La Banque Mondiale et la Confemen saluent la stabilité des performances des élèves

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eleves-congolaisesL’analyse diagnostique du Système éducatif de la République Démocratique du Congo (RDC) montre globalement une stabilité des performances des élèves au niveau national et dans la Province de Bandundu entre 2010 et 2013. Les taux d’échec scolaire sont restés, eux aussi, stables au cours de la période sous revue. Les provinces du Kasaï Occidental  et du Katanga ont montré des progrès substantiels. Ce constat est dégagé par une étude intitulée : « Deuxième évaluation diagnostique du Système éducatif de la République Démocratique du Congo », demandée par la RDC et confiée à une équipe des experts du secteur éducatif de la Conférence des Ministres de l’Education des pays ayant le Français en partage (CONFEMEN), avec l’appui de la Banque Mondiale. Une analyse comparative basée sur deux études dont la première réalisée en 2010 et la seconde en 2013. La comparaison de ces deux années a mis en lumière, non seulement les efforts énormes consentis par le gouvernement congolais pour empêcher la dégradation du secteur éducatif, voire le promouvoir ; mais aussi les diverses faiblesses sur lesquelles les autorités éducatives sont appelées à se pencher pour trouver des solutions appropriées à l’enseignement au niveau du Cycle primaire, particulièrement en ce qui concerne l’enseignement du Français et des Mathématiques.

Les experts pensent que la compréhension des déterminants qui ont permis le progrès dans certaines provinces, sera un élément important pour l’amélioration de la gestion du Système éducatif. Et parmi les faiblesses constatées, ils pointent la participation des élèves aux travaux extrascolaires qui réduisent le temps d’apprentissage ; les inégalités liées au statut socio-économique des ménages ; le système éducatif ne parvient pas encore à donner les mêmes chances de réussite aux garçons et aux filles ; celles-ci ayant des performances plus faibles que les garçons. Par contre, ils ont trouvé que l’accompagnement scolaire des parents se révèle efficace pour les apprentissages et la gestion des établissements scolaires par les femmes semble avoir un effet plus favorable à l’apprentissage que lorsqu’elle est assurée par un homme. La qualité de l’environnement scolaire et l’équipement de l’école jouent un rôle important dans l’apprentissage.

            Parmi les efforts consentis par le gouvernement pour maintenir le niveau de l’Enseignement et le promouvoir, il y a le Programme Intérimaire de l’Education (P.I.E.), le Projet de Ré-construction et de Réhabilitation des Infrastructures Scolaires (PRRIS), le Projet de Soutien à l’Education de Base (PROSEB) qui ont nécessité des efforts financiers considérables au gouvernement en faveur du Système éducatif congolais.

La République Démocratique du Congo a mené une évaluation diagnostique du système éducatif au primaire, avec l’appui financier de la Banque Mondiale et l’accompagnement technique de la CONFEMEN. Une première évaluation diagnostique, réalisée en 2010, concernait le niveau national et trois provinces: le Bandundu, le Kasaï Occidental et le Katanga. Celle de 2013 a porté sur les mêmes espaces géographiques. Comme en 2010, la mesure de la performance scolaire des élèves a été réalisée (I) d’une part en conduisant une évaluation au niveau national, et (II) d’autre part en évaluant des écoles de trois provinces (Bandundu, Kasaï-Occidental, Katanga).

L’échantillon national a été de 160 écoles et l’échantillon total des provinces d’environ 190 écoles1. les évaluations conduites en 2010 et 2013 ont porté sur un seul test, celui de fin d’année, et sur deux niveaux d’études, la deuxième année et la cinquième année du primaire.

Ce résumé exécutif présente les grandes conclusions de l’évaluation, lesquelles s’appuient  sur la première approche évaluative2 du Programme d’Analyse des Systèmes Educatifs de la Confemen (Pasec)

1. Performances des élèves en 2013

L’analyse des scores des élèves en français. pour la deuxième année, permet de constater, qu’au niveau national, ces élèves enregistrent des taux de réussite3 moyens d’environ 57%. les performances en mathématiques sont aussi élevées et atteignent les 56% comme taux de réussite. Dans le Bandundu, le score en français est de 64% alors qu’il est de 60% en mathématiques. Dans le Kasaï Occidental, le score en français est établi à 69% et 66% en mathématiques. Au Katanga, le score de français est estimé à 57%, avec un score de mathématiques de 53%.

La comparaison des résultats des élèves de deuxième année, entre les différents espaces géographiques ayant bénéficié de l’évaluation diagnostique permet d’aboutir aux conclusions suivantes:

•        En français, les élèves de la province du Kasaï Occidental sont plus performants que les élèves de la province du Bandundu. Ces deux provinces ont des élèves plus performants que les élèves au niveau national et ceux de la province du Katanga;

•        En mathématiques. la seule zone qui se démarque est celle du Kasaï Occidental. Les trois autres zones ont des performances statistiquement similaires entre elles. Ces performances sont inférieures à celles du Kasaï Occidental.

En cinquième année, les scores nationaux s’établissent à 44% en français et 46% en mathématiques. Des résultats similaires sont observés dans la province du Katanga avec des scores de 44% en français et 47% en mathématiques. Les scores dans les deux autres provinces (Bandundu et Kasaï Occidental) semblent être plus élevés. Ce classement a priori a été soumis à une analyse statistique qui a permis d’aboutir aux conclusions suivantes:

*  En français, les élèves testés au niveau national ont des performances statistiquement identiques à celles des élèves de la province de 8andundu et de la province du Katanga. Seule la province du Kasaï Occidental a des résultats scolaires statistiquement plus élevés. Les différences, en apparence importantes, qui ont été notées entre les résultats scolaires de la province de Bandundu et l’échantillon national proviennent donc des fluctuations d’échantillonnage ;

•          En mathématiques, les résultats scolaires sont en moyenne égaux, indépendamment  de la zone géographique. Il n’existe donc aucune différence significative entre les performances des élèves en mathématiques.

2. Comparaison des performances entre 2010 et 2013

            Les performances scolaires des élèves, sur l’échantillon national, n’ont pas connu d’évolution entre 2010 et 2013. Ce résultat, valable autant en deuxième qu’en cinquième année, est également vérifié pour la province de Bandundu. Par contre, des progrès substantiels sont observés au Kasaï Occidental et dans la province du Katanga, et ceci pour les deux matières testées.

3. Comparaison de quelques indicateurs de qualité

 Les comparaisons reposent sur des indicateurs construits par le PASEC pour informer sur les performances scolaires. On distinguera dans cette analyse le niveau d’échec scolaire, qui mesure l’incapacité d’un élève à faire mieux qu’un apprenant virtuel qui répondrait au hasard aux tests administrés, et le niveau de maîtrise des connaissances de base, en dessous duquel on peut considérer que les connaissances fondamentales minimales dans un cours ne sont pas acquises.

En deuxième année, et pour le français, on note une stabilité à la fois du taux d’échec (proportion d’élèves en-dessous d’un score de 25%) et du taux de connaissances de base (proportion avec un score minimum de 40%) pour les élèves au niveau national, mais aussi pour le Bandundu.

Par contre, le taux d’échec est significativement en baisse de 9 points de pourcentage dans le Kasaï Occidental et en diminution de 21 points dans le Katanga. Les proportions d’élèves ayant obtenu un score au moins égal au taux de connaissances de base sont aussi en progression significative. Dans le Kasaï Occidental, la progression est estimée à 9,9 points de pourcentage alors que le Katanga enregistre la plus forte hausse (24,9 points). En deuxième année, et pour les mathématiques, aucun changement n’est détectable pour l’échantillon national et pour l’échantillon du Bandundu. Tout comme en français, dans le Kasaï Occidental, on observe non seulement une baisse modérée de la proportion des élèves en échec scolaire (baisse de 5,3 points de pourcentage), mais aussi une augmentation de près de 15 points de pourcentage, de la couche d’élèves ayant pu obtenir un score au moins égal à 40/100. Dans le Katanga, le changement observé dans la dernière couche (hausse d’environ 20 points de pourcentage) réside dans la réduction de la proportion d’élèves en situation critique.

            En cinquième année, et pour la langue d’enseignement (le français), aucun changement n’est observé au niveau national. Par contre, toutes les provinces enregistrent des modifications. Les trois provinces enregistrent des changements positifs traduits par des augmentations de la proportion d’élèves ayant un score d’au moins 40/100. Ces changem~nts sont plus importants dans la province du Katanga (environ 25 points de pourcentage en plus entre 2010 et 2013) et moins élevés dans le Bandundu (à peu près 10 points en plus au cours de la période sous revue).

En cinquième année, et pour les mathématiques, la tendance est à la stabilité. On n’observe qu’une seule modification significative, dans le Katanga qui avait les plus faibles performances, comparativement aux autres provinces et au niveau national en 2010. On constate pour le Katanga une baisse de 7,8 points de pourcentage du taux d’échec scolaire.

4. facteurs de qualité de l’éducation

 

• Genre et Age de l’élève

En moyenne, les filles ont des performances plus faibles (en français et en mathématiques) que les garçons au niveau national. Par contre, en fonction de la discipline et de la province évaluées, les différences ne sont pas toujours significatives.

En moyenne, l’âge de l’élève n’est pas associé avec les performances scolaires, hormis pour les performances en mathématiques en début de cycle primaire. Cependant, des associations positives sont notées au niveau des provinces et une association négative est observée dans le Bandundu.

• Participation des élèves aux travaux extrascolaires

Au niveau national, une association négative est observée entre les performances des élèves de cinquième année en français et la participation aux travaux extrascolaires. Dans la province du Katanga, cette association négative avec les performances scolaires est quasi-systématique.

