La Corruption :un art dans l’ombre

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L’oppression dictatoriale marche bien avec la corruption dont elle est l’arme secrète. En Afrique, l’expérience démontre à suffisance que les dictateurs sont ces affreuses personnes qui ont mis leurs personnes propres et leurs Etats en mauvais état en les détruisant profondément.

Moyennant séduction, sous ses formes les plus variées, ils ont dégénéré les principes et le système politique normal des Etats.
La corruption, ai-je l’habitude de dire souvent, c’est le processus de corrompre l’Etat naturel de la nature naturelle d’une chose ou d’une personne. L’acte corruptif lui-même est un « art dans l’ombre » entouré de secret voulu opaque ; conçu en dehors des règles, normes et procédures d’éthique et de morale. Oui, en Afrique la corruption est devenue une pandémie qui, avec une vigueur déviatrice, sévit tous les domaines de vie nationale. Elle a abîmé les Etats de telle sorte que le film qu’il laisse voir est simplement burlesque et même ubuesque. La corruption a plongé l’Afrique dans un cercle vicieux et infernal de la tyrannie des antivaleurs. Grâce à elle, la patrimonialisation du pouvoir fonctionne bien. C’est au grand jour que la corruption se pavane dans les Etats africains où la frontière entre le permis et le défendu, le licite et l’illicite, le moral et l’immoral est de plus en plus floue, mouvante et
poreuse. Vivant en symbiose avec la dictature, le système corruptif se nourrit de ses faiblesses jusqu’à s’infiltrant dans l’âme même du pouvoir.

C’est pour cela que je dis avec E. Weil qu’un gouvernant qui vise l’efficacité au mépris de la justice se trompe, il se contredit et ne réalise rien de durable puisqu’il n’obtiendra pas la collaboration des citoyens. De Machiavel, qui a laissé son nom au cynisme amoral dans la conduite politique des Etats, à Jean Paul Sartre, l’auteur des Mains Sales, la liste est longue de ceux des dictateurs africains qui se sont résignés et se résignent encore à considérer la politique comme une échappatoire à la loi morale et au comportement éthique.

En Afrique, plusieurs chefs d’Etats se complaisent à croire à dire, qu’après tout, « la fin justifie les moyens ».
Mais de quel genre des moyens s’agit-il ? Quand ces gros messieurs se heurtent aux nécessités du pouvoir politique et les politiques du pouvoir ont confondu et confondent les finalités de leurs intérêts propres avec ceux de l’Etat en péril. Même si le système lui-même est condamnable, on reste après tout réaliste ; la pauvreté et la misère ont poussé les populations à l’accepter au moins ou du moins à en devenir complice. Devenue monnaie courante, la corruption a atteint le niveau le plus bas de l’informel, du sommet de l’Etat au simple huissier.

Les gouvernants eux-mêmes, combinards légitiment sans scrupule, l’ « Etre corruption. » Conséquence : dévastation de l’Etat, privatisation de l’économie, l’enkystement politique du régime, patrimonialisation, enrichissement sans cause de la famille du « Prince », appauvrissement scandaleux du peuple, production des effets délétères sur les modes légitimes d’accès au pouvoir. Les populations vivent un traumatisme léthargique qui, paradoxalement, croit que « défendre les intérêts du Prince devient une sainte cause ». De temps en temps, on dénonce l’hypocrisie et l’impunité, on accuse. Un scandale éclate. On fait du bruit. L’opinion est émue. Puis, plus rien. Tout redevient normal dans l’anormalité.

Pr KambayiBwatshia
UPN

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