La deliquescence de la Constitution congolaise ou le dépassement d’une Constitution indigeste

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Par le Prof. Kambayi Bwatshia 

Si une élite intellectuelle  arrête de réfléchir et un Gouvernement arrête d’agir et réagir, le Parlement arrête de légiférer pour l’intérêt de la nation,  la population arrête sa participation politique ou sa  manifestation d’intérêt à la chose publique, la vie sociale et politique arrête d’être vécue en Paix.Cette anecdote illustre bien les signes évidents d’endormissement intellectuel, d’immobilisme politique, d’apathie populaire et enfin débouchant sur la dégénérescence  sociale dans laquelle risque de sombrer la République Démocratique du Congo si l’élite intellectuelle, le Gouvernement, le Parlement et la population ne se ressaisissent pas pour relever deux grands défis de l’heure : la socialisation du débat sur les questions d’intérêt national et la transparence dans la gestion de la République pour l’intérêt général.

             Au sujet du débat sur la révision constitutionnelle, je salue avec fierté l’initiative de mon distingué Collègue, le Professeur Banyaku Luape Epotu pour son courage politique dans la présentation de son argumentaire clair et ciblé pour  la révision de la constitution de la RDC en vigueur , je loue et admire  la réplique très intelligente de deux autres estimés Collègues, les Professeurs Philippe Biyoya et Kabuya Lumuna, ainsi que la profondeur de leurs interventions sur les contenus politiques et juridiques de  nos lois fondamentales et les exigences pour une meilleure compréhension  des éléments qui font l’objet  du débat actuel sur la révision constitutionnelle. Ce qui prouve que l’élite intellectuelle continue à réfléchir sur les questions de l’Etat et de la Société. Mais l’indifférence qu’affiche le Pouvoir institutionnel sur ce débat étonne mais ne surprend pas, car cela relève justement de l’immobilisme politique qui le frappe.

           

Moi, Je me fais inviter dans ce débat en tant qu’historien pour porter l’éclairage sur trois faits suivants : le juridisme constitutionnel est de la pure abstraction si le contenu politique ne se conforme pas à la réalité et aux évidences  de l’histoire vécue et de l’espace déterminé auquel s’appliquent les lois concernées fussent-elles fondamentales ; la validité politique d’une constitution démocratique et républicaine est une résultante de plusieurs variables socio-historiques, dont le vecteur principal est la volonté du peuple à  assumer son destin en respectant les règles de droit et en misant sur les normes sociales ou bonnes convenances ou pratiques de son époque ;  l’influence extérieure sur le processus décisionnel est une des principales causes d’objectifs ratés dans la maîtrise de notre destin et  de  retournements répétés d’histoire contre l’intérêt de notre peuple et du dérèglement de nos aspirations pour assumer pleinement notre souveraineté et notre autonomie de pensée, d’être et d’agir pour nous-mêmes.

           

Je soutiens dans ce débat trois idées principales : 1° aucune loi n’est immuable si elle ne répond plus aux exigences de temps réelles de l’histoire ; 2° aucune loi n’est  valide si elle ne se conforme pas aux règles de gouvernabilité pour l’intérêt du peuple et pour la continuité de l’Etat, ainsi qu’à la volonté exprimée du peuple par sa représentation nationale ou par la société civile ; 3° aucune loi n’est politiquement et socialement utile si elle détourne le peuple de ses objectifs dans le sens de la maîtrise de son destin, si elle dévie les aspirations du peuple pour les placer au service de l’intérêt des puissances étrangères en modelant sa pensée, son humanité et son développement contraire au sens de sa pleine souveraineté.  Voilà donc l’axe fondamental de ma réflexion d’historien et d’homme politique qui consiste à vouloir déterminer les temps d’action et les règles de conformité de la vie politique  à la volonté politique par une constitution démocratique et contre toute influence étrangère. Par principe comme pour l’alternance politique, la révision ou l’adaptation des lois mêmes constitutionnelles est une constante de l’histoire de toutes les démocraties modernes et apprenantes.

