La crédibilité de l’opposition parlementaire sur le plan de la gestion de l’Etat remise en question

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A l’approche des échéances électorales de 2011, il n’est pas étonnant que les ténors de I’opposition multiplient des coups de plus en plus violents bénéficiant d’une large diffusion dans les médias qui leur sont proches, afin de frapper de discrédit les membres de la coalition au pouvoir – AMP, PALU et UDEMO -, de retourner, par ce biais, la population contre eux voire même obtenir la disqualification de certains d’entre eux avant la date prévue.

Les allégations des Honorables députés nationaux MLC Jean-Lucien BUSA et Fidèle BABALA sur un éventail d’acquisition de biens en quatre ans de pouvoir attribuée au Premier ministre, Adolphe MUZITO, et à Madame la Ministre du Portefeuille, Jeannine MABUNDA, dans des circonstances les privant de la possibilité de répondre dans les mêmes conditions, ont ouvert ainsi la voie à la tricherie les ayant conduit à retirer la motion de censure par laquelle ils espéraient faire tomber le Gouvernement en place.

A cela s’ajoute la volonté de faire un fond de commerce, pour des motivations  politiciennes, des lâches et ignobles assassinats, le 03 juin 2010, du Directeur Exécutif de la Voix des sans Voix, le regretté Floribert CHEBEYA BAHIZIRE et de Fidèle BAZANIA, son chauffeur et ce, avant même qu’une enquête crédible ne débrouille en limier accompli le dessous compliqué de cette tragique affaire. Toutes ces attaques frontales, quel que soit leur degré de malfaisance, participent à la logique de ce combat politique où tout est permis.

Chacun étant libre du choix de ses armes et du terrain de leur utilisation.

Néanmoins, par honnêteté intellectuelle et par respect pour l’éthique républicaine, il convient de préciser que cette offensive des grands gabarits de l’opposition, qui semble s’inscrire dans le cadre de la moralisation des moeurs politiques, est en fait destinée non pas à inviter la coalition au pouvoir à rectifier ses tirs pour une bonne conduite de sa politique mais plutôt à conduire l’opinion à se faire des illusions sur leur prétendue aptitude à mieux gérer l’Etat que le Gouvernement en place.

L’illusion d’une meilleure gouvernance de l’Etat

L’impact de tout discours moralisateur sur la scène nationale est d’abord et avant tout d’ordre psychologique. Il invite ses destinataires à attribuer à celui qui excelle dans l’art d’adresser des critiques acerbes au Gouvernement une plus grande aptitude à des performances hors du commun dans la sphère de compétence du Ministre dont l’action est largement critiquée.

Or, à ce propos, si I’on rappelait à ceux qui se font passer pour des donneurs de leçons leur passage aux affaires, chacun réaliserait, sans I’ombre d’un doute, que « les grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs » ou encore, ce qui revient au même, que «la critique est aisée et l’art est difficile». Cette assertion se vérifie aussi bien pendant toute la transition l + 4 que durant la période qui prévaut depuis les élections générales de 2006.

Pour s’en convaincre, prenons, à titre d’exemple, la gestion du MLC en tant que fer de lance de I’opposition mais aussi un parti au sein duquel se trouvent les plus grands pourfendeurs des pouvoirs publics.

Comme chacun sait, la RDC est actuellement composée de onze provinces dont dix sont dirigées par les membres de la coalition au pouvoir et une seule que le MLC a gérée, trois ans durant, en étroite collaboration avec ses alliés politiques qui sont le Regroupement des Nationalistes Congolais et l’Union pour la Nation.

Point n’est besoin de rappeler qu’à son arrivée à la tête du Gouvernorat, chacun des onze Gouverneurs élus a présenté du haut de la tribune de l’Assemblée de sa province, peu avant son investiture, un programme quinquennal ambitieux basé aussi bien sur les cinq chantiers de la République que sur le document de stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté (DSCRP).

Les succès engrangés dans le cadre de la mise en oeuvre de ces programmes de gouvernement dans chacune de ces onze provinces sont d’autant plus attendus qu’ils participent à la reconstruction du pays dans son ensemble et épaulent le Chef de l’Etat dans ses efforts de mobilisation de toutes les forces vives de la Nation soucieuses de placer, une fois pour toute, la RDC sur la rampe de lancement de son développement.

Vu le degré de destruction des infrastructures de base et du tissu économique du fait de la zaïrianisation de triste mémoire, le bon sens recommandait vivement à chaque Exécutif provincial de ne pas perdre de temps pour amorcer des actions volontaristes dans tous les secteurs de la vie de sa province.