• Niveau socio-économique des ménages des élèves

Au niveau national, les élèves en début du cycle primaire ont des performances qui ne dépendent pas de leur origine sociale, hormis dans le Kasaï Occidental où les élèves les plus performants proviennent de familles plus aisées.

En fin de cycle primaire, les élèves sont d’autant moins performants que le ménage auquel ils appartiennent est moins aisé. Par contre, dans le Kasaï Occidental, l’association entre le statut socioéconomique des ménages des élèves et les scores de ces derniers est mitigée. Elle est positive avec le score en mathématiques et négative avec le score en français.

• Rôle de l’enseignant

Le genre de l’enseignant est sans relation avec les performances scolaires au niveau national, que ce soit en début ou en fin de cycle. Cependant, dans le Katanga, en début de cycle primaire, les enseignantes sont plus à l’aise dans l’enseignement du français (relation positive) qu’elles ne le sont dans l’enseignement des mathématiques (relation négative). En fin de cycle dans le Kasaï Occidental, les élèves encadrées par les enseignantes sont plus performants que ceux dont les enseignants sont des hommes.  L’âge du maitre est négativement associé aux performances des élèves, que ce soit en français ou en mathématiques, et ceci seulement en début de cycle primaire. Cependant, des associations positives sont notées dans le Kasaï Occidental entre l’âge du maitre et les  performances des élèves en début de cycle (en français) et en fin de cycle (en mathématiques).

Au niveau national et en début de cycle, les élèves dont les enseignants ont le diplôme requis pour l’enseignement (D4 ou D6N/D6A) ne sont pas plus performants que ceux dont les enseignants n’ont pas ce niveau de qualification. En fin de cycle, ces élèves, encadrés par des enseignants diplômés, sont même moins performants que ceux encadrés par les autres enseignants. Par contre, dans le Katanga, en début de cycle primaire et pour les mathématiques, une association positive est observée entre la possession du diplôme requis et les performances des élèves. Ce dernier résultat est valable pour les provinces du Bandundu et du Kasaï Occidental pour les deux matières

• Rôle du directeur.

Les élèves qui fréquentent une école gérée par une femme ont des meilleurs scores en français que ceux dont les chefs d’établissement sont des hommes. Pour le même niveau d’apprentissages, cette caractéristique est négativement associée avec les performances des élèves en mathématiques dans la province du Kasaï Occidental.

L’ancienneté du chef d’école est sans relation avec les performances scolaires au niveau national. Par contre, des associations négatives sont identifiées dans le Bandundu et dans le Katanga et des relations positives sont observées dans le Kasaï Occidental.

Le fait que le directeur d’école soit titulaire d’un certificat d’animation des équipes pédagogiques joue un rôle très variable selon le contexte qui ne permet pas tirer d’enseignement à caractère général. Cette caractéristique est négativement associée avec les performances au niveau national et dans le Katanga, et positivement dans le Kasaï Occidental. Elle est sans relation avec la performance scolaire dans le Bandundu.

• Autres facteurs de qualité

Des tailles de classe de plus de 50 élèves semblent être défavorables aux apprentissages.

Le niveau d’équipement des écoles est positivement corrélé avec les performances des élèves.

La participation des écoles à des programmes tels que ceux de l’UNICEF est positivement associée aux performances des élèves, que ce soit en début ou en fin de cycle primaire.

5. Autres constats issus de l’évaluation diagnostique

En début de cycle, les élèves ruraux sont moins performants que les élèves urbains, mais seulement en français. En fin de cycle, la tendance est inversée, les élèves ruraux étant plus performants que les élèves urbains, en mathématiques.

Au niveau national, les élèves des écoles publiques conventionnées et des écoles privées semblent être plus performants que les élèves des écoles publiques non conventionnées. Des disparités existent cependant en fonction de la zone géographique analysée.

L’équipement des écoles et classes ne s’est pas fondamentalement amélioré entre 2010 et 2013. les écoles restent encore faiblement dotées.

Conclusion

L’analyse diagnostique du système éducatif de la République Démocratique du Congo

montre globalement une stabilité des performances au niveau national et dans la province de Bandundu entre 2010 et 2013. Au cours de la période sous revue, les deux autres provinces (Kasaï Occidental et Katanga) ont montré des progrès substantiels.

l’expérience du Kasaï Occidental, qui en 2010 avait les mêmes marges de progrès que la province de Bandundu et le niveau national serait intéressante à comprendre, puisqu’elle a permis de réaliser des améliorations bien plus importantes que celles observées dans les deux autres zones géographiques.

Le système éducatif présente encore des disparités liées au genre de l’élève, à l’origine sociale de sa famille ou à des caractéristiques de l’environnement scolaire (type d’école, genre de l’enseignant, etc.).

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