La culture, un enjeu fondamental pour le décollage d’une nation

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C’est au n°16 de l’avenue Mont des Arts, au quartier Golf de la commune de la Gombe, que le monde de la culture s’est donné rendez-vous, jeudi 18 et vendredi 19 février 2010.  Au menu, la première partie des entretiens organisés dans le cadre des festivités du Cinquantenaire de la RD Congo par le Centre Mont des Arts en collaboration avec l’Observatoire des Politiques Culturelles en Afrique. Ces réflexions s’étendront à toutes les disciplines culturelles jusqu’en décembre 2010.

Etaient présents à ce premier round, les chefs de Missions diplomatiques, l’ancien ministre de la Culture et des Arts sortant (Esdras Kambale), les directeurs des festivals, les responsables du secteur culturel public et les operateurs culturels…

La première communication était de la fille de Kwamé N’Kruman, un des pères des indépendances africaines et Premier Président de la République du Ghana. Malgré son absence, les organisateurs ont chargé deux fils des pères des indépendances de lire son message prononcé lors de l’anniversaire de l’Union Africaine à Addis-Abeba.    Il s’est agi pour la version anglaise Sendwe et française de Roland Lumumba. Ce, en présence de Papa Bukasa, un des patriarches vivants ayant participé à la Table Ronde de Bruxelles!

Message immortel de l’unité africaine

Pour Dr Kwame Nkrumah Osagyego : « Il y a trente-six ans, dans cette grande ville d’Addis Abeba, le Ghana, à travers Nkrumah, proposait un modèle pour notre unification et intégration économique, politique et sociale. Il a proposé une stratégie globale au sommet historique qui a vu la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA),  précurseur de l’Union africaine (UA). »

Et, ici, elle interpelle l’Afrique et ses dirigeants : « Le Ghana proposait l’adoption d’une nationalité ou d’une citoyenneté africaine commune, d’un marché commun, d’une devise commune, d’une zone monétaire commune, d’une banque centrale et de stratégies de politique étrangère et de défense harmonisées. Brièvement, c’était une liste de programmes que l’Union européenne a adoptés au cours des années. Nous avions  un projet d’unification beaucoup plus complet  que l’intégration économique limitée que les Européens ont envisagée pour eux-mêmes. »

En bref, Dr Kwame conscientise : « Nkrumah proposait la réintégration de la personnalité africaine et l’émergence d’un «nouvel Africain». Ce concept n’est pas associé à un Etat, une langue, une religion, un système politique ou une couleur de peau en particulier. Il tient compte de notre diversité, des influences du christianisme, de l’Islam et de nos propres traditions africaines dans nos sociétés actuelles. La personnalité africaine, telle qu’il la percevait, est un nouvel éveil de la conscience et se rapporte à nos expériences et aspirations communes. Seul un dialogue culturel cohérent peut consolider nos efforts pour diffuser le message d’unité et le rendre accessible à  chaque Africain, homme, femme et enfant. »

La nécessité d’une prise de conscience collective

Intervenant sur « Esquisse d’un bilan des 50 ans des politiques culturelles en Afrique », Mbuyamba Lupwishi, directeur exécutif  de l’Observatoire des Politiques culturelles en Afrique (OCPA), a de prime abord rappelé le contexte des entretiens: « Tout au long de l’année 2010, 17 pays du continent africain sur 54 célèbrent les premières cinquante années de leur souveraineté  internationale. Les tambours et les trompettes ont commencé à sonner, les feux d’artifice à éclater  et les  libations à couler, et pour certains, inspirés ceux-là, les annonces de l’inscription dans la pierre de la marque de l’événement, convaincus sans doute, comme nous  qu’il ne restera d’eux, il ne reste des hommes après leur mort, que les poèmes de marbre et de pierre. C’est-à-dire l’art, c’est-à-dire la culture. On l’a dit et redit, elle est au commencement, elle est le couronnement de tout. »