Au bout de quatre ans de mandat à la tête de ces entités politico-administratives, on constate que les bilans qui s’observent ici et là» dans plusieurs domaines d’activités, avec les moyens de bord dont disposent les provinces, varient de l’une à I’autre. Certaines provinces du pays suscitent respect et admiration auprès de I’opinion tant nationale qu’internationale par leur façon de prendre en main leur propre destinée et de tirer le meilleur parti non seulement des atouts de la décentralisation en cours de réalisation mais aussi et surtout du dynamisme et du sens de responsabilité de leurs dirigeants. Ces deniers, malgré la justesse des reproches que ne cessent de leur faire les populations du Nord, du Sud ou du Centre de leurs provinces respectives qui se sentent totalement abandonnées par eux au bénéfice exclusif de celles qui leur sont proches, peuvent néanmoins être félicités, même du bout des lèvres, pour avoir très vite compris que l’heure n’est plus à la grande rhétorique mais aux actions concrètes aboutissant à des résultats à impact visible sur base desquels ils seront jugés tout au long de l’exercice de leur mandat.

Tels sont les cas des provinces de Kinshasa, du Katanga, du Bas-Congo et dans une bien moindre mesure du Nord et Sud Kivu ainsi que de la Province Orientale qui émergent du lot, se faufilent dans le peloton de tête et figurent en bonne place au hit parade des provinces à contribution élevée au budget de l’Etat. Leur niveau de contribution en termes de pourcentage étant, selon les statistiques de la Primature, de l’ordre de 99,20 %.

Ce qui constitue une belle performance des dirigeants de ces six provinces qui se sont organisés de manière à consolider chaque jour davantage les efforts de maximisation des recettes à caractère national suivant la volonté de doublement de recettes imprimée par l’Autorité de tutelle.

Malheureusement, il y en a d’autres, les cinq provinces restantes, dont les apports qui s’additionnent à hauteur de 0,80 % laissent à désirer. Tels sont les cas des provinces du Kasaï oriental, du Kasaï occidental, de l’Equateur, du Maniema et du Bandundu dont la contribution est plus ou moins faible au budget de l’Etat e! gui, par conséquent, le privent involontairement, pendant cette législature, d’une grande partie de sa capacité d’intervention dans les divers domaines de la vie nationale où sa présence est réclamée à cor et à cri.

Parmi ces cinq provinces, il y en a quatre, Kasaï Oriental, Kasaï Occidental, Maniema et Bandundu dont le lourd handicap que constitue leur enclavement en cette période marquée par I’absence de production de richesses provinciales est plus ou moins compensé par la chance qu’elles ont d’avoir à leurs têtes des personnalités qui, en dépit des motifs de mécontentement qu’elles donnent à certains de leurs administrés, peuvent néanmoins, à l’exception de celles du Maniema et du Sud-Kivu poussées à la démission, être qualifiées de bons dirigeants. Dans la mesure où ces derniers, de par leur capacité de travail et de mobilisation, parviennent à associer les partenaires tant intérieurs qu’extérieurs aux efforts de développement entrepris.

Par contre, l’Equateur semble malheureusement la seule province du pays dont la mauvaise gouvernance, l’instabilité politique et la récurrence des affrontements inter-éthniques, lui valent l’étiquette dégradante de mauvais élève de la classe qui s’obstine, en dépit du nouveau système de rétrocession instaurée par le Gouvernement central, à traîner à la queue du peloton.

Evidemment, conformément à la maxime selon laquelle « à mauvais ouvrier, mauvais outil », l’Equateur justifie son état actuel de précarité de la situation économique et sociale au fait d’être abandonné par Kinshasa depuis l,arrivée au pouvoir en mai 1997 du tombeur du Maréchal Mobutu Sese Seko.

Cette justification, parce qu’entachée de mauvaise foi, ne peut, quel que soit I’angle de vision retenu, tenir la route. Et ce, pour deux raisons précises ;

D’abord parce que malgré les trente-deux années au pouvoir du natif de l’Equateur à la toque de léopard, rien ou presque n’y a été construit depuis l’époque coloniale. Beaucoup de ses ressortissants, qui ont une envergure nationale et qui ne cessent de reprocher au Pouvoir en place non seulement de les marginaliser par méfiance à leur égard mais aussi de délaisser, pour la même raison, leur province, faisaient partie des dignitaires inamovibles de la IIème  République. Si, durant leur très long règne, le développement économique de cette partie du territoire national était au centre de leur préoccupation, il y a longtemps que l’Equateur serait devenu la province rêvée des Congolais.

