Kigali – Kinshasa : fini le jeu de cache-cache

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Le huis clos ainsi que la réunion tenue à Goma le week-end dernier entre les ministres de la Défense de la RDC et du Rwanda accompagnés de leurs chefs d’Etats majors respectifs et des hauts responsables des services de sécurité ont accouché d’une souris. Les deux parties se sont séparées sans parvenir à un accord quelconque, a indiqué une source généralement bien informée. Par le fait que Kigali a refusé catégoriquement de mettre sur la table des négociations la question des FDLR à côté de celle du M23, en considérant mordicus cette soit disant mutinerie comme une affaire congolo-congolaise, une position qu’il défend depuis le début de la guerre dite de l’AFDL, du RCD et du CNDP. 
Toujours la même rengaine pour camoufler l’agression du territoire congolais par ses propres troupes régulières agissant sous les multiples bannières de ces mouvements politico-militaires qui changent de nominations au gré des humeurs des autorités du Front Patriotique Rwandais.
 
Il est quand même curieux de constater comment Kinshasa tombe souvent dans le piège de Kigali. Car, chaque fois que le Rwanda refuse avec arrogance et condescendance d’examiner le fond du conflit qui endeuille les territoires de l’Est depuis plus d’une décennie, les autorités et surtout les plénipotentiaires finissent par reprendre à leur compte les thèses fallacieuses de leurs interlocuteurs. Résultats : Kigali finit par imposer des négociations politiques avec des mouvements rebelles créés de toutes pièces par lui-même, avec la complicité de certains Congolais instrumentalisés à souhait. Kigali en profite pour injecter ses hommes de paille dans le cœur même des services de sécurité tant civile que militaire, de sorte  à y inoculer des rapports fallacieux que Kigali va ensuite brandir devant toutes les organisations internationales pour démontrer les accointances de Kinshasa avec les FDLR, alimentant ainsi son fond de commerce pour toucher la corde sensible de cette communauté internationale qui ne s’est toujours pas repentie de son silence face au génocide de 1994. Attend-elle pour réagir  que ce nouveau génocide qui fait déjà rage au Kivu atteigne et dépasse les six millions de Congolais morts pour arrêter la sale aventure des autorités du Front Patriotique Rwandais? 
 
     Guerre de 100 ans…  
 
  Outre les rapports sulfureux de la commission des droits de l’homme de la MONUSCO, de l’ONG de défense des droits de l’homme HUMAN RIGTHS WATCH et du gouvernement congolais faisant état de preuves accablantes de l’implication du Rwanda dans cette soit disant mutinerie, les annexes du rapport rendu public par les experts des Nations Unies devraient suffire amplement pour obtenir une saisine de la Cour Pénale Internationale contre des officiers supérieurs rwandais. Pour peu que cela, quatre de nos compatriotes se trouvent derrière les barreaux de cette juridiction internationale, donnant l’image qu’elle a été créée pour la RDC. Et dire que celui que l’on considérait comme un compatriote, entendez le sieur Bosco NTAGANDA, se trouve placé sous la protection des autorités rwandaises, alors qu’il est l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par la même juridiction pour des crimes commis en Ituri aux côtés de Thomas LUBANGA aujourd’hui menacé par une peine de plus de 30 ans de prison ferme. Pire, c’est à lui que Kigali a confié le commandement des éléments du M23 qui répandent la mort, se livrent à la destruction, au pillage systématique, aux viols massifs et aux déplacements des populations civiles non armées. 
 
Kinshasa vient d’offrir un cadre du règlement pacifique de ce conflit créé des toutes pièces par Kigali. En d’autres termes, en invitant le Rwanda à se rendre à l’évidence pour mettre un terme à ses multiples et divers appuis à cette soit-disant mutinerie pour laisser à Kinshasa la charge de neutraliser les restants de ces éléments des FDLR. Les conviant, avec l’assistance de la MONUSCO, au programme de démobilisation, désarmement, rapatriement et réinstallation dans leurs milieux d’origine qui est le Rwanda. Le recours à la solution militaire n’étant que le dernier rempart en cas de refus manifeste de ces éléments. D’autant que, selon toute la propagande largement diffusée par les autorités rwandaises à travers le monde, ces éléments des FDLR ne représentent plus une sérieuse menace pour la sécurité intérieure du Rwanda qui vit dans une sécurité totale, exception faite des explosions des grenades qui seraient l’œuvre des groupes proches des dissidents rwandais animés par Charles KAYUMBA, ancien chef d’Etat Major Général aujourd’hui réfugié en Afrique du Sud.
 
Vivement une solution politique inter rwandaise
 
La plupart d’observateurs de la sous-région des Grands Lacs s’accordent sur une évidence : il est établi qu’en dehors de l’ouverture des négociations politiques inter rwandaises, cette partie du territoire congolais ne connaîtra jamais la paix ni la sécurité. On est parti pour une guerre de 100 ans. Tout le monde sait comