Kinshasa : troublants coups de force manqués

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Depuis l’époque de Mobutu, les coups de force manqués dans l’ex-Zaïre comme en RDC s’enchaînent et tendent à se ressembler. On peut citer, de mémoire, l’affaire des Conspirateurs de la Pentecôte avec Kimba, Bamba, Mahamba et Anany, l’affaire Licopa, l’affaire Kudiakubanza avec Matanda et compagnie, l’affaire du Coup d’Etat monté et manqué avec les Conspirateurs Mpika, Tshikeva, Omba et consorts, l’affaire des Terroristes avec Kalume et consorts, l’affaire de Mutins de la Voix du Zaïre, l’affaire EricLenge, l’affaire des insurgés de la Pentecôte, l’affaire Munene, l’affaire des adeptes du Pasteur Mukungubila et, il y a 48 heures, l’affaire de l’attaque du Camp Tshatshi par une vingtaine de « malfrats » armés de pistolets, machettes et couteaux.

            Le trait commun de toutes ces attaques armées visant tantôt les résidences présidentielles, tantôt l’aéroport international de N’Djili, mais le plus souvent le Camp Tshatshi et la Cité de la Radio-Télévision Nationale Congolaise est qu’elles ont pour toile de fond le renversement des institutions de la République et de leurs animateurs. Qu’ils soient armés de kalachnikov, de grenades, de machettes, de couteaux, de flèches ou de bâtons, les auteurs de ces actes inciviques lancent à l’armée nationale, à la police et aux services de sécurité, des défis qui paraissent insensés, compte tenu du grave déséquilibre de force entre les deux camps.

            Mais pourquoi, en dépit de la certitude de ne pas réussir leurs missions suicidaires, persistent-ils à tenter l’impossible ? Le commun des Congolais est troublé de constater qu’à chaque tentative manquée de déstabilisation des institutions légales à partir de Kinshasa succède, à cycles réguliers, une autre. La facilité avec laquelle l’on enregistre des cas de récidive jette le doute dans les esprits. Certains Kinois commencent à se demander, au fil du temps, s’il s’agit réellement des coups de force manqués ou des mises en scène. Face à la divergence de perception des opérations armées qui, au-delà des menaces qu’elles font peser sur les institutions, mettent aussi leurs vies et biens en danger, des millions de résidents de Kinshasa voudraient voir les gestionnaires de ces dossiers ultra-sensibles d’une part les décortiquer à fond et, d’autre part, prendre les dispositions requises pour décourager, une bonne fois pour toutes, leurs exécuteurs et commanditaires.

Risque de démobiliser les Kinois

Kinoises et Kinois ont déjà démontré à qui de droit à quel point ils tiennent à leur sécurité, ainsi qu’à celle de leurs biens. L’on se souvient qu’en août 1998, lorsque la coalition des rebelles congolais, rwandais et burundais avaient tenté d’occuper la capitale, la population était allée au-delà de la simple dénonciation des « infiltrés », en les attaquant à main nue ou avec des armes blanches, jusqu’à les neutraliser, apportant du coup une contribution décisive à la contre-offensive des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) contre un ennemi commun.

            La population civile avait spontanément répondu au mot d’ordre de Mzee Laurent Désiré Kabila l’invitant à la défense de la patrie, parce qu’il n’y avait aucune équivoque quant à la nature du péril qui menaçait Kinshasa. C’est loin d’être le cas aujourd’hui, suite au flou qui entoure les résultats des enquêtes que la justice civile et militaire déclenche après chaque incursion armée étouffée au cœur de Kinshasa. Même lorsque des « insurgés » ou « inciviques » écopent de lourdes peines d’emprisonnement ou de la peine capitale, des zones d’ombres persistent quant à leur modus operandi et à leurs lieux de provenance, aux identités de leurs commanditaires, à leurs sources de financement et d’approvisionnement en armes, à leurs revendications politiques ou sociales, aux faiblesses du système urbain de défense, aux complicités éventuelles dont bénéficieraient les « assaillants » au sein de l’armée, de la police ou des services spéciaux, etc.

            Si les Kinois, jaloux de la paix et de la sécurité dans leur ville, commencent à avoir le sentiment qu’il y aurait des dysfonctionnements dans la sécurisation des sites stratégiques déjà attaqués dans le passé par des bandits armés, il faut craindre le risque de démobilisation dans leur chef. Pour les rassurer, il n’y a pas d’autre moyen que de tirer au clair les deux dernières affaires en date, à savoir celle des insurgés du pasteur Mukungubila et des « inciviques » non encore identifiés et étiquetés du mardi 22 juillet 2014. C’est le lieu d’en appeler vivement à l’accélération de la collecte des données de nature à fixer les esprits sur ce qui s’est réellement passé dans le périmètre du Camp Tshatshi, il y a 48 heures.

                                               Kimp

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