Ensuite parce que l’Equateur, comme d’ailleurs toutes les autres provinces du pays, s’est doté, depuis,-les élections générales de 2006, de hauts responsables de l’Exécutif provincial élus massivement sous la bannière du MLC et de ses alliés. En outre, il s’est librement constitué une Assemblée provinciale dominée fortement par une opposition décidée à jouer pleinement son rôle. Le plus étonnant est que le MLC qui avait comme discours électoral la bonne gouvernance et le refus d’aliénation d’une partie du territoire de notre pays aux étrangers, n’ait pas, jusqu’à la fin du mandat de José MAKILA présenté sous sa bannière, réussi à relever, de manière exceptionnelle, le défi du redressement indispensable des finances publiques dans la seule et unique province tombée dans son escarcelle

Malgré que tous les leviers de commande étaient entre ses mains et celles de ses alliés, leur leader, l’Honorable Jean-Pierre BEMBA, ayant réalisé dans sa province natale ses meilleurs scores aux élections tant présidentielles que législatives, la gestion de l’Equateur n’a pas du tout été la plus exemplaire au point non seulement d’être érigée en modèle à suivre mais aussi de jouer un rôle pilote donnant aux autres provinces une idée précise sur la façon dont sera géré tout le pays dès I’accession au pouvoir de ce grand parti de l’opposition. Loin s’en faut !

De tous les Gouverneurs de province, celui de l’Equateur a été sinon le seul, du moins parmi les premiers à avoir accumulé en un temps record autant de preuves de gabegie financière à tel point qu’il a fini par décevoir même dans les milieux de ses partisans les plus résolus. Si bien que ses administrés, à travers leurs élus à l’Assemblée provinciale, se résoudront à exiger sa mise à l’écart du Gouvernorat et sa traduction devant les instances judiciaires compétentes.

Curieusement, peu de temps après avoir été désigné pour exercer, à titre intérimaire, les fonctions de Gouverneur suite à la révocation de ce dernier, I’honneur du Vice-gouvemeur de l’Equateur, proposé par les alliés du MLC sous le ticket de José MAKILA, fut, à son tour, entaché de scandales retentissants à cause des indélicatesses qu’il aurait lui aussi commises dans la gestion de la province. Le fort soupçon de manquements graves aux devoirs de sa charge qui planait sur lui fera I’objet du rapport que le Président du Sénat, l’Honorable Léon KENGO WA DONDO,  transmettra au Procureur Général de la République sur la mission de contrôle effectuée par la Commission sénatoriale conduite par l’Honorable LUNDA BULULU.

Pour remplacer I’ancien Gouverneur pris dans les filets de la justice, le MLC, qui en avait fait une question d’honneur et de principe, avait mis les bouchées doubles pour éviter avec la dernière énergie que la gestion de cette partie du territoire national, la seule à avoir fait l’expérience de ses méthodes de gérance, ne puisse lui échapper.

Mais contre toute attente, malgré les soutiens explicites des Honorables Jean-Pierre BEMBA et François MWAMBA, les députes de l’Equateur refuseront de confier, pour la seconde fois, la gestion de leur province au MLC. Celui-ci ayant aligné I’un de ses meilleurs candidats, le vice-président de la commission économico-financière de l’Assemblée Nationale et Secrétaire Général Adjoint du parti, l’Honorable Jean- Lucien BUSA dont on s’accorde pourtant à reconnaître la notoriété en raison de sa pugnacité sur le terrain du lynchage verbal des membres du Gouvernement.

Depuis l’élection de Jean-Claude BAENDE, en novembre 2009, au poste de Gouverneur de l’Equateur en lieu et place de son candidat, le MLC, par dépit, met tout en oeuvre pour que le nouveau chef de l’Exécutif provincial, qui soit dit en passant a déjà failli être assassiné, ne puisse, tout au long de son mandat, imposer son autorité. Cette stratégie qui pourrait se justifier au regard des enseignements de Machiavel est malheureusement porteuse de risque de rendre ingouvernable une province déjà meurtrie par tant de calamités dues à la mauvaise gouvernance, à I’instabilité politique et à la profonde mésentente entre ses propres fils. Ce qui crée une situation, recelant des forces antagonistes et explosives, qui ne peut laisser personne indifférent.

CONCLUSTON

Quant on sait où nous a conduit la querelle apparemment anodine autour du contrôle des étangs poissonneux à Dongo, il y a lieu de craindre que le combat sans merci livré à l’actuel Exécutif provincial ne débouche sur des conflits sanglants pouvant plonger toute la province dans une guerre fratricide inutile dont personne ne peut aujourd’hui en mesurer les conséquences. Puisqu’il en est ainsi autant se comporter selon l’adage « mieux vaut prévenir que guérir ».