           

A la lecture du texte du Professeur Banyaku Luape Epotu sur la nécessité démocratique de la révision constitutionnelle en vigueur, il a présenté quelques préalables sur compte desquels, il faut aligner : 

 

1° l’établissement de règles de collaboration entre le Président de la République et le Premier Ministre pour la conduite des matières de  l’Exécutif, précisément celles régies par les pouvoirs réglementaires, dont il propose le modèle de la constitution du 1er  août 1964. Ce modèle est à l’opposé de celui confus de la constitution actuelle où le bicéphalisme de l’Exécutif confère au Premier Ministre des pouvoirs dont abusent énormément le Premier Ministre  et les Ministres. Les cas les plus illustratifs sont notamment le dernier décret organisant les Villes et Communes et le décret d’encadrement reportant sans justification fondée au 31 décembre la  date de la transformation des Entreprises Publiques en Entreprises Commerciales et Etablissements Publics, ainsi que les Arrêtés Ministériels suspendant arbitrairement et parfois pour règlement de compte les Hauts cadres de l’Administration Publique des Ministères et des Etablissements Publics de l’Enseignement Supérieur et Universitaire ou encore nommant les Mandataires  et les Membres de Comité de Gestion à de très  longs intérims  à la volée de mains. Cela s’est surtout intensifié ces deux dernières années comme on n’en a jamais connu dans notre République ;

 

2° le détournement de la Décentralisation de l’Etat uni et indivisible au profit d’une Fédéralisation des Provinces avec des compétences exclusives mal encadrées et au détriment même des autres Entités Territoriales Décentralisées et Déconcentrées. Car, en dehors de la Province, la Constitution ne détermine pas la nature de subsidiarité de compétences exclusives reconnues à ces dernières. Et si donc il n’y a pas subsidiarité, il y a danger de concurrence entre les compétences de l’Etat et celles  des Provinces, auquel cas, on est en plein système fédéral. En outre, ce modèle de décentralisation, sans contrôle de l’Etat ni représentation  de la puissance publique au niveau  des Entités décentralisées ramène leurs pouvoirs à la dérégulation, contrairement au modèle français où l’autorité de l’Etat central dans les Régions, Départements et Mairies est  représentée  et assumée par le Préfet ou ses correspondants qui disposent d’un pouvoir de contrôle à postériori avec possibilité de faire sursoir les décisions contraires à l’intérêt général ou celles entachées de l’abus de compétences exclusives ;

 

3°la prise en compte de difficultés rencontrées dans la mise en place de vingt-six provinces, à la fois par manque de moyens aussi bien en termes des infrastructures d’accueil et de communication qu’en termes de la logistique managériale et de l’expertise technique sur nombreuses matières de gouvernance et de développement. En prenant prétexte, selon lequel  toutes les institutions politiques ne sont encore installées pour justifier le report automatique de 36 mois, on se voile la face pour aborder la question fondamentale liée à  la faible opérationnalité justifiée par le déficit de capacités humaines ou d’expertise  et de ressources financières réduisant la viabilité de certaines de ces 26 Provinces. En effet, la  différence du niveau de maturation politique, de capacité de gouvernance et de déploiement entre les 26 provinces mérite certaines précautions pour ne pas livrer l’espace national  à la fragmentation et l’Etat à la fragilité et donc à l’ingouvernabilité. S’il est vrai que certaines provinces peuvent se  suffire immédiatement pour leur mise en place, d’autres exigent encore la solidarité nationale et une meilleure planification des stratégies de développement  pour leur mise à niveau. Et même si on reconnaît l’impérieuse nécessité de mettre en place la Cour Constitutionnelle avant celle des Provinces, le débat actuel se corse plus sur des sensibilités et frustrations politiques et communautaristes que sur les considérations de règles de droit constitutionnel. Ainsi  donc,  ne pas mieux s’y prendre à temps et  minimiser les mises des uns et des autres est un véritable risque.

 

4°Sur le plan purement politique, et peut-être pas directement constitutionnel, le mode de scrutin en vigueur, c’est-à-dire la proportionnelle au plus fort reste  n’est pas la mieux adaptée à la réalité par rapport à la proportionnelle à la plus forte moyenne. En effet, la proportionnelle au plus fort reste fait accéder au mandat de députation des tout petits partis politiques sans valence réelle sur l’échiquier national, les indépendants, les groupes d’intérêts locaux et particularistes, ce qui consacre l’émiettement de l’espace de  représentation nationale voire même provinciale et la précarité des alliances pour gouverner et pour se mettre d’accord sur un programme cohérent et consistant. Cela conduit à la fragilisation davantage d’un espace politique et du système politique d’une part, sursaturé à cause de la multitude de partis politiques (plus de 250) et de groupes d’intérêts locaux ou communautaires et d’autre part surchauffé à cause de la situation de sortie de crises dans certaines parties du Pays où les loyautés envers les Institutions politiques et leur légitimité restent encore à construire et l’unité politique nationale reste à consolider par la recherche de repères  plus consensuels et moins diviseurs ou réfractaires.  Les expériences de trois dernières années depuis les dernières élections générales démontrent que la majorité parlementaire  reste encore volatile et les institutions constamment exposées au dictat des petits partis coalisés instantanément ou  parfois  à coup de vent de remaniement ou de nominations de mandataires. C’est facile à conclure qu’un système politique  marqué par le fractionnement des espaces de représentation ou par la confrontation permanente des opérateurs politiques sans base idéologique ni programme politique commun est voué à l’instabilité et à l’ingouvernabilité.

