La Cenco décide de marquer la Ceni à la culotte

0
59

IMG_4630La Conférence Episcopale Nationale du Congo (Cenco), à travers sa Commission Justice et Paix (CEJP), vient de lancer grâce, à l’appui financier de l’USAID, son projet d’observation électorale dénommé « Bokengi Bwa Maponomi » (BBM). L’objectif global de ce projet de renforcement des capacités institutionnelles et techniques est de contribuer à la consolidation de la démocratie en RDC par une observation professionnelle et crédible des élections locales, municipales, urbaines, législatives et présidentielle.

Elle compte déployer au moins 30.600 observateurs électoraux afin de marquer la CENI à la culotte. C’est-à-dire 600 pour l’observation à long terme et 30.000 pour l’observation à court terme. Ledit projet accuse encore un déficit criant quant au nombre d’observateurs prévus. C’est pour cette raison que la CEJP sollicite la contribution de tous les hommes de bonne volonté pour soutenir ce projet afin de combler ce déficit mais aussi de s’impliquer dans l’organisation des élections crédibles, justes et apaisées en vue d’une alternance démocratique et pacifique en RDC.

Au cours de la cérémonie du lancement dudit projet d’observation électorale, organisé hier jeudi 16 avril 2015, au Centre Interdiocésain, le président de la CEJP/CENCO, Mgr  Fridolin Ambongo, a fait savoir que les évêques conscients de leur mission et de leurs responsabilités, ont levé l’option de l’éducation civique et électorale afin de contribuer à la mobilisation des populations aux élections, à l’émergence d’un Etat de droit et d’une culture démocratique en RDC. Selon lui, à l’approche des échéances électorales prévues en cette année 2015, les controverses et tensions observées autour du calendrier électoral global et du découpage territorial font craindre la tenue des élections dans un climat agité. Face à cette situation, chaque  membre de la communauté nationale est exhorté à faire preuve de tolérance et d’ouverture d’esprit car les élections ne sont pas une finalité en soi. Elles ne sont qu’un tremplin, un pas vers un Etat de droit que tout le monde appelle de ses voeux.

La directrice de l’Agence Américaine pour le Développement International (USAID), Diana Putman, a souligné que les activités de ce projet visent à améliorer les capacités organisationnelles et techniques de la CEJP à conduire une observation électorale selon les standards internationaux. Grâce à ce projet, la CEJP pourra déployer des observateurs congolais techniquement compétents et capables de produire des rapports crédibles, en utilisant les outils et équipements d’observation électorale mondialement reconnus.

Le projet d’observation domestique des élections vise à corriger, tant soit peu, les nombreuses faiblesses enregistrées dans l’observation des élections de 2011. Le projet pourra également former des analystes électoraux et travailler avec des experts en statistiques capables de déterminer le poids électoral des circonscriptions électorales ciblées.

L’USAD est convaincue que si les élections sont justes, libres et transparentes et que les résultats sont jugés crédibles par les observateurs avant tout, les citoyens auront confiance aux élus et travaillerons ensemble pour améliorer leurs conditions de vis à partir de leurs communautés locales.

            L’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique, James Swan, a insisté sur la tenue d’élections crédibles, transparentes et apaisées. A son avis, ce projet ne représente qu’une partie de l’appui des USA aux élections. Une assistance logistique directe qui sera apportée à la CENI, en ce qui concerne le programme de vulgarisation et de sensibilisation, les projets de renforcement du système judiciaire, afin d’arriver à une solution durable des contentieux électoraux. 

Murka

 

L’épiscopat congolais n’a l’intention ni de constituer une force politique, ni de conquérir le pouvoir

            La Commission Episcopale Justice et Paix (CEJP) est heureuse de procéder aujourd’hui au lancement du projet d’observation électorale dénommé « Bokengi Bwa Maponomi », BBM, en sigle.

            La cérémonie de ce jour revêt une signification spéciale pour notre Commission dont la mission est d’approfondir, sous l’aspect doctrinal, pastoral et apostolique, des problèmes relatifs à la justice et à la paix en vue de veiller le peuple à la conscience de son rôle et de ses responsabilités, en vue de la transformation des structures mentales, sociopolitiques et économiques qui oppriment l’homme.

            Depuis le balbutiement démocratique des années 60 jusqu’en 2006, date marquant l’organisation des premières élections démocratiques dans notre pays, en passant par la longue période de dictature et les successives guerres dites de libération, la République Démocratique du Congo a beaucoup souffert de la crise de légitimité, avec de fortes répercussions sur le vécu des populations congolaises.

            Conscients de leur mission’ et de leur responsabilité, les évêques ont levé l’option de l’éducation civique et électorale afin de contribuer à la mobilisation des populations aux élections, à l’émergence d’un Etat de droit et d’une culture démocratique en RD Congo.

