Kinshasa-Paris : le grand dégel

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bc9ed47b1751d7e17511d71dddfd24c0c65dc3edEn octobre 2012, à la veille du Sommet de la Francophonie à Kinshasa, le ciel des relations entre la République Démocratique du Congo et la France était plein de nuages. La fracassante déclaration du candidat Hollande, martelant qu’il ne fréquenterait pas les Chefs d’Etat mal élus ainsi que le flou qui planait autour du procès des assassins du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya, n’étaient pas pour favoriser le rapprochement. On avait ainsi craint, jusqu’à la dernière minute, un forfait du successeur de Nicolas Sarkozy. Et pendant son tout premier séjour à Kinshasa, François Hollande avait affiché publiquement une attitude qui donnait à croire qu’il n’était pas un familier du président congolais.

            Aussi, l’annonce d’une visite officielle de Kabila en France a-t-elle constitué une petite surprise et suscité une vif intérêt chez les observateurs, qui cherchaient à savoir si les choses avaient, depuis lors, évolué positivement entre Kinshasa et Paris. Arrivé dans la capitale française dans la soirée du mardi 20 mai 2014, le président congolais, Joseph Kabila, a eu un tête-à-tête hier mercredi 21 mai, au Palais de l’Elysée, avec son homologue français, François Hollande. L’événement était marqué d’une solennité qui a confirmé le grand dégel dans les relations entre les deux pays.

On a ainsi appris que les deux hommes d’Etat ont échangé autour de plusieurs sujets, dont la crise en République Centrafricaine, la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, la coopération bilatérale, les droits de l’homme, les violences sexuelles, etc. S’agissant de la RCA, Joseph Kabila et François Hollande ont partagé leur souci de s’impliquer davantage, à travers la Misca (Mission Internationale pour la Sécurité en Centrafrique), pour le retour de la paix et de la stabilité dans ce pays. Les deux chefs d’Etat sont d’accord que leurs contingents militaires respectifs accompagnent l’opération de maintien de la paix que les Nations Unies compter déclencher à partir du 15 septembre 2014 et que celle-ci ait pour socle les forces africaines présentes en territoire centrafricain.

La France, indique-t-on, souhaite que le contingent congolais, composé de 850 militaires et 150 policiers, puisse rester opérationnel en Centrafrique tant que se ferait sentir le besoin de sécurisation et de stabilisation de ce pays d’Afrique.

Non à la balkanisation du Congo

            S’il y a un message qui a particulièrement réchauffé les cœurs des Congolais, c’est celui du président français appelant à l’intangibilité des frontières de la République Démocratique du Congo. Cela fait penser, naturellement, aux menaces de déstabilisation et de balkanisation du grand Congo dans sa partie Est orchestrées par des forces négatives instrumentalisées par le Rwanda et l’Ouganda. A ce propos, François Hollande est allé droit au but, saluant les efforts déployés par l’armée congolaise, avec le concours des forces onusiennes, pour décapiter les rebelles du M23 et de l’ADF/Nalu.

Dans la foulée de leurs entretiens, Kabila et Hollande ont discuté des opportunités de consolidation et de diversification de la coopération bilatérale, notamment à travers des échanges économiques et humains plus accrus, des projets d’investissement dans les secteurs des transports, des infrastructures de base, des ressources naturelles, etc. L’état des lieux a montré qu’il y a déjà, en faveur de la RDC, des avancées dans les domaines de l’enseignement primaire, de la formation professionnelle, de l’accès à l’eau potable, de la gouvernance financière.

            L’autre volet du message de François Hollande s’est focalisé sur la protection des libertés politiques, la lutte contre les violences sexuelles, la stabilité des institutions, la défense des droits de l’homme. Les observateurs pensent que le locataire de l’Elysée a voulu attirer l’attention des hommes au pouvoir en RDC sur les dérapages qui s’observent encore dans l’apprentissage de la démocratie et le difficile cheminement  du pays vers l’Etat de droit.

                                Kimp

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