 

5° Sur le plan de morale politique, les orientations constamment imposées à nos Décideurs politiques, le Professeur Banyaku Luape Epotu démontre avec solide argumentation que depuis 1960, les experts étrangers ont toujours délibérément introduit  dans nos lois fondamentales des dispositions qui fragilisent les institutions et le système politique congolais au motif que cela permet d’éviter l’émergence de pouvoirs forts ou autocratiques, l’arbitraire des hommes au pouvoir et les crises politiques ou institutionnelles par ce qu’il a appelé «  le délit d’ignorance et de faiblesse ». En effet, fait-il remarquer, dès la première Table Ronde de 1960, sur plusieurs témoignages des Acteurs politiques congolais , Membres de la Commission Politique du 19 février 1960 et ceux de la Commission Constitutionnelle de Luluabourg du 27 novembre 1963, les experts étrangers ont toujours quadrillé et orienté les issues finales de constitutions congolaises vers un régime parlementaire mal conçu dans le sens de déstabiliser constamment l’Exécutif,  un exécutif bicéphale, mal organisé et  qui dégénère toujours en conflits entre le Chef de l’Etat et le Premier Ministre, ainsi qu’une forme de l’Etat confuse et qui nage entre décentralisation du modèle français inachevé et le fédéralisme communautariste belge mal inspiré et mal défini.

           

Mon intervention  porte essentiellement sur  la validité de ce débat autour de la révision constitutionnelle dont le Professeur Banyaku Luape Epotu précise d’une part, la nécessité et la pertinence de réviser certaines des dispositions fort controversées dans le sens de rendre plus cohérent l’architecture de l’Exécutif et plus efficient l’exercice du pouvoir exécutif et d’autre part, la latitude laissée à l’appréciation du Décideur politique sur le profit qu’il peut tirer de cette révision constitutionnelle ou du risque qu’il peut encourir au cas où il y aurait forte  réticence ou forte résistance de la part de l’opposition et d’autres intervenants à la scène politique congolaise.

           

De par ma nature d’historien de mentalités, je suis porté à croire au changement, mais progressif et qualitatif. Pourtant politiquement, je suis toujours penché au doute sur la bonne foi des Acteurs politiques africains en général et congolais en particulier, puisque je les connais mieux. C’est peut-être ce qui me ferait  dire : et si la révision tourne en un forcing intelligemment donné pour augmenter les pouvoirs du Président de la République et sacrifier tous les efforts de libéralisation et de démocratisation de notre espace politique et pour lesquelles j’y ai mis ma part de contribution intellectuelle et politique.

           

A ce niveau, la réplique du Professeur Philippe Biyoya me parait comme une interrogation fondée et voire même pertinente. Car, il n’est pas exclu que dans l’entendement du Président de la République ou de sa famille politique, que la révision puisse être comme une manœuvre tactique bien en deçà d’une véritable stratégie pour la requalification et l’efficience du mode de collaboration dans ce bicéphalisme de l’Exécutif quand bien même, il fut par moment, précaire ou teinté de méfiance de l’un envers l’autre.

           

Et le Professeur Kabuya Lumuna en rajoute même dans une version plus radicale qui situe le doute actuel pour une bonne collaboration entre les deux Animateurs de l’Exécutif non pas aux termes des articles 79 et 90 précisant pour l’un qu’il convoque et préside le Conseil des Ministres et pour l’autre qu’il  est le Chef de Gouvernement, mais plutôt à l’article 78 qui donne la prérogative au Président de la République de nommer le Premier Ministre au sein de la Majorité Parlementaire. C’est donc à ce niveau que le PPRD a laissé passer l’occasion de peser dans la coalition par manque d’une valence politique qui l’aurait épargné des alliances qu’on juge aujourd’hui fort encombrantes. Au-delà de   cette  inconvenance politique intervient le fameux accord PPRD-PALU qui consacre pour cinq ans le pourvoi obligé par Palu d‘un de ses Membres au poste du Premier Ministre. Donc, dans l’argumentaire du Professeur Kabuya Lumuna, si le Premier Ministre avait été issu de la famille politique originelle du Président de la République, il ne se serait posé aucun problème substantiel en matière de collaboration entre lui et son Premier Ministre, de même pour l’exécution du programme du PPPRD qui aurait été celui du Gouvernement, auquel auraient adhéré d’autres Membres de la coalition. Les dispositions de la Constitution sur cette matière sont suffisamment bonnes pour permettre une collaboration républicaine au niveau de ce bicéphalisme.

           

J’adhère à cette argumentation en pensant tout simplement au gaspillage de ressources humaines et moyens financiers dont disposait le PPRD, avec des hommes de grande valeur avec d’importants outils et moyens de propagande qui n’ ont pas  été mis à contribution pour la victoire du Candidat Joseph Kabila dès le premier tour et lesquels moyens ont  utilement servi de nombreux alliés de fortune qui se targuent aujourd’hui d’avoir un puissant syndic de positionnement et d’inamovibilité de leurs leaders dans le Gouvernement et dans les entreprises publiques. La hiérarchie du PPRD représentée à cette époque par le Secrétariat Général du Parti et le Coordonnateur de l’AMP n’ont fait aucun effort pour recruter et aligner des véritables challengers au niveau national et au niveau provincial, au point de se retrouver avec tous les  Candidats Copins et Candidates Copines, tous de fervents Clients adorés par nos vaillants musiciens.

           

Les résultats ont en effet, été fort décevants : Bandundu, Equateur,  Bas-Congo,  Kasaï occidental et Kasaï Oriental et Kinshasa, le PPRD n’a fourni qu’une moyenne de 4 Députés par Province et le grand lot est venu du Kivu, de la Province Orientale et du Katanga, dont nombreux parmi eux jouissaient de grandes faveurs de la haute hiérarchie du Parti. Et c’est en cela que le Professeur Kabuya Lumuna place  sa préoccupation.

           

Je ne veux cependant pas mettre mon doute de bonne foi qui explique mon ralliement à la position de ces deux Professeurs et faire croire que le Professeur Banyaku Luape Epotu, que je connais très bien informé et bien précautionneux n’a pas péché en naïveté. Je dis non. Puisqu’il a soutenu l’option selon laquelle la prolongation du mandat du Président de la République n’est pas à l’ordre du jour dans cette révision constitutionnelle, au cas où elle serait envisagée et qu’on ne toucherait pas aux matières prévues à l’article 220. Mais aussi, la contrainte de fameux accord PPRD-PALU exige un accommodement pour ne pas obliger l’un comme l’autre à s’installer dans les réserves d’une collaboration franche ou dans l’hypocrisie pieuse et piétineuse, à chaque fois que l’occasion fait le larron.

           

Je ne douterai point que le Professeur Banyaku Luape Epotu ait une lecture du pur cynisme et du pur réalisme politique, lorsqu’on a observé avec les crises latentes et saugrenues entre les deux Premiers Ministres de PALU qui se sont  succédés et la représentation nationale boudeuse, qui cacheraient ainsi un véritable malaise de ménage. Au dernier Round de Gizenga, l’évidence était encore mise en mal. Mais au dernier déballage des Honorables Busa et Babala fut-il fabuleux, sans une grande répartie des Députés de la famille politique du Chef de l’Etat, sauf quelques parades répétées du Président de l’Assemblée,  présage d’épreuves plus ouvertes si le Premier Ministre tarde à voir de ses deux yeux  en scrutant les regards discrets de l’entourage du Président de la République et en écoutant la bonne sourdine encore en voile: « je t’aime moi non plus ».

           

Sur ce point précis du bicéphalisme de l’Exécutif, même si la pertinence de sa clarification dans le rôle de l’un et de l’autre s’avère encore fort réservée, moi j’ose croire qu’il faille y prêter attention. Car si le Professeur Banyaku Luape Epotu n’est pas un roi-mage ou un oiseau de mauvaise augure, je sais bien qu’il sait lire parfaitement les signes de temps, comme il en a prévenu pour les réformes bâclées des Entreprises Publiques.

