Kinshasa-Bruxelles : nouvelle escalade !

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Dans un communiqué daté du 24 janvier 2018, le gouvernement congolais
fait savoir à son homologue belge la cessation immédiate des activités
de la Nouvelle Agence Belge de Développement en République
Démocratique du Congo. Quant à la Maison Schengen, frappée elle aussi
de fermeture de facto, un moratoire va lui être accordé en vue de
faciliter les modalités de son « démantèlement ». Sa durée sera
précisée incessamment. Selon Kinshasa, chacun des Etats membres de
l’espace Schengen, à savoir la Belgique, le Luxembourg, la France, les
Pays-Bas, l’Allemagne et l’Italie, devrait s’organiser pour rétrocéder
les formalités consulaires à leurs ambassades, comme cela se faisait
dans le temps.
Contrairement à ce que l’on était tenté de croire, l’étape de la
menace est dépassée. Les autorités congolaises sont passées à la
vitesse supérieure, c’est-à-dire à celle de représailles contre la
décision du gouvernement belge portant suspension de la coopération
bilatérale et réaffectation d’un fonds de l’ordre de 25 millions de
dollars aux Organisations non gouvernementales opérant en territoire
congolais.
D’autres sanctions réciproques sont à redouter entre Kinshasa et
Bruxelles, d’autant que dans le même créneau, on a enregistré l’année
dernière des mesures réciproques portant sur des restrictions d’octroi
des visas et de transactions financières, après que la Belgique a été
la première à ouvrir les hostilités, pour cause de non respect de
l’Accord du 31 décembre 2016 et de violations des droits de l’homme.
Les données en présence indiquent que Kinshasa ne veut pas d’une
quelconque ingérence belge dans ses affaires intérieures alors que du
côté de Bruxelles, ancienne puissance colonisatrice, l’inclinaison au
droit de regard sur la marche des affaires politiques et autres en RDC
reste très forte, notamment au nom de l’aide au développement. Mais
les querelles de ménage sont si courantes entre la Belgique et la RD
Congo que d’aucuns pensent qu’au nom de leurs liens séculaires, aucune
des parties ne se hasarderait à franchir la ligne « rouge », à savoir
celle de la rupture des relations diplomatiques.
COMMUNIQUE DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
1 Dans un  communiqué de presse conjoint daté du 10 janvier 2018, le
Vice-premier Ministre. Ministre des Affaires Etrangères et le
Vice-premier Ministre, Ministre de la Coopération au Développement du
Royaume de Belgique avalent annoncé, à l’issue d’un débat à huis clos
devant la Commission des Relations extérieures de la Chambre des
Représentants de Belgique, une série de mesures concernant la
coopération  bilatérale avec le République Démocratique du Congo.
C’est avec surprise et indignation que le Gouvernement de la
République avait appris, par voie de presse, en dehors de toute
tradition diplomatique, lesdites mesures;
2 En date du 15 janvier 2018 lors de la Sixième Réunion Extraordinaire
du Conseil des Ministres sous la présidence du Premier Ministre, Chef
du Gouvernement, le Gouvernement de la République Démocratique du
Congo avait regretté que les autorités belges aient choisi ainsi de
gérer les relations bilatérales par le biais de la presse. Le
Gouvernement congolais  avait pris acte et avait informé l’opinion
qu’il ferait connaître le moment venu sa réaction quant à ce et
informerait le partenaire belge des mesures de réciprocité appropriées
par le canal diplomatique ;
3 En date du 24 janvier 2018, le Gouvernement à travers le Ministère
des Affaires Etrangères et Intégration Régionale a transmis par voie
diplomatique au Royaume de Belgique, les mesures projetées. lesquelles
se déclinent en deux volets: 1. Cessation immédiate des activités de
la nouvelle agence belge de développement (ENABEL), son déploiement en
République Démocratique du Congo ne se justifiant plus suite à la
décision belge. 2. Démantèlement du dispositif consulaire dénommé
«Maison Schengen », les ambassades concernées devant reprendre leurs
responsabilités en la matière dans un délai qui sera communiqué par
voie diplomatique;
4 Le Ministère des Affaires Etrangères et Intégration Régionale
affirme que la coopération au développement belge n’est ni
indispensable aux autorités congolaises ni vitale pour la vaillante et
mature population de RDC et du reste, n’a pas été demandée par les
autorités congolaises. Certains partenaires mieux disants peuvent par
contre aligner à vue d’oeil des réalisations que tant la population et
les autorités congolaises utilisent avec satisfaction au quotidien;
5. En fait, sur le concept de coopération au développement, deux
acceptions divergentes s’affrontent entre la République Démocratique
du Congo et le Royaume de Belgique. D’une part, pour la RDC, le besoin
d’une coopération axée sur le renforcement des structures de base pour
accompagner le décollage économique du pays au potentiel énorme, gage
d’une justice redistributive et d’autre part, pour la Belgique, une
coopération réduite aux interventions humanitaires ponctuelles, pour
ne pas dire philanthropiques, paternalistes voire missionnaires,
rappelant une certaine onomastique de notre Etat lors d’épisodes
sombres de son existence au 19ème siècle;
6. Le Ministère stigmatise en outre la volonté de détermination
unilatérale par la partie belge des domaines d’affectation de son
apport à la coopération, en violation flagrante de la Déclaration de
Paris et le Consensus de Monterey. Il note par ailleurs qu’il est de
réputation que près de 50 %de l’enveloppe globale de cette dite aide
sert à la rémunération du personnel expatrié du pays donateur
(Assistants techniques internationaux). Souvent ces derniers
démissionnent en cours d’exécution des projets après avoir perçu leurs
émoluments. Les frais de fonctionnement des projets étant ordonnancés
par les services du pays donateur, d’une part, et d’autre part, la
cogestion financière n’était pas des plus transparentes. C’est à se
demander à qui profitent réellement ces affectations financières? En
réalité, le peuple congolais n’est-il pas le dindon de la farce ? Aide
au Développement ou Marché des dupes? De plus, il y a légitimement
lieu de se demander ce que la Belgique peut encore faire pour le
peuple Congolais qu’elle n’ait pas pu faire ni pendant les 80 ans
d’une colonisation des plus atroces, ni pendant la période
postcoloniale ;
7. C’est pour cette raison que le Gouvernement avait adhéré à la
proposition de procéder à une remise à plat des relations bilatérales
de coopération avec le Royaume de Belgique. Ce qui aurait été
l’occasion d’en redéfinir les termes de référence répondant aux
intérêts respectifs des deux pays. Malheureusement, les pourparlers
projetés en la matière ont dû être remis aux calendes grecques vu la
sortie cavalière du communiqué intempestif susmentionné;
8. En dernière analyse, le Ministère des Affaires Etrangères et
Intégration Régionale suggère que la Belgique qui porte pourtant une
lourde responsabilité historique et morale sur la situation congolaise
aurait plutôt mieux fait de se racheter en s’investissant
significativement dans une coopération mutuellement avantageuse et
réparer ainsi l’histoire commune dont le peuple Congolais n’a pas été
le mieux loti;
9.      En tout état de cause. la République Démocratique du Congo demeure
ouverte à entretenir des relations de coopération avec des partenaires
respectueux des grands principes des relations internationales en
particulier l’égalité souveraine et la non-ingérence dans les affaires
internes des Etats.