«La crise congolaise, les révisions constitutionnelles en RDC et les responsabilités des intellectuels»

0
410

Tout simplement «phénoménal» ce professeur André MBATA BETUKUMESU MANGU.

Le jeudi 21 novembre 2013 dans la Salle Agora de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve, André MBATA MANGU a électrise et conquis les nombreux universitaires du Congo et d’ailleurs ayant bravé la pluie et l’hiver pour venir écouter le brillant universitaire congolais.

 De la mémoire de tous, spécialement les docteurs et doctorants ayant pris part à la conférence, rares sont les orateurs qui non seulement ont osé mais aussi conquis le très difficile auditoire de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve, la plus grande université francophone de Belgique et l’une de grandes universités du monde. André MBATA MANGU est probablement l’un de ces rares intellectuels africains qui ont réalisé cet exploit.

Il a su démontrer tout le bien qui se dit à son sujet comme Professeur des Universités en Afrique et en dehors du continent. En dépit de nombreuses critiques qui sont faites contre nos universités et ceux qui y enseignent, les Congolais présents lors de la conférence étaient particulièrement fiers de ce compatriote qui est également Professeur ordinaire à la Faculté de Droit de l’Université de Kinshasa (UNIKIN).

André MBATA MANGU était l’invité d’honneur de la Fédération Générale des Etudiants Etrangers à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve et du Groupe Epiphanie qui est dirigé par l’Abbé Joseph MWAKA et qui comprend plusieurs autres intellectuels congolais comme l’Abbé Jean-Pierre MBELU, bien connu en Europe et au Congo pour ses excellentes analyses sur la situation socio-politique en République Démocratique du Congo.

            L’Abbé MBELU, qui avait introduit l’éminent professeur, était également le modérateur de cette conférence qui a porté sur «La crise congolaise, les révisions constitutionnelles en République Démocratique du Congo et la responsabilité des intellectuels».

            Le sujet et le lieu de la conférence étaient intéressants à plus d’un titre.

            D’abord parce que la RDC, ce «pays de tous les espoirs et de toutes les inquiétudes», suivant les expressions naguère choisies par KA MANA, souffre d’une sorte de crise congénitale comme l’orateur l’a bien expliqué et la responsabilité des intellectuels dans cette crise bien grande comme l’avait aussi signalé KANKWENDA MBAYA. Il s’agit particulièrement de la responsabilité de ceux qu’André MBATA appelle «les tambourinaires du pouvoir»,  ces «marionnettes intellectuelles» ou cette «élite décérébrée» (Aimé CESAIRE) dont on déplore la «politique du ventre» (François BAYART), la «trahison intellectuelle» (BENDA), la «défaite de la pensée» (FINKIELKRAUT), la «démission» (BAKARY), la «déraison» (MWABILA), et le «servilisme» et qui ont préféré sacrifier les valeurs et le bien-être moral du peuple sur l’autel de leurs intérêts matériels égoïstes de pouvoir et d’argent et sont devenus des «garçons de course», des «transporteurs de mallettes» ou des «thuriféraires» des Léviathans successifs et des monstres qu’ils abhorraient.

            L’intérêt de la conférence tenait également au lieu: la Belgique qui a colonisé le Congo et qui n’a pas toujours assumé sa responsabilité historique dans le règlement de la crise au Congo et dans la région des Grands Lacs.

La conférence du Professeur André MBATA MANGU à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve relevait également d’un défi, dans la mesure où c’est cette université belge qui a formé la plupart des intellectuels et des professeurs congolais, l’un des plus «célèbres» d’entre-eux étant le Professeur Evariste BOSHAB, Secrétaire général du parti présidentiel au Congo – Le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (?) (PPRD) – et auteur du livre «Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la Nation» (Bruxelles, Larcier, 2013, 440 pages).

            Dans la Salle Agora de cette Université catholique de Louvain-la-Neuve où Evariste Boshab avait fait ses études doctorales, le Professeur André MBATA MANGU, a une fois de plus «lamine» intellectuellement celui qu’il continue néanmoins à appeler  avec respect  son «Frère» et «Ainé».

            Comme il l’avait déjà fait à l’UNIKIN, en Afrique du Sud et dernièrement à Paris, il a démonté pièce par pièce tous les arguments de droit constitutionnel développés par son Chef de Département (Droit public interne) à la Faculté de Droit de l’UNIKIN pour la révision de l’Article 220 de la Constitution, afin de donner au Président KABILA un troisième mandat que cet article interdit.

