Kinshasa de nouveau sous la botte des «Kuluna»

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Bandalungwa : dans une terrasse sur avenue Inga, quelques clients taillent bavette autour d’un verre de bière ou de limonade. D’autres se désaltèrent tout en grignotant quelques morceaux de cabri grillé. Il est 22 heures. Soudain, va surgir d’une rue proche, une horde des jeunes Kulunas dotés des armes blanches qui va ceinturer ce débit des boissons et menacer les passants, les clients et les barmen. 

            «Que personne ne bouge ! Les Kulunas sont là ! Tu donnes les téléphones et de l’argent et on te laisse partir» tonne celui qui apparaît comme le chef de bande. Avec sa machette, il avance à la première table qu’il fait voler en éclats en guise d’intimidation. Les victimes s’exécutent sans résistance. Son acolyte, le regard de dédain balayant aux alentours, se charge de ramasser les appareils cellulaires déposés sur les tables et les fourre dans un sac. D’autres marginaux pénètrent à la caisse et font main basse de toutes les recettes de la journée, pendant que le gérant apeuré a mouillé son pantalon.

            En moins de 20 minutes, ces bandits en herbe âgés entre 16 et 25 ans, ont vidé les lieux, emportant un gros butin et laissant derrière eux leurs victimes en état de traumatisme.

            Matete. Un volcan en éruption vient de cracher ses laves au quartier Ngilima. Il s’agit de l’Ecurie Boa ya mayi, cette bande des «Kulunas» qui sème la terreur dans les quartiers Kunda, Anunga, Tomba. Ses passages sur certaines avenues laissent des traces dans les terrasses et boutiques des environs. Des tessons de bouteilles et de verres jonchant le sol par-ci par-là, des chaises en plastique et des parasoleils emportés, des casiers des bières transportés sur les épaules, quelques victimes blessées aux couteaux et saignant abondamment couraient vers des centres médicaux proches. Les témoins traumatisés par des scènes de violences, n’osaient plus sortir de leurs domiciles.

            Yolo. Il est 20 heures. Sur un pont reliant ce quartier à celui de Kimbangu, une meute des marginaux fume du chanvre. Les piétons qui empruntent ce passage sont soumis à une fouille systématique. Montre-bracelets, bijoux, téléphones portables et billets de banque sont arrachés non sans menaces. Comme pour afficher leur cruauté, ces délinquants drogués à souhait vont administrer des coups de pied et des poings aux plus démunies de leurs victimes. L’une d’elles est blessée au bras avec un couteau à la lame tranchante.

            On ignore par contre ce qu’il est advenu des adolescentes qui sont passées cette nuit-là par ce pont. Dieu seul sait si elles n’avaient pas été brutalisées ou sauvagement violentées.

            Dans nos communes, on sait ce que coûte pour les jeunes filles, la réputation d’avoir été violée par plusieurs bandits à la fois.

            Lingwala. Le marché communal va fermer ses portes vers 2 heures du matin. A cette heure avancée de la nuit, quelques ivrognes titubant longent les rues sombres pour regagner leurs résidences. Dans des coins sombres, plusieurs paires d’yeux guettent leurs mouvements. Ce sont des proies faciles sur lesquelles vont s’abattre des fumeurs de chanvre qui après les avoir dépouillées, ont pris une destination inconnue.   

La loi du plus fort s’enracine lentement, mais sûrement à Kinshasa   

            Pendant que chaque jour, la presse écrite étale ses manchettes sur les agressions, les chaînes de télévision dévoilent l’horreur subie au quotidien par des victimes aux crânes défoncés, bras tailladés, d’autres expédiées dans les morgues. Si dans toutes les communes, les plaintes fusent dans la plupart des quartiers, la colère ne cesse de monter de plusieurs crans, les habitants pris en otage dans cet enfer de la criminalité, entrevoyent de se prendre en charge pour parer au plus pressé, comme à l’époque des brigades d’autodéfense populaires.

            Il est vrai que la série des opérations de police « coups de poing » n’ont pas assagi les malfaiteurs en herbe, ni le transfert des vagues des Kulunas à Kanyama Kasese, Buluwo, Osio et Bandundu, n’a pas réussi à éradiquer le phénomène.

            Les quelques procès en matière de flagrance tenus dans certains quartiers et fortement médiatisés, ont plutôt offert une certaine notoriété aux sinistres délinquants inconnus.

Par cette médiatisation, il paraît qu’on a suscité de nouvelles vocations chez les marginaux en quête de vedettariat.

            Comme si ces monstres en miniature avaient percé le secret de l’impunité, au lendemain des arrestations spectaculaires par des équipes des policiers, des contacts pris avec certains officiers aboutissent par le paiement des amendes transactionnelles. Le cas du kuluna «  Tsukuma » de Bandalungwa est un cas illustratif de ce phénomène. Maintes fois appréhendé sur pliantes des victimes, ce jeune bandit n’a jamais franchi la porte d’entrée des maisons de détention citées ci-haut. Son « brevet d’invincibilité » est toujours intact. Quelques voisins de ses parents, excédés par ces crimes, l’ont dénoncé à plusieurs reprises auprès des postes de police. Le temps d’être présenté à un OPJ instructeur et de le saluer en rappelant qui le protège, le voilà toujours en liberté.

            Le jour de sa libération, comme pour narguer ses victimes, il va parader avec ses acolytes, en signe de victoire, sur les principales artères de son fief.

            Pour la plupart des victimes, des questions se posent. L’opération tolérance zéro Kuluna est-elle devenue un slogan creux ? Les Kulunas célèbres ont-ils acquis une immunité face aux forces de police ? Le banditisme sécrété par ces marginaux a-t-il acquis droit de cité ?

            Au moment où l’on s’interroge sur la problématique de cette nouvelle forme de violences urbaines, des échos nous parviennent que certains malfaiteurs appréhendés pour avoir participé à des cas de vols à main armée aux côtés des hommes en uniforme, avaient été relâchés, alors qu’ils attendaient d’être présentés devant leurs juges pour un procès en règle. Pourtant, dans les dossiers judiciaires ouverts à leur charge, ils étaient passés aux aveux, et certaines pièces à conviction témoignaient de leur appartenance aux associations des malfaiteurs, ainsi que de leur participation aux crimes.

            Aujourd’hui, les populations de Kinshasa habituées à prolonger tard leurs soirées, réclament des responsables de la ville que des actions de répression plus renforcées soient déployées pour tenter d’enrayer le fléau.

            Comme il est facile de raser les constructions anarchiques, il doit être plus aisé de traquer ces hors-la-loi et de mettre un terme à leurs odyssées criminelles. C’est question d’organiser un ratissage à grande échelle, une perquisition des «  termitières » des marginaux, d’administrer des coups de pied dans la fourmilière pour voir ces sanctuaires des monstres en miniature perdre de leur dangerosité.

La justice doit travailler de concert avec la police, et veiller à ce que les bandits ne soient pas remis en liberté sans avoir purgé leurss peines d’emprisonnement.   

 J.R.T.

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