D’autant plus que cette situation à haut risque n’est pas due à une fatalité qui pousserait quelques Equatoriens, ennemis de la paix et de la justice, à entretenir égoïstement un état de belligérance. Bien au contraire ! A ce que l’on sache, malgré la résurgence des groupes armés qui viennent une fois de plus, sous les cameras de télévision du monde entier, de semer la mort et la désolation dans le district du Sud-Oubangi où les ENYELE se disputaient au départ avec les MONZAYA, une autre communauté locale, la gestion des étangs poissonneux de leur région, rien ne permet d’affirmer que l’Equateur est le terrain de prédilection des troubles socio-politiques, des rébellions et des guerres tribales.

Cela est d’autant plus vrai que toutes les provinces de notre pays ont connu à un moment ou à un autre de leur histoire leur lot de frustrations, d’intolérances politiques et de conflits sanglants entre communautés vivant sur le même territoire. Ce qui n’a fait qu’asphyxier le développement des provinces concernées, les ramenant plusieurs années en arrière.

Heureusement, elles en sont aujourd’hui sorties à l’exception du Nord-Kivu et de I’Ituri en Province Orientale où sévissent encore les rebelles hutus rwandais des FDLR et ougandais de la LRA qui continuent à y poser des problèmes sécuritaires majeurs. C’est vrai qu’à quelques jours de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de notre pays, on peut toujours redouter que des fauteurs de troubles chevronnés ne s’adonnent dans la capitale à leur jeu favori ayant pour finalité d’écorner I’image du pays à l’étranger afin de décourager, par ce biais, plusieurs de nos invités de marque dont le plus prestigieux est sans aucun doute te Roi des Belges qui sont attendus avec joie à Kinshasa pour cet important événement.

C’est dans cette logique que s’inscrit la décision non seulement de boycotter les festivités commémoratives du cinquantième anniversaire de l’indépendance de notre pays mais aussi d’inviter tous les Congolais à consacrer la journée du 30 juin à la méditation prise précipitamment par les partis de l’Opposition parlementaire, le MLC en tête, dans la foulée de I’indignation à l’échelle tant nationale qu’internationale, soulevée par les assassinats inadmissibles du Directeur Exécutif de l’ONG congolaise. des droits de l’homme la Voix des sans Voix et de son chauffeur. Et ce, contrairement au simple bon sens qui recommande que l’on s’abstienne de tout jugement hâtif et que l’on attende, avant de réagir, les révélations de I’enquête judiciaire en cours. D’autant plus que le Ministre de la Justice et Droits humains, s’exprimant à ce sujet devant la presse., s’est dit ouvert à toute collaboration internationale pour faire avancer l’enquête sur de bonnes bases.

C’est vrai aussi qu’ à quelques mois des élections de 2011l, il faudrait être sourd pour ne pas entendre des folles rumeurs faisant de plus en plus état de l’imminence des attaques à  main armée dans certaines provinces du pays, notamment à Kinshasa, au Katanga, à l’Equateur et au Bas-Congo, poussant les autorités provinciales à redoubler de vigilance et à renforcer la sécurité dans tous les points stratégiques de leurs villes respectives.

Ce qui tend à prouver que la situation sécuritaire reste encore inquiétante et fragile dans quelques-unes de nos provinces. Ce qui incite à la prudence, à l’écoute et à la prise des mesures préventives contre toutes les formes d’aventures anti-démocratiques.

Mais puisqu’il nous faut parler de la situation présente, il me semble indéniable que dans l’ensemble la paix est revenue un peu partout et que les provinces qui en bénéficient peuvent désormais se consacrer aux tâches de développement.

Autant nous prions pour que cette paix retrouvée s’y installe durablement, autant nous le faisons pour que l’Equateur connaisse à son tour les bienfaits de la paix durable et de la concorde entre les membres de sa classe politique. Car sans la paix, la stabilité politique et le travail acharné sous le regard vigilant d’une opposition jouant pleinement son rôle constitutionnel, aucun développement n’est possible nulle part au monde.

Mais le plus triste dans I’immédiat est qu’au moment où les autres provinces s’activent à se doter des moyens de relever le défi de leur développement, l’Equateur risque malheureusement, en raison de la spécificité de sa situation politique actuelle, d’être la seule province du pays à rester au bas de l’échelle, les yeux rivés vers I’extérieur, invoquant le secours de Kinshasa. Ce qui constitue un échec patent dont le MLC et bien avant lui le MPR portent en très grande partie, une responsabilité historique. 

UMBA ILUNGA, Ambassadeur

 

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