            André MBATA MANGU a promis un «ouvrage de correction des hérésies juridiques» de l’auteur de «L’inanition de la Nation». Cela vaut la peine dans le monde académique et de la recherche.

            Cependant, même ici, l’on se demande encore ce qui reste de la plaidoirie – Le Prof  BOSHAB est également avocat – en faveur de la violation de la Constitution pour permettre à Monsieur KABILA de se pérenniser au pouvoir après qu’André MBATA MANGU ait remis la pendule à l’heure en balayant toutes les «fallacies» de ce livre qui a déjà disparu de toutes les respectables maisons de vente de livres en Europe, y compris à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve, et que la Faculté de Droit de cette Université n’a même pas cru utile de se procurer pour le placer dans les rayons de sa bibliothèque comme elle l’a fait pour le remarquable ouvrage de Droit constitutionnel général (Kinshasa, Editions Universitaires Africaines, 2005, 383 pages) du Professeur Alphonse-Daniel NTUMBA LUABA LUMU.

            Avant de répondre aux questions posées par plus d’une dizaine de participants, André MBATA MANGU a cité la phrase d’Emile ZOLA dans son fameux article «J’accuse» publié le 13 janvier 1898 dans le journal français «L’Aurore» de Georges CLEMENCEAU où il défendait la cause du Capitaine Alfred DREYFUS injustement condamné pour trahison : «La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera».

            Mais c’est surtout par un questionnement qui interpellait tous les intellectuels du Congo et d’ailleurs qu’André MBATA MANGU a conclu son exposé. Ce questionnement de très grande valeur scientifique et historique restera probablement l’une des plus pièces de ses écrits.

Le Professeur des Universités reprenait ce qu’il avait déjà écrit dans l’ouvrage intitulé «Universités et libertés académiques en République démocratique du Congo. La Désolation», ouvrage publié en 2005 par le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) (Dakar: CODESRIA, 2005).

Compte tenu de sa valeur et de sa qualité, il est bon de reprendre quelques extraits de la contribution du Professeur André MBATA MANGU intitulée «Libertés académiques et responsabilité sociale des universitaires en République démocratique du Congo» et que plusieurs participants à la conférence avaient noté religieusement:

            «Face à la distinction souvent citée faite par GRAMSCI entre d’un côté les intellectuels traditionnels – que MAFEJE appelle intellectuels ‘complaisants’, attachés au système ou à son service, qui en ‘reçoivent les privilèges et qui constituent la majorité’- et de l’autre les intellectuels ‘organiques’, les

universitaires n’ont pas de choix. Ils doivent prendre la tête des intellectuels organiques que MAFEJE appelle aussi ‘transcendants’, ceux qui ‘ne considèrent pas leur situation comme donnée, mais qui la critiquent et la combattent’.

        Pour MAFEJE, ‘ils ne peuvent pas non plus se considérer comme un groupe à part, séparé des luttes plus larges qui se livrent dans la société qu’ils

        veulent transformer. De par la nature même de leurs aspirations politiques, ils ne peuvent séparer les libertés auxquelles ils prétendent pour eux-mêmes et celles qui sont refusées à la majorité du peuple’.».

Fustigeant les intellectuels qui se disent ‘neutres’ ou ‘apolitiques’, le Professeur André MBATA MANGU tenait aussi à préciser:

         «…l’ ‘intellectuel neutre’  devient tout simplement un mythe. ‘Neutre’ par rapport à qui et par rapport à quoi? A-t-on le droit de se dire ‘neutre’ et de s’enfermer dans sa bibliothèque du reste vide ou dans sa tour d’ivoire lorsque ses frères, sœurs, parents, et d’autres compatriotes sont menacés de mort  au quotidien et à présent d’ ‘inanition’ comme le stigmatise le livre du Prof Evariste BOSHAB?

        A-t-on le droit de se dire ‘neutre’ et de se taire lorsque son peuple est enchaîné, opprimé, exploité et chosifié?

        A-t-on le droit de se dire ‘neutre’ et de se taire lorsque nos paysans doivent continuellement produire pour des maîtres placés hors d’Afrique, comme s’ils avaient à payer des dettes pour des montants et des délais connus des seuls maîtres du capital en Occident ou  maintenant en Chine?

        Lorsque la mauvaise gouvernance règne, la corruption et la prostitution politique battent leur plein, le tribalisme, l’ethnicisme et le régionalisme se consolident, les antivaleurs prennent le dessus sur les valeurs, et que l’avènement d’un Etat de droit véritablement démocratique est renvoyé aux calendes africaines du Congo, a-t-on le droit de se dire ‘neutre’ et de se taire?

