Kinshasa :  braquages des passagers à bord des taxis

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A la sortie des cours d’anglais à Cali, sur le boulevard du 30 juin, l’autre jour à 19 heures, Gautier Sangumu est venu attendre un de ses amis inscrit dans ce centre, et qu’il n’a pu rencontrer parce que absent. Debout depuis dix minutes, il  a fini par prendre un taxi en
partance vers le centre commercial Kintambo-Magasins. A l’intérieur de cette voiture, trois passagers  dont l’un assis à côté du chauffeur et les deux autres vautrés sur le siège arrière, gardent un silence de carpe.

Vers Les Loupiots, le taximan vire à droite, Gauthier Sangumu proteste. Un des passagers le menace alors et le contraint à se taire en lui braquant un revolver. Le jeune homme réalise sur le champ qu’il est dans ces « Taxis de braqueurs » qui dépouillent les Kinois, ces
derniers temps. Un coup d’œil à bord, aucun signe distinctif qu’il pourrait retenir et communiquer à la police, afin de faciliter plus tard les recherches des malfaiteurs. «Sortez tout ce que vous avez dans vos poches !» tonne l’homme qui semble être le chef de bande. Il obéit pour écourter son calvaire, et leur remet tout tremblotant, un téléphone, un porte-monnaie contenant 380 dollars, ainsi que 15.000
FC.

Ce braquage terminé, la victime débarquée, la «  Ketche » a fait demi-tour pour rentrer au centre-ville. Probablement pour rééditer d’autres exploits similaires.

Samedi 17 juin, il est 23 heures. Croisement avenue Colonel Ebeya et avenue des Huileries. Deux jeunes couples et cinq personnes solitaires attendent des taxis pour le Rond-point Victoire ou Wenze ya Bayaka. Une voiture Ketche s’immobilise à la hauteur d’une femme élégamment vêtue, parée de bijoux scintillant, un gros sac en simili cuir tenu à la main droite. Destination ? Elle parle de Wenze ya Bayaka. «C’est de ce côté-là que  nous nous rendons», lui rassure le conducteur.

Durant l’itinéraire, les passagers trouvés à bord se mettent à se parler. Au menu de leur conversation improvisée, tous les sujets sont abordés. Le dollar qui grimpe, les prix des biens qui montent, la vie qui devient intenable. Et comme pour conclure, cet échange va
déboucher sur les critiques contre la politique gouvernementale.

Tumba Odette, 37 ans, commerçante de son état, fait incursion dans
cette discussion et évoque les difficultés d’approvisionnement.  Le
groupe l’entraîne sur ce terrain. Elle rend son verdict : les
politiciens qui ont déçu le peuple doivent débarrasser le plancher et
aller ailleurs. Car, la colère de ce dernier ne pardonnera personne.
Les inconnus en profitent pour se présenter individuellement au
moment où le taxi dépasse l’avenue Kabinda et roule à vitesse réduite
vers la station d’essence de la société Cohydro. Soudain, l’engin
s’arrête. «Madame, nous voulons fouiller ton sac. Car, les autorités
ont appris que les ennemis de notre peuple introduisent des armes dans
la ville de Kinshasa». Tumba Odette va céder son sac au chef de la
bande assis à côté du taximan. Après une dizaine des minutes, le sac
restitué, le braqueur félicite la dame qui selon lui, n’aurait pas
d’armes. En lieu et place, elle n’avait qu’une Bible. Les malfaiteurs
la débarquent immédiatement, prétextant qu’ils doivent poursuivre la
mission et faire rapport avant de regagner leurs domiciles.
On lui a arraché ses bijoux, ses téléphones et des billets de banque
en devises et en monnaie locale. Quand la voiture repart peu après, à
l’arrière, pas la présence de la plaque minéralogique. Un engin
fantôme avec des passagers suspects.
Il y a trois semaines, un homme que des bandits avaient braqué à bord
d’un taxi dans les parages du supermarché Shoprite sur avenue de
l’O.U.A., quartier GB, avait renoncé à porter plainte contre ces
délinquants. Motif ? Il n’avait retenu de la voiture «  Ketche » ,
aucun signe distinctif, et des malfaiteurs, juste le timbre des voix.
Rien sur le teint, la coiffure et le visage. Tout s’est déroulé dans
l’obscurité.
Cette affaire de voitures «  Ketches » utilisées par des malfaiteurs
pour braquer des passagers, ces temps derniers dans la ville de
Kinshasa, fait couler beaucoup d’encre et de salive. Mais comment se
déplacer désormais d’une commune à une autre et d’un point à l’autre
de la ville, sans rencontrer des bandits  Telle est la question qui
circule sur toutes les lèvres. La police provinciale est donc
interpellée pour lancer la traque de ces bandits. Cela devrait passer
avant par la mise en fourrière de tous les véhicules roulant la nuit,
non porteurs de plaques minéralogiques.
J.R.T.