           

A ce sujet, je crois qu’à vouloir trop insister, tel que le présente le Professeur Philippe Biyoya, sur la similitude de raisonnement entre le Ministre Olivier Kamitatu et le Professeur Banyaku Luape Epotu pour  l’attrait au régime présidentialiste versus celui semi-présidentialiste en vigueur ou entre le Présidentialisme dictatorial de la constitution de 1967 et un régime de confiscation de pouvoirs au profit du Président de la République sorti gagnant des élections au suffrage universel direct , me parait trop forcé ou trop dirigé. De même, la référence faite au système politique français de la 5ème République ne couvre pas la réalité vécue dans le cas de la RDC. Car, quand bien même  tous les deux sont de la même obédience nationaliste, pendant les élections au deuxième tour, le report des voix ne s’est pas opéré automatiquement en faveur du Candidat Joseph Kabila sur base d’un programme uniformisé. Ainsi, donc, les indélicatesses des uns et autres  peuvent conduire au pire de cas, c’est-à-dire à une cohabitation qui ne dirait pas son nom. Et donc prévenir par une révision constitutionnelle une telle éventualité catastrophique à une année des élections n’est pas une manœuvre tactique, mais une stratégie pour sauvegarder l’équilibre interne dans ce bicéphalisme précaire entre le Président de la République, et même pas un allié, mais un coalisé. Cela profiterait très bien aux deux et évacuerait du coup ce spectre d’agendas cachés. Ainsi, en tant qu’historien, j’ai pris du recul pour comprendre qu’il ne s’agit pas de forcer un présidentialisme à la dérive dictatoriale, mais d’asseoir un semi-présidentialisme qui couvre la malheureuse réalité d’une soft cohabitation rationnalisée et qui se réfère aux exigences de légitimités acquises par le Président de la République sur un vote au suffrage universel direct et qui aujourd’hui a fait que toute la majorité gouverne, y compris les coalisés.

           

En ce qui concerne le deuxième point sur le détournement de la décentralisation au profit du Fédéralisme, en tant qu’unitariste engagé, je pense qu’une clarification s’impose dans les textes constitutionnels s’y rapportant pour éviter la confusion actuelle entre la décentralisation et communautarisme fédéraliste ,  en même temps chercher à corriger de dérives constatées actuellement dans le chef de tous les exécutifs provinciaux.

           

La bonne histoire nous remet à l’article 6 de la loi Fondamentale du 19 mai 1960 et qui stipule que le Congo constitue dans ses frontières actuelles, un Etat indivisible et démocratique.

           

Bien que reconnaissant à l’article 7 que les six provinces sont dotées d’une personnalité civile, on s’est permis d’aligner à l’article 8 de la même loi que  l’Etat congolais comprend les institutions centrales, provinciales et locales. L’article 160 pousse jusqu’à octroyer à l’Assemblée Provinciale, le droit d’organiser, par une constitution provinciale, la structure administrative et politique de chaque province dans le cadre des mesures générales, laquelle sera élaborée par chaque Assemblée dans le plus bref délai. C’est sur base de cet article que la sécession katangaise a justifié son fondement juridique, au motif que le Gouvernement central voulait leur empêcher de se constituer en Etat fédéré. Le Sud Kasaï le fut autant et la crise de légitimité s’installa à travers le Pays, telle que voulue ou souhaitée par le Constituant belge de cette constitution.            Pour besoin d’histoire,  je note que le 10 août 1962, le Secrétaire Général des Nations Unies, U Thant a proposé son plan pour mettre fin à cette crise, en soutenant que, il en va de  l’intérêt de la réconciliation nationale l’approbation du Gouvernement Central d’une Constitution Fédérale.            Le 14 août fut signé l’ordonnance portant à 21 les nouvelles provinces jusqu’à la consécration par la constitution du 1er  août 1964 reconnaissant dans son article 4 que la République Démocratique du Congo est composée de la Ville de Léopoldville et des Provinces autonomes ayant une personnalité juridique, mais seule  la République a la personnalité juridique internationale.            Cet hybridisme ressurgit encore aujourd’hui et tout au moins une clarification s’impose soit par une loi organique sur la décentralisation comme il en a déjà le cas, soit par une redéfinition du statut de Province par rapport aux compétences exclusives et par le rétablissement du principe de subsidiarité qui coupe court à celui de concurrence par des compétences exclusives impératives au niveau  de province  et d’autres entités territoriales décentralisées.

