La Belgique et la ségrégation des Métis du Congo belge et du Ruanda-Urundi (1908-1960)

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M. Raymond ASSUMANI Budagwa, belge d’origine congolaise, a pris tout son temps pour écrire un livre sur la question de la ségrégation des enfants métis nés au Congo-Belge et au Rwanda-Urundi. Cette question le taraude car il est lui-même marié à une belgo-italienne qui lui a donné trois enfants dont une fille et deux garçons. Ancien de la faculté des Sciences de de l’Université de Kinshasa et de l’Université Catholique de Louvain, il est actuellement Ingénieur de recherche à la société TOTAL Raffinage-Chimie et co-fondateur de l’ASBL « Espérance Revivre au Congo ».

 Il s’intéresse à l’histoire controversée des peuples et des révolutions, aux alternatives pour réduire la pauvreté et aux efforts pour la sauvegarde de la dignité humaine. Raymond ASSUMANI surnommé « ASSOUM » par ses condisciples de l’ALMA MATER et surtout ceux de l’inoubliable équipe de Basket Ball de l’UNIKIN, est né à Uvira, dans la province du Sud-Kivu. ASSOUM a commencé ses études secondaires au Collège du Saint Esprit de Bujumbura pour les terminer au Collège Notre-Dame de la Victoire à Bukavu. Son épouse et lui-même dirigent une Ong de développement opérant dans la plaine de la Ruzizi. Dans ses recherches au Musée TERVUREN et autres maisons de culture, Raymond a recueilli des témoignages et découvert des documents attestant que les enfants métis nés au Congo-Belge et au Rwanda-Urundi étaient « supposés abandonnés ». Voilà pourquoi les colonisateurs les avaient acheminés dans des « orphelinats » et plus tard précipitamment emmenés en Belgique au début des années soixante. De mes recherches, a-t-il signalé, « il apparaît que le sort des Métis du Congo belge et du Ruanda-Urundi n’a été déterminé ni par le caractère supposé illégitime des unions qui leur ont donné naissance ni par une quelconque bâtardise. Il résulte d’une « barrière de couleur », niée mais réelle, qui a caractérisé la politique coloniale belge dans son ensemble. Il résulte également de la façon de percevoir les métis et le danger qu’ils pouvaient constituer pour les intérêts de la Belgique. Celle-ci n’a pas attendu de définir une politique cohérente sur le métissage et les métis ».

            A la lumière des documents d’archives rendes disponibles et de témoignages recueillis, ce livre retrace le contexte de l’émergence de la question « Métis », les discours sociaux habituels qu’elle a suscités, les débats institutionnels qu’elle a alimentés, les politiques et pratiques philanthropiques ou autres qu’elle a produites ainsi que leurs résultats. Cette recherche ne constitue pas une instruction à charge, écrit Assoum. Elle apporte plutôt un éclairage sur un aspect méconnu de la colonisation belge qui, pour certains métis ou leurs géniteurs, a occasionné des drames humains aux conséquences insoupçonnées. Le contexte du moment et l’esprit du temps, arguments généralement invoqués, ne suffisent pas pour minimiser, justifier ou excuser les points obscurs du régime colonial belge et les dégâts profonds occasionnés aux individus ou aux collectivités et n’occultent pas, par ailleurs, les bénéfices tirés du contact entre colonisés et colonisateurs, souligne l’auteur.

Briser le silence 

 Parmi les témoignages, Raymond a épinglé particulièrement celui de Mme Estelle MARION, née à Bukavu vers la fin des années quarante d’un prédicateur et homme d’affaires belge et d’une femme tutsie rwandaise. Elle a terminé ses études secondaires au Collège Notre-Dame de la Victoire en 1967 avant de rentrer en Belgique à la suite des pillages des établissements commerciaux de son père. Presque d’eux-mêmes, les premiers mots se sont posés sur le papier par nécessité, parfois en douceur, parfois avec violence. «Mon besoin – car c’est ainsi qu’il faut le nommer – était de parler du métissage ou plus exactement de ma condition de « Mulâtresse », a indiqué Estelle MARION. A l’automne de ma vie, mon passé a ressurgi en moi violemment. Il me fallait redécouvrir les voies meurtrières de mon enfance. Il me fallait tenter de retracer mon histoire et celle de mes ancêtres Belges et Rwandais. Il me fallait parler, rompre le silence, raconter la douleur d’être issue de deux cultures tellement opposées, d’appartenir à deux peuples, l’un considéré comme supérieur et l’autre comme inférieur. Il me fallait dire tout ce que j’ai tu si longtemps, pour permettre à d’autres d’oser s’exprimer». Tel est l’extrait de la lettre ouverte publiée par Mme Estelle Marion.

FM

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