De l’enjeu fondamental de la culture, il souligne : « La caractéristique principale des temps que nous vivons semble s’inscrit dans ce qu’on a appelé l’anxiété. On ne se retrouve plus, ni sur l’échelle des connaissances classiques, ni sur la vie du marché économique et commercial, encore moins dans l’échelle des valeurs morales. L’homme se trouve comme à un croisement des cultures et des civilisations. Il est dans la diversité, dit-on, un concept à la mode. Mais la diversité fait référence à la pluralité des cultures de sorte que c’est dans la consistance de chaque culture que résident son destin et sa capacité à influer et à marquer les diverses cultures en présence. Seule donc paraît pouvoir  rassurer sa propre consistance, ses qualités proprement humaines. Celles-ci se distinguent nettement des qualités naturelles, biologiques et peuvent être repérées dans ce corps complexe de normes, de symboles, mythe et images qui pénètrent l’individu dans son intimité, structurent ses instincts, orientent ses émotions. C’est cela sa culture : un domaine complexe et dont la lecture aujourd’hui plus que jamais exige des esprits avertis, c’est-à-dire des spécialistes… »

De la situation actuelle des politiques culturelles en Afrique, Lupwishi interroge: « L’OCPA dispose de données fiables pour 42 Etats ventilées comme suit : 18 Etats avec un document officiel approuvé ; 6 Etats ont un projet de politique culturelle élaboré et présenté ; 6 Etats sont en train de préparer un document de politique culturelle ; 5 Etats ont engagé une discussion sur la politique culturelle nationale ; 5 Etats sont en contact avec l’OCPA sur l’état de la culture ; 14 Etats sont sans nouvelles… »

S’agissant de la RD Congo, Lupwishi propose « Trois éléments qui pourraient encourager la présentation et l’adoption d’une politique culturelle nationale: – l’opportunité du cinquantenaire que déjà on devrait célébrer avec éclat ; – l’élan suivant l’adoption des Conventions culturelles de l’UNESCO et – l’ambiance générale de la reconstruction.

La poésie pour atterrir en douceur

Le 19 février, le public a bu sa tasse de vers avec les poètes Bestine Kazadi et Corneille Monoko. Les poètes ont dévoilé leur rêve. Celui de la mise en marche d’une structure appelée « Tribu des poètes ». Une Association qui leur permettra de partager leur sentiment commun. « Notre Asbl devra défendre la liberté. Celle de créer  et de rêver autrement ! La tribu des poètes, c’est une revendication de paix, d’être nous-mêmes et de vivre ensemble. Car la poésie est comme une bouée d’oxygène, une façon de rêver, de se dépasser. Le rêve étant toujours lié à l’action…»

La rencontre de ces deux poètes atypiques a été un choc, un amour de la liberté et du beau : « Nous devons apprendre à nos concitoyens de comprendre réellement le sens des mots de notre hymne national, (Débout congolais). Même les politiciens congolais n’y comprennent rien ! Sinon, beaucoup auraient démissionné ! Prenons en compte la chanson « Tokufa  po na Congo », c’est un véritable cri d’alignement. Un chant qui devait être intemporel si on soustrait la personnalisation de son message… C’est le cas également avec le chant collectif Franc congolais ! »

Corneille indique également que les musiciens sont de vrais poètes : « Au-delà de l’atypique, il y a le lyrisme dans les chansons de Tabu Ley telle que « Congo Avenir ». Il parle d’un Congo engageant. Abeti Masikini dans « Zaïre Oyée », l’on frémit par le contenu plein de patriotisme ! Il suffit de suivre à travers les TV des chansons patriotiques pour tracer le vrai rêve pour le Congo. »

A cet égard, les orateurs du jour soulignent que si on est politicien et qu’au départ, on n’est pas poète, il faut démissionner. De Gaulle, ayant compris l’importance de la poésie, a mis à ses côtés un poète André Malraux qui a joué un rôle capital dans le déblocage des choses compliquées par l’utilisation des mots. Du rêve de Martin Luther King, il y a deux concrétisations réelles : Barak Obama et  avant lui, Nelson Mandela, qui a concrétisé le rêve en fondant la nation arc-en-ciel…

« Nelson Mandela est un poète parce qu’il a rêvé de voir le noir et le blanc marchaient ensemble. La poésie, c’est un grand pas vers la mort. Le rêve est égal à l’accomplissement. Aux politiciens, on ne devient pas poète, on l’est! », a dit Bestine.

Eddy Kabeya     

 

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