Kinshasa toujours à la merci des catastrophes naturelles

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DE72FD~1Il a suffi, l’espace de deux nuits consécutives, que des pluies diluviennes d’une ampleur exceptionnelle s’abattent sur la ville de Kinshasa, pour que la capitale congolaise se découvre un nouveau visage, celui de vaste zone sinistrée. Dans certains quartiers les plus touchés, notamment Des Marais, De Bonhomme, Kingabwa et Ndanu, pour ne citer que ceux-là, on a vécu le déluge biblique «  version kinoise » avec des dégâts immenses dont le bilan définitif n’a pas encore été établi.

Des parcelles et de rues entières sous eaux, on a vu des bâtiments inondés jusqu’au niveau des toitures, des occupants emprisonnés sollicitant des secours à travers les claustras, des véhicules engloutis incapables d’être tractés, des mobiliers, des vaisselles et autres biens domestiques emportés par les vagues en furie.

Pire, enfants, vieillards et malades ballottés dans les flots des eaux. Les câbles électriques devenus des dangers permanents, des risques d’électrocution guettaient les naufragés et les secouristes. Comble de tout : des collecteurs et caniveaux transformés en torrents, ont apporté une touche apocalyptique à ce paysage de déluge.

La fourniture du courant interrompue à temps, heureusement, par précaution, la catastrophe de vaste envergure a été évitée de justesse.

Devant ces images apocalyptiques insoutenables, quelques volontaires se sont hasardés à jouer les sauveteurs, sans moyens adéquats. Pas de pirogues, pas de bouées ou des gilets de sauvetage, pas câbles de traction des sinistrés. Sur les lieux, pas de pompiers, ni des nageurs professionnels, ni même des éléments des unités de la police chargés de la protection civile. Et aucune ambulance. Les premiers témoins, secouristes anonymes improvisés, sans formation particulière, ont paré au plus pressé. C’est ici qu’il faut saluer leur courage et leur rendre hommage pour leurs actes héroïques exceptionnels. C’est grâce à ce bataillon des bénévoles que de nombreuses vies humaines ont été sauvées. Aucun service de l’Etat, ni dirigeant officiel, n’a vanté leur mérite.

Comment la ville de Kinshasa se prépare-t-elle aux catastrophes sans services de protection civile ?

Aujourd’hui que la météo peu clémente annonce des pluies torrentielles jusqu’à la Noël, les Kinois se posent des questions sur le sort des quartiers inscrits dans le répertoire des zones à hauts risques.

Quelles sont les dispositions que les autorités urbaines ont-elles prises ou devront adopter pour sécuriser durablement les habitants de tous ces quartiers dans les années à venir ? Quelle est la structure appropriée de protection civile à mettre sur pied pour combler les carences ? A combien s’élèvera son budget de fonctionnement ? Quand seront recrutés ses futurs techniciens et seront acquis son équipement et ses véhicules d’intervention ? Quels seraient ses numéros d’appels téléphoniques par lesquels on pourrait les atteindre pour donner l’alerte et solliciter leur descente sur les lieux de catastrophe ?

Où serait située sa base opérationnelle ?  Où seraient installées ses différentes équipes d’intervention, prêtes à débarquer sur les lieux de sinistres pour voler au secours des victimes ?

            Si pour demain, on ne sait pas encore ce qui sera exactement fait, il est aussi inquiétant de relever que pour les premiers cas de sinistrés, ceux enregistrés jusqu’ici, la situation est encore floue. On n’a pas recensé toutes les victimes de dernières inondations, par rapport à leurs quartiers. On n’a pas évalué les besoins élémentaires pour les secours d’urgence, en termes d’abris provisoires, de provisions alimentaires, des vêtements et des soins médicaux. Toujours pas de cellule d’encadrement psychologique.

            Combien, faute de logements, ont regagné leurs anciens domiciles, prenant de nouveaux risques ?  Combien se sont relogés ailleurs par leurs propres moyens ? Combien ont été pris en charge par des familles généreuses ? Quel est le site sécurisé où les autres sinistrés ont été localisés ? Combien des tentes ont été disponibilisées ? Quelles sont les ONG qui ont été mobilisées pour la distribution des aides humanitaires ? Et qu’est-ce qui est prévu pour les futures catastrophes de ce genre ?

            Car, dit-on, gouverner, c’est prévoir. Et prévoir, c’est anticiper sur les événements et les catastrophes. Aujourd’hui, rien ne doit relever des improvisations. Nous croyons qu’ à la lumière de ces inondations catastrophiques que la ville de Kinshasa vient d’enregistrer, tout doit être fait pour éviter que pareille situation ne se reproduise plus. Pour ce faire, les services des Affaires foncières devraient s’abstenir de délivrer des titres de propriété sur les zones à hauts risques d’inondations, rongées par les ravins et menacées par des érosions. L’administration urbaine police ne devrait pas laisser cette anarchie foncière installer ses racines, le long des rivières ou cours d’eau ou le long des collecteurs et caniveaux.

            Le rétablissement de l’autorité de l’Etat devrait se manifester également à l’égard des agents de services de la Conservation des titres immobiliers qui encouragent l’occupation anarchique de ces zones « non edificandi ».

            Avec les retombées de conséquences de dernières inondations, les observateurs souhaitent voir l’application sans faille de la législation en vigueur, ou des textes réglementaires pris par les autorités urbaines pour éradiquer l’anarchie foncière dont on dit qu’elle a la peau dure dans la ville de Kinshasa.

                                 J.R.T.