Kinshasa : ville morte non décrétée

0
11

 

Kinshasa a donné hier l’image d’une ville morte. Outre le mot d’ordre de grève lancé par les conducteurs des véhicules de transport en commun et taxis, l’orage qui s’est abattu sur la ville en a ajouté davantage à ce spectacle désolant. Des bruits couraient depuis le week end dernier selon lesquels les conducteurs des véhicules de transport en commun allaient débrayer. Mais comme toujours les kinois, comme à leurs habitudes, n’ont pas pris au sérieux cette menace, espérant que cela ne se réaliserait pas dans la mesure où les  exigences du système de l’informel ne s’en accommodent guère.
  Dès 6 heures du matin, les différents arrêts de bus et autres taxis étaient déserts. Les écoliers, agents des entreprises privées commerciales, fonctionnaires de l’Etat et autres « casseurs des cailloux » piaffaient d’impatience à la recherche d’un moyen de transport pour rejoindre leurs lieux de travail. Des jurons fusaient de partout et se sont intensifiés lorsque le ciel s’est brusquement obscurci laissant entrevoir l’imminence d’une forte pluie sous forme d’un orage. Chacun tenait à sauter sur n’importe quel moyen de transport et les véhicules privés qui passaient devant les arrêts de bus étaient interpellés par ceux-là qui étaient tenus par leur horaire contraignant d’arrivée au service ou à leur lieu de travail.
 
Absence de «mabonza »
 
Ce qui a surpris plus d’un kinois, c’est l’absence  quasi totale des agents de la police de roulage aux différents ronds-points et autres carrefours de la ville surtout aux heures de pointe matinale. Les quelques automobilistes privés qui se pressaient pour rejoindre leurs lieux de services ou pour aller déposer leurs enfants à l’école n’ont pas eu trop de peine pour se frayer un passage. La circulation était fluide comme celle des jours fériés avec comme note particulière, l’absence de ces agents de la police de roulage. 
Il se raconte que dès le week-end dernier, les conducteurs des véhicules de transport en commun n’ont cessé de se moquer des agents de la Police de roulage en leur criant : « bokozanga mabonza » le lundi prochain. Avertis d’avance, ces derniers ont carrément déserté leurs lieux d’affectation et c’est vers 15 heures que l’on a pu en apercevoir quelques uns qui ont pu se trouver un moyen de transport.
 
Ville paralysée
 
Faute des moyens de transport en commun, outre les écoliers et les étudiants, l’on a remarqué que tous les instituts supérieurs et toutes les écoles primaires et secondaires sont restés vides. Les parents disposant de leurs propres véhicules de transport se sont retrouvés fort gênés d’abandonner leurs enfants seuls dans des écoles, sans enseignants ni surveillants. Par mesure de précaution, certains ont résolu de repartir avec leurs enfants surtout lorsque l’orage a commencé à s’abattre sur la ville. 
Les usines, magasins, bureaux, banques commerciales privées, n’ont commencé à ouvrir que vers dix heures trente voire midi. Certains établissements ont travaillé à guichets fermés par mesure de prudence. Bref, d’une manière générale, les activités ont fonctionné au ralenti. C’est ainsi que la circulation a été fluide durant toute la journée. Le Boulevard du 30 juin a offert une image piteuse : véhicules rares, piétions rares à part les inévitables « shègues », magasins peu ou pas ouverts, chantiers fermés, il en a été de même sur les autres avenues parallèles de ce boulevard, notamment Colonel Lukusa,  Justice, Colonel Ebeya, Commerce, Tombalbaye, Roi Baudouin, etc. Comme bon nombre des magasins n’avaient pas ouvert leurs portes particulièrement sur le boulevard du 30 juin, les avenues du Commerce, Tombalbaye, Ebeya, et comme il n’y avait pas l’ombre d’un agent de la Police de roulage se sont transformées en demi-terrain de football des inévitables « shègues ». Seuls quelques vendeurs à la criée étalaient leurs marchandises tout en guettant les coins et recoins d’où pourraient surgir les agents de la Police communale dépêchés pour nettoyer la ville en prévision du 14ème Sommet de la Francophonie prévu pour le mois d’octobre prochain.
Selon certains bruits provenant des autres communes de la capitale, la même situation de ville morte a été vécue partout. La vie a repris à partir de treize heures. La grande circulation semble avoir repris vers 16 heures dès lors que les conducteurs se sont rendu compte de l’absence des agents de la Police de roulage. 
 
F.M. 

 

LEAVE A REPLY

*