        A-t-on le droit de se dire ‘neutre’ et de se taire lorsque l’indépendance pour laquelle beaucoup des nôtres ont sacrifié leurs vies ou se sont immolés nous est confisquée chaque jour par des puissances étrangères, des multinationales, et d’autres institutions capitalistes internationales servies par des agents périphériques ou locaux se présentant comme nos gouvernants mais agissant en réalité comme leurs valets, proconsuls ou gouverneurs?

        A-t-on le droit de se dire ‘neutre’ et de se taire lorsque sa société subit la

crise la plus profonde qui menace même son existence?

        Devant le choix entre la vie et la mort, la démocratie et la dictature, le bien

        -être et la misère généralisée, peut-on se dire ‘neutre’ et se taire?

        La ‘neutralité’ de l’universitaire ou de l’intellectuel tout court devient dans ces conditions non seulement une attitude inadmissible, mais elle constitue un ‘crime de non-assistance à peuple en danger’ de nature à lui faire denier la qualité même d’universitaire ou d’intellectuel.

        Ce serait même un ‘génocide’ ou une ‘complicité’ de génocide. Suivant BAKARY, il n’ y  a pas et ne saurait y avoir d’intellectuels ‘neutres’ ou                     ‘apolitiques’ – le concept ‘politique’ devant être entendu au sens noble du

        terme comme se référant à la Cité et à l’intérêt général des membres du corps social.

        Pas d’ intellectuel ‘neutre’ d’ autant plus qu’il n’existe pas de grammaire ou de syntaxe ‘neutre’».

Et le Professeur de citer l’historien Joseph KIZERBO: «l’intellectuel qui se dit neutre justement parce qu’intellectuel devient précisément à cause de cette option l’homme de tous les régimes et des statu quo successifs. Neutre par rapport à chacun des régimes, il adhère à  l’ensemble du système.  …quand, comme en Afrique tout le pouvoir est concentré entre les mains d’un seul (de son groupe, de sa famille biologique ou politique et de ses amis et copains) … et que la politique submerge la vie de tous, la neutralité du Professeur ou de l’Intellectuel africain LAMBDA dans son laboratoire ressemble beaucoup à celle du lapin neutre dans la jungle qui ne l’est pas».

            Tout en rejetant catégoriquement toute révision constitutionnelle et toute fraude constitutionnelle qui consisterait à reporter les élections présidentielles au-delà de 2016 en se fondant sur la fâcheuse jurisprudence des Sénateurs, Gouverneurs de Province et Députés provinciaux maintenus en fonction après avoir perdu toute légitimité populaire, fraude en préparation par les artisans de l’ ‘inanition de la Nation’ qui ont renforcé leurs rangs à la suite de fameuses «Concertations nationales’, le Professeur André MBATA MANGU interpelle le peuple congolais en général et en particulier ses universitaires et ‘intellectuels’, qu’ils soient dans la majorité au pouvoir, l’ Opposition, les églises, les différentes organisations de la société malencontreusement dite ‘civile’, les universités et instituts supérieurs, la presse, et la Diaspora congolaise. La vérité étant en marche et rien ne pouvant l’arrêter, fini le temps de lamentations. Le temps est venu pour reconstruire, renaître, et bâtir un ‘pays plus beau qu’ avant’ au cœur de l’Afrique et jouer les premiers rôles dans la Renaissance africaine.

            La RDC ayant perdu tout leadership sur le continent et dans  les sous-régions auxquelles elle appartient (SADC, Afrique des Grands Lacs, Afrique centrale et de l’Est) et le peuple congolais étant à la fois sous la tutelle politique et économique étrangère (‘Communauté internationale’, multinationales, grandes puissances occidentales, Chine, certaines ‘puissances’ africaines…) tout en étant subjugué de l’intérieur à cause de l’illégitimité de plusieurs de ses dirigeants au niveau national, provincial et local, le Professeur André MBATA BETUKUMESU MANGU nous a tous interpelés depuis l’ Université catholique de Louvain-la-Neuve.

Et comme ça continue de chauffer au-delà des Tropiques, l’universitaire congolais avait deux autres rendez-vous importants en Belgique avant son retour à Paris et sa descente à Kinshasa.

            Le samedi 23 novembre 2013, il devait animer une autre conférence à Bruxelles de 15 h à 18 h alors que le matin vers 11h, il était l’invité de Radio Air Libre qui émet à partir de Bruxelles.

Correspondance particulière à partir de Bruxelles, capitale du Royaume de Belgique.

Moise Lupanza M Tshiombe

LEAVE A REPLY

*