La cohabitation conflictuelle entre civils et militaires sous examen

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« Les civils constituent un champ de récolte pour les militaires ! » cette expression très répandue au sein de l’armée congolaise illustre bien l’un des problèmes majeurs de la difficile cohabitation entre les militaires congolais et les civils. Il en est de même des relations troubles entre les civils et les policiers, tout comme celles entre les civils et les services de renseignements. Cette cohabitation est émaillée de nombreux incidents, ainsi que des meurtres et d’un nombre incalculable de violences de toutes sortes. Tel est le constat malheureux que tous les acteurs de la société civile n’ont cessé de faire et relever lors des différents séminaires-ateliers et forums organisés sur le sujet. 

            En effet, les forces de sécurité congolaises censées œuvrer essentiellement pour la protection des populations civiles et de leurs biens, assurer la défense de l’intégrité territoriale, ainsi que détecter et neutraliser toute menace de la sécurité intérieure et extérieure, se sont inscrites depuis des décennies, dans une logique d’intimidations des civils. 

Il ne fait l’ombre d’aucun doute que les agents de ces services ont toujours eu un comportement agressif et tracassier à l’égard des civils, déplore la société civile.

Le Groupe d’initiatives pour la paix et la prospérité en Afrique, G.I.P.P.A. en sigle, créé en 2000 par le professeur Joseph Marie Kindundu, et qui veut œuvrer pour l’amélioration des relations civilo-militaires en RDC, a organisé vendredi dans l’après-midi au Centre Bondeko à Limete, une journée de réflexion pour débattre de cette question délicate, afin de formuler des recommandations pour les dirigeants au pouvoir et les politiques.

            Ont pris une part active aux travaux, des étudiants, des juristes, des journalistes et autres acteurs de la société civile. Lors des débats, ils ont épinglé entre autres problèmes, le complexe de supériorité qu’affichent les agents des forces de sécurité vis-vis des civils, le rançonnement, les vols, les viols et les violences physiques et sexuelles, les massacres et les pillages. Pire, les violences et les viols comme armes de guerre. L’on a noté également des incursions de certains agents dans les résidences privées des citoyens.

            Après ce relevé, tous les participants ont noté que les problèmes liés à cette cohabitation difficile entre les civils et militaires se sont posés avec acuité, à l’Est de la RDC. Et c’est souvent, dans les grandes villes et les chefs-lieux de districts et de territoires qu’ont été enregistrées les exactions des militaires sur les populations civiles.

            Des viols massifs et des violences sexuelles d’une rare cruauté ont même fait l’objet d’un rapport spécial des Nations Unies dans les provinces du Maniema, du Nord et du Sud-Kivu.

            La détérioration des rapports entre les militaires et les civils, comme il faudrait le souligner, n’est pas particulière à la RDC, mais dans la plupart des voisins en proie aux conflits armés. Partout, c’est toujours l’impunité qui a été stigmatisée. 

Les causes actuelles de la détérioration des rapports civilo-militaires 

            Entre autres causes actuelles, la Journée de réflexion de GIPPA a épinglé l’utilisation des agents des forces de sécurité au service des particuliers, les frustrations réciproques entre les militaires et les civils, la rémunération insuffisante des hommes en armes et l’absence de formation ou le niveau trop bas de la formation de ces agents. Les participants ont en outre, noté l’ignorance des missions de l’armée et de la police, ainsi que des services de renseignements, par les agents de différents services, l’ignorance des lois du pays, le manque d’éducation civique et l’instabilité chronique des régimes politiques et des institutions dirigeantes. Et pire, la politisation et la tribalisation des forces de sécurité.

            Dans notre pays, on ne peut s’étonner d’enregistrer ce genre de problèmes. Il suffit de se rappeler que depuis la Force publique, des mutineries, des coups d’Etat et des rébellions se sont succédés en RDC. 

            Aujourd’hui, après la réconciliation nationale, ne faudrait-il pas réconcilier le militaire et le civil, le policier et le civil ?

            Pour le GIPPA, la reconstruction exige un climat apaisé caractérisé par des relations harmonieuses entre le militaire et le civil.

            Dans le paquet de solutions proposées par les participants, citons entre autres la création des armées modernisées, la formation et l’encadrement social du militaire, l’apolitisme de l’armée, la cohabitation des militaires et des civils à la cité et la participation des militaires aux travaux de reconstruction en temps de paix.

            Ils ont insisté sur l’encadrement moral des militaires, des policiers et des agents de services de renseignements, l’amélioration du cadre des villes, le renforcement de la police militaire et la lutte contre l’impunité, l’éducation civique de tous les citoyens, civils et militaires.

            Au niveau régional, les participants envisagent le renforcement de la sécurité collective par une coopération des forces de sécurité et des services judiciaires des pays de la sous-région, l’intégration régionale et la concertation permanente des services de sécurité et des opérations militaires conjointes.

            A l’issue des travaux de réflexion de GIPPA, les participants ont reconnu qu’il y a nécessité de procéder urgemment à l’amélioration des relations civilo-militaires dans notre pays. C’est l’une des conditions pour attirer les investisseurs. Car, on le sait sans la paix, il n’y a pas de développement.

            Tout cela n’est possible que grâce à une volonté politique, sans laquelle la situation de la cohabitation difficile entre les militaires et les civils demeurera inchangée.

Il ne reste plus que la prise de conscience de ce problème par des autorités politiques et militaires censées œuvrer pour créer de bonnes conditions pouvant favoriser la reconstruction.

Le GIPPA vient de déclencher l’étincelle qui faisait défaut jusque-là, et qui va faire jaillir une réflexion plus approfondie avec les acteurs de terrain et les responsables des services concernés par cette question.      

J.R.T. 

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