La Belgique et l’Onu sur la même longueur d’ondes

0
26

L’évacuation des Casques bleus du territoire de la RDC, demandée à l’Onu par le gouvernement congolais, est en principe acceptée de part et d’autre. Mais les modalités de ce départ sont loin d’être consensuelles  dans l’immédiat. La vision et la compréhension de ce problème ne sont pas les mêmes entre Kinshasa et New York, y compris certains pays occidentaux dont le Royaume de Belgique. Pour le gouvernement congolais se prévalant de son statut d’Etat indépendant et souverain, la situation a beaucoup évolué et il s’estime capable d’assurer seul la protection de son  intégrité territoriale ainsi que des personnes et des biens. Pour l’Onu par le truchement du Secrétaire général et de son Représentant spécial en RDC et patron de la Monuc, il faut un départ réfléchi et judicieusement échelonné des troupes de la Monuc jusqu’à ce que l’autorité de l’Etat sera rétablie sur l’ensemble du territoire congolais, étant donné que la paix et la stabilité des institutions s’avèrent toujours précaires. On éprouve des craintes pour un départ précipité et inconsidéré des forces de maintien de la paix, dont l’Onu se verrait contrainte d’envisager le retour en RDC du jour au lendemain si la situation venait à empirer encore. On observe que ce n’est pas de gaieté de cœur que l’Onu accède à la requête du gouvernement congolais.

Malgré sa crise gouvernementale où elle est entrée naguère, la Belgique estime qu’elle ne peut s’empêcher d’entrer en danse concernant le problème du départ de la Monuc du territoire congolais, son ancienne colonie. Le Vice-premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere a été aperçu aux Etats-Unis le mardi 27 avril pour concertation avec les autorités américaines et le Secrétaire général de l’Onu. A Washington, il avait rendez-vous avec la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, et le conseiller du Président Obama chargé de la sécurité nationale. Jeudi 29 et vendredi 30 avril, il se trouvait à New York pour s’entretenir avec le Secrétaire général de l’Onu Ban Ki Moon. L’essentiel de toutes ces rencontres consistait à faire connaître le point de vue belge sur le départ de la Monuc de la RDC. La position belge se rapproche de celle de l’Onu. Déjà le 13 avril lors d’un débat public sur l’avenir de la RDC, Steven Vanackere avait explicité cette position. Il s’était déclaré partisan d’un retrait graduel de la Monuc « lié à la réalisation de ses objectifs dans ce pays ».

Il avait rappelé que « Le gouvernement congolais voudrait que les Casques bleus partent rapidement. Il faut voir cela comme une ambition d’assurer la sécurité sans les troupes étrangères. C’est trop ambitieux », avait-il dit. Il avait alors suggéré un « retrait raisonnable, moins précipité que celui exigé par les autorités congolaises », faisant allusion aux faiblesses des forces armées congolaises. « Il est possible, a-t-il ajouté, de donner un signal positif au gouvernement congolais et de formuler des objectifs civils et militaires à réaliser, avec des critères de performance ». Il avait mis l’accent sur des tâches militaires à l’Est concernant le maintien de la paix et le renforcement des capacités de l’Etat congolais. Le Vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères avait finalement souligné que « la RDC aurait encore besoin de l’Onu dans les années à venir et qu’une stratégie de retrait responsable était celle qui reposerait sur un Etat de droit et des institutions de sécurité viables. Des objectifs encore loin d’être atteints». Cette position belge dont le ministre des Affaires étrangères est allé faire part aux officiels américains et au Secrétaire général de l’Onu, rejoint celle de Ban Ki Moon et son Représentant spécial en RDC Alan Doss, c’est-à-dire qu’il y a danger à précipiter l’évacuation totale des Casques bleus du territoire congolais. C’est au moins la substance le point de vue commun entre Bruxelles et New York.

 Le rôle de médiateur de la Belgique 

Le départ de la Monuc de la RDC n’est pas perçu de la même manière entre le gouvernement congolais d’un côté ; l’Onu et certaines puissances européennes, de l’autre. Les points de vue sont différents, et celui de la Communauté internationale a tendance à l’emporter. Pour Kinshasa, la situation a beaucoup évolué, ne nécessitant plus la présence prolongée des Casques bleus en RDC. Pour l’Onu et certains partenaires occidentaux, la stabilité des institutions ainsi que la paix et la sécurité des populations sont encore si fragiles qu’elles risquent d’être compromises davantage du jour au lendemain après le départ de la Monuc. Le concept d’un Etat indépendant et souverain est battu en brèche. On a l’impression de se trouver sous une tutelle camouflée. On se concerte ailleurs, et l’on décide de ce que l’on juge utile pour la RDC sans que l’Etat congolais soit associé de près à ces conciliabules. On présume qu’en exigeant le départ des forces de maintien de la paix, Kinshasa ne s’imagine pas qu’il est encore assis sur un volcan susceptible d’entrer en éruption et provoquer des dégâts incommensurables aussitôt le territoire congolais débarrassé de la présence de la Monuc.

Le problème n’est pas considéré comme dépendant du bon vouloir du gouvernement congolais ou négociable seulement entre Kinshasa et New York. Les puissances du monde s’en mêlent non pas pour les beaux yeux des Congolais, mais parce qu’elles estiment avoir déjà acquis un droit de regard sur ce pays. Ce sont elles qui étaient les commanditaires du processus politique et électoral de 2003 à 2006. Elles financent les opérations de la Monuc et l’entretien des Casques bleus et du personnel de l’Onu en RDC. Depuis lors le pays se trouve dans une situation délicate qui ne lui permet guère de se prévaloir de ses attributs de souveraineté. Bien que petit pays en Europe, la Belgique est une voix autorisée qu’on ne peut se dispenser de consulter pour tout ce qu’on projette de faire en RDC ; en tant qu’ancienne colonie qu’elle est censée mieux connaître que les autres puissances d’Europe et d’Amérique. Souvent on lui fait confiance, même si les avis qu’elle donne dérangent. La preuve en est que le reproche qu’on fait aux institutions actuelles dont elle s’était portée garante et en faveur desquelles elle avait battu le rappel des troupes au sein de l’Union européenne et à l’Onu. Les contacts de Steven Vanackere aux Etats-Unis avec l’Administration américaine à Washington et l’Onu à New York illustrent bien ce rôle de médiateur incontournable reconnu à la Belgique. 

Jean N’Saka wa N’Saka

Journaliste indépendant

 

 

 

LEAVE A REPLY

*