 A l’approche des échéances électorales prévues en cette année 2015, les controverses et les tensions observées autour du calendrier électoral global et du découpage territorial font craindre la tenue d’élections dans un climat agité. Face à cette situation, chacun de nous est invité à faire preuve de tolérance et d’ouverture d’esprit car les élections ne sont pas une finalité en soi. Elles ne sont qu’un tremplin, un pas vers un Etat de droit auquel tous doivent contribuer.

            Au regard de la mission pastorale qui est la nôtre, contribuer à l’émergence d’un Etat de droit, c’est aider le peuple congolais à devenir une nation, l’aider à combattre tout esprit de division et d’ethnicisation des problèmes sociopolitiques. Contribuer à l’émergence d’un Etat de droit, c’est aussi aider le peuple congolais à comprendre que la voie du salut de la nation est à chercher  dans la construction et la consolidation d’une démoratie participative, un système de gestion de la nation auquel tous les citoyens sont conviés à prendre part. Mais la participation n’est possible que si elle est soutenue par une vision éthique, un idéal humain soucieux de réaliser le bien commun supérieur pour tous les congolais.

            En optant pour l’éducation civique et électorale, l’Episcopat congolais n’a l’intention « ni de constituer une force politique, ni de conquérir le pouvoir. Il s’agit plutôt de contribuer, dans les limites de la mission de l’Eglise, à la construction d’une société de justice, de paix, de droit, de développement où la dignité de la personne humaine et le bien commun sont respectés »

            Mais qu’entend l’Eglise par la notion de bien commun? Il ne s’agit pas de la simple somme des biens particuliers. « C’est le bien du « nous-tous », constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale. Ce n’est pas un bien recherché pour lui-même, mais pour les personnes qui font partie de la communauté sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver réellement et plus efficacement à leur bien. C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher ».

            En période électorale, le citoyen se voit inévitablement saisi d’une série de questions ou de problèmes. Où se trouvent les priorités? Quels sont les véritables enjeux? Notre conviction est que les principaux défis ont trait actuellement, d’une part, à la qualité de nos comportements démocratiques, avec ce qu’Ils exigent de liberté et de responsabilité, de justice sociale vraie, d’attention prioritaire à l’intérêt général et au sort des plus démunis et, d’autre part, à la capacité de nos acteurs politiques à restaurer le climat social en vue de permettre à chaque citoyen d’être à la fois responsable et participant. De cette manière, la politique, dans notre pays, deviendra réellement un lieu d’espérance pour tous les citoyens.

            Nous saisissons cette occasion pour vous exprimer les remerciements de la Conférence EpiscoP91e du Congo pour la confiance que vous faites à notre Commission Episcopale Justice et Paix. Dès 1996, le Comité Permanent des Evêques congolais avait pris l’option de redynamiser la pastorale des droits humains, par la création dans chaque diocèse et dans chaque paroisse, d’une commission Justice et Paix qui, par des sessions bien organisées, formerait les fidèles à la défense de leurs droits fondamentaux.

            A travers ces structures diocésaines et paroissiales, la Commission épiscopale Justice et Paix développe des activités susceptibles d’assurer la protection et la promotion des droits de l’homme, la promotion de la culture de la paix, la prévention et le règlement pacifique des conflits, bref, l’éducation à la citoyenneté responsable en vue de l’avènement d’un Etat de droit et d’une véritable démocratie en RDC.

            Avec le projet ({ BBM », l’USAID entend renforcer les capacités institutionnelles et techniques de la Commission Episcopale Justice et paix, offrant ainsi à toute l’Eglise catholique du Congo, à ses partenaires des autres Confessions religieuses et ceux de la Société civile les moyens de participer plus activement à la construction d’un Congo démocratique.

            En effet, la seule garantie efficace d’un développement économique, politique et social sain et harmonieux réside dans la participation de tous, chacun à son niveau et sous des formes diverses, pour servir réellement et concrètement le bien commun. Pas plus que d’autres, le chrétien ne saurait démissionner devant ses responsabilités citoyennes.

A vous, nos autres partenaires.

            Nous profitons de cette occasion pour vous inviter à joindre vos efforts à ceux de l’USAID afin de disponibiliser des ressources nécessaires pour assurer à la population une bonne et efficace éducation civique et électorale. Ce qui aura inévitablement un impact sur l’observation des élections. En effet, nous estimons que l’information, la sensibilisation et la formation de la population notamment des femmes et des jeunes aux procédures et aux enjeux du scrutin est une étape essentielle de toute consultation qui se veut véritablement démocratique.

            Pour le grand bien de notre peuple, nous confions au Seigneur ce projet « BBM » qui commence aujourd’hui. Nous implorons sa bénédiction sur tous les hommes et femmes de bonne volonté qui vont soutenir de l’une ou l’autre manière ce projet et s’impliquer dans l’organisation des élections crédibles, justes et apaisées en vue d’une alternance démocratique et pacifique en RDC, notre grand et beau pays.

Mgr Fridolin AMBONGO

Evêque de Bokungu-Ikela

Président de la CEJP/CENCO