           

 A ce sujet précis, je crois que tout en évoquant la nuance au sujet d’éventuels « délits d’ignorance » et autres abus intellectuels, que le  Professeur Banyaku Luape Epotu imputerait aux experts belges, le Professeur Kabuya Lumuna n’a pas vidé la charge de leur délit d’ignorance et d’abus intellectuels. D’abord parce qu’au-delà  des règles, des principes inscrits dans notre Constitution de 1960, les faits d’autonomie de Province y introduits n’étaient ni innocents pour eux, ni saisissables pour les Congolais à la vue de leurs connaissances et expériences pour les Congolais de l’époque afin qu’ils puissent s’en servir pour mieux bâtir les institutions de la République. Et avec cette insidieuse intelligence, il n’y a eu, à mon sens, aucune durabilité  et stabilité des institutions de la nouvelle République ; mais bien au contraire, il s’ensuivit instantanément des sécessions et rebellions qu’on ne mettrait pas sur le compte d’un pragmatisme paresseux ou celui des fatigues intellectuelles précoces des Congolais, comme le décrit le Professeur Kabuya Lumuna dans sa réplique au Professeur Banyaku Luape Epotu. Ensuite, c’est à la suite de la même expertise étrangère de l’ONUCONGO et experts belges de l’Etat sécessionniste du Katanga qu’il a été suggéré et imposé le 10 août 1962, une Constitution fédérale et la création des 21 Provinces autonomes confirmée par l’ordonnance  du 14 août 1962 avec  l’implosion qui s’ensuivit de 1962 jusqu’à la fin de la rébellion de Stanleyville en 1965 et le coup d’Etat du 24 novembre 1965.  Et pour le fédéralisme sous camouflage de décentralisation repris dans la constitution de février 2006 comme compromis entre les fédéralistes et les unitaristes, moi je tranche,  pour la nécessité d’une clarification peut-être sous l’option référendaire et populaire, de manière à clore définitivement ce débat et édicter les règles d’organisation et de fonctionnement de l’Etat ainsi choisi, ainsi que les principes fédérateurs qui guideront la solidarité et le développement de toutes les composantes ainsi instituées.

           

Personne ne veut réveiller les vieux démons, mais il ne faut pas entretenir, par une intelligence suspecte des autonomies qui sont confisquées par les exécutifs de province et nous les retourner par des calculs à choix multiples et à variables divergentes dans leur définition et faits réels sur terrain. Ce n’est pas une simple question de tournures, mais une question fondamentale autour de laquelle se formate la cohésion nationale et la solidarité pour un destin commun dans une République unie et indivisible.

           

Le point relatif à la prise en compte de difficultés de la mise en place des Provinces se recoupe avec ce dernier, mais la loi organique devrait en donner les critères et le mode de manifestation de la puissance publique . On peut se passer d’une révision constitutionnelles, mais il faudrait qu’il y ait un critérium plus réaliste et plus échelonné que ne l’a été celui adopté dans la nouvelle constitution.

           

En ce qui concerne l’influence des experts étrangers  sur nos lois fondamentales et loi-organiques pour l’organisation et la gestion de matières premières comme le code minier, le code cadastral, le code forestier, le code sur la gestion de l’environnement, il est établi que cette influence est bien évidente. Et la distinction faite entre les experts et les décideurs , portent à croire qu’il s’agit souvent de délit de faiblesse, d’ignorance ou d’expertise tronquée qui présuppose ou présume d’un abus frauduleux par position de connaissance de faits ou de la puissance financière. Nous devons tous en prendre conscience et en débattre sans complexe ni disculpation épidermique. Nombreux Etats modernes sont passés par ce stade, mais il faut y mettre la volonté politique pour que cela cesse.

           

Au total, je me résume en encourageant ce type de débat et  plus pour rechercher un échange fructueux sur les questions d’intérêt national et pour rechercher des solutions qui empêcheraient la dégénérescence de l’Etat par les violences . Nous ne devons pas nous permettre de camper sur des positions d’intérêts ou  de susceptibilités politiques. Je dis non ! et notre Pays ne peut tomber plus bas, au risque de devenir une entité politique chaotique ingouvernable.

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