interpellation qui a affirmé être resté sur sa soif.

Face à la situation, il a fait des suggestions qu’il considère, si elles sont appliquées, comme pistes de solution. Il a ainsi proposé la mise en place d’une gratuité effective en accordant à l’enseignant un statut distinct de celui de l’agent de la Fonction publique ; la prise en compte dans le budget de l’Etat des salaires des enseignants que paient les parents afin que la gratuité devienne effective.

Dominique Mukenza

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