Kutino : entre l’espoir et le doute

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L’Archibishop Kutino Fernando en était, le 15 mai 2010, à sa quatrième année de séjour à la Prison Centrale de Makala. A la veille du cinquantenaire de son pays, la République Démocratique du Congo, ses fidèles sont partagés entre l’espoir et le doute. Côté « espoir », ils s’attendent à ce que leur pasteur soit bénéficiaire, à l’instar de nombreux concitoyens actuellement frappés de peines de privation de liberté coulées en force de choses jugées, d’un geste de clémence de la haute hiérarchie du pays. S’agissant du doute, ils se demandent si ceux qui ont décidé de le tenir loin de ses « brebis », pour au moins 10 ans, vont accepter qu’il redevienne un homme libre à l’occasion du 30 juin 2010 et qu’il se remette au service de ses compatriotes, dans le créneau qui est le sien, celui de la spiritualité.

Beaucoup croient qu’il est victime d’un sort injuste. A cet effet, le film de ses ennuis judiciaires montre qu’en juin 2003, peu avant l’entrée en fonction du gouvernement de transition placé sur le Régime 1+4 (1 Président et 4 Vice-présidents), dans le souci de sensibiliser les Congolais à la réconciliation, à la paix, au patriotisme et à la reconstruction de leur pays, il lance le mouvement « Sauvons le Congo ». Alors que le commun des Congolais l’accueille avec enthousiasme et y adhère en masse, la surprise va venir de ses collègues ministres de Dieu, qui le soupçonnent d’avoir créé un « mouvement subversif ».

Aussi, le 09 juin 2006, date annoncée pour une grande réunion de prières et le coup d’envoi officiel de « Sauvons le Congo », les services spéciaux dispersent brutalement des centaines d’invités et adhérents, au siège de son église, sur l’avenue de l’Enseignement, et scellent les lieux, non sans avoir pillé ou saccagé les équipements électroniques et audiovisuels. Papa « Archi » part en exil, en France. A son retour 3 ans après, au mois de mai 2006, il trouve au pied de l’avion à N’Djili-Aéro, un protocole fort étrange : une escorte de la police venue, dit-on, pour le « sécuriser ». Des milliers de sympathisants mobilisés pour son accueil le voient passer comme l’éclair.

Et, une semaine après, indique-t-on, au terme d’un impressionnant culte religieux au stade Tata Raphaël, le 14 mai 2006, il est interpellé par la police puis mis aux arrêts. Trois griefs sont mis à sa charge par le magistrat militaire qui se saisit de son dossier : détention illégale d’armes et munitions de guerre, incitation à la haine raciale et à la xénophobie. 24 heures après, il est jeté, comme un malfrat, à la prison centrale de Makala.

Aucune preuve des allégations portées contre lui n’ayant été apporté par le ministère public, soutiennent ses avocats, le procès se termine par son blanchiment complètement. Mais, alors qu’on s’attend à ce qu’il rentre tranquillement chez lui, l’accusation sort de sa manche une nouvelle infraction : tentative d’assassinat sur la personne d’un de ses collègues pasteurs, en complicité avec le Bishop Bompere, et association des malfaiteurs. A l’analyse des faits, on constate que ni Kutino, ni Bompere, ni encore moins le témoin à charge, aujourd’hui présenté comme décédé sans en fournir la moindre preuve, ne sont sur le lieu présumé du crime. L’Archibishop Kutino est même signalé en dehors du pays, dans son exil.

C’est sur base de cette accusation montée de toutes pièces, se plaignent ses fidèles, qu’il a été condamné à 10 ans de prison. Aussi adressent-ils leurs prières à qui de droit pour lui rendre justice, dans le cadre des festivités du cinquantenaire de la République, en décidant sa sortie d’une prison qu’il ne mérite pas.

Jacques Kimpozo

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