Kinshasa-M23 : la bataille de New York !

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ONU1pgPendant que les Concertations nationales amorcent le dernier virage avec la finalisation des rapports des Etats généraux en plénières, le dossier RDCongo vient de quitter brutalement Kampala pour le 68me Assemblée générale de l’ONU (Organisation des Nations Unies). En effet, au nombre des matières à examiner par les Chefs d’Etat et de gouvernement figurent les pourparlers de Kampala entre Kinshasa et le M23, dans leurs volets à la fois politique, diplomatique, militaire, sécuritaire, économique, social et humanitaire.

Les observateurs pensent que ce choix a été dicté par le souci du facilitateur, Crispus Kiyonga, ministre ougandais de la Défense, de sortir de l’impasse dans laquelle semblent s’enliser les négociations, au vu de l’incapacité de Kinshasa et du M23 de vider leurs divergences autour des termes de leur future collaboration. Dans l’entendement des « Grands » de la planète, l’Accord-cadre d’Addis-Abeba devrait avoir pour point de chute la conclusion d’un compromis global entre le gouvernement congolais et ce mouvement rebelle, qui sont en négociations dans la capitale ougandaise depuis décembre 2012.

Ce qu’il faut craindre à New-York est que la voix du Congo ne soit étouffée par celles du Rwanda, de l’Ouganda, du Secrétaire général des Nations Unies, des représentants de l’Union Européenne, de l’Union Africaine et de plusieurs décideurs du Nord. En effet, aussi bizarre que cela paraisse, la communauté internationale adhère plus à la thèse de la crise congolo-congolaise qu’à celle de la guerre d’agression imposée à la RDC par ses deux voisins belliqueux de l’Est.

Bien que plusieurs rapports des experts des Nations Unies et des Ong internationales de défense des droits de l’homme attestent que le M23 bénéficie des soutiens politiques, militaires, logistiques et financiers des régimes de Kampala et Kigali, l’on constate un grand malaise dans le concert des Nations lorsqu’il s’agit de condamner publiquement les deux Etats et surtout de les sanctionner. Le refus de cheminer dans cette voie tient au fait qu’il existe un grand flou autour des activités des forces négatives tant congolaises qu’étrangères, dont on accuse le gouvernement congolais d’entretenir quelques unes.

Et, en avant-scène, le Rwanda s’est toujours plaint de vivre sous la menace des combattants FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), considérés comme alliés des FARDC. Le non-dit d’une telle tiédeur est que pour espérer avoir la paix, la sécurité, le progrès socio-économique, les Congolais doivent commencer par balayer eux-mêmes leur cour intérieure.

Bien que cela ne plaise pas aux gouvernants de la RDCongo, le message de la communauté internationale se veut un appel à la cohabitation entre Kinshasa et le M23, sous des conditions à définir à partir de l’Accord du 23 mars 2009 actualisé, mais en harmonie avec l’Accord-cadre d’Addis-Abeba ainsi que les préoccupations sécuritaires pertinentes de l’Ouganda et du Rwanda.

Kinshasa au pied du mur

 Avec le transport du dossier de la guerre de l’Est à New York, dans une vision sécuritaire beaucoup plus régionale que nationale, c’est l’occasion tant rêvée, pour le gouvernement congolais, de jouer cartes sur table. Kinshasa est appelé à se départir de ses réserves inexpliquées face au Rwanda et à l’Ouganda à la tribune des Nations Unies pour convaincre. C’est maintenant ou jamais que les délégués congolais devraient signifier au monde entier que le dialogue avec des criminels est sans objet car la place de ceux-ci se trouvent ni dans l’armée, ni dans la police, encore moins dans les institutions de la République, mais plutôt à la CPI. Le discours sur l’autodissolution du M23 devrait être clamé avec force aux Nations Unies. L’occasion faisant le larron, la délégation congolaise devrait en profiter pour déposer, au Secrétariat général de l’ONU, la liste actualisée des mutins du M23 non éligibles à une éventuelle amnistie. Si les représentants du peuple congolais commettent, comme par le passé, le péché de laisser aux « autres » le soin de deviner les « agresseurs » et de juger de les sanctionner ou non, la voie sera alors largement ouverte à un nouveau cadeau empoisonné à rentrer partager avec le M23 à Kampala.

Si la RD Congo perdait la bataille de New York…

Dans l’hypothèse où la diplomatie congolaise se montrerait incapable de démontrer la nocivité du M23, de l’Ouganda et du Rwanda à sa paix, à sa souveraineté, à son intégrité territoriale et à son développement, le peuple congolais ne devrait pas s’étonner de voir le statu quo ante perdurer dans la partie Est du pays. En d’autres termes, la Républiquette autonome en gestation dans le territoire de Rutshuru pourrait jouir d’une plus grande reconnaissance internationale et ses dirigeants, bien que notoirement connus comme des criminels, tolérés comme des acteurs incontournables de la paix et de la stabilité dans la région des Grands Lacs.

 Une défaite diplomatique congolaise à New York aurait comme autre conséquence de disqualifier les Concertations Nationales dans leur rôle de restauration de la cohésion nationale, de la réconciliation nationale, de la paix, de l’autorité de l’Etat, de la bonne gouvernance, de la justice, de la prospérité, etc. Dans ce cas, tous ceux qui en sont exclus auraient raison de n’avoir pas souscrit à un forum ignoré de la communauté internationale.

New York apporterait ainsi à tous la preuve irréfutable que le sort du Congo se joue non pas à Kinshasa, mais à Kampala

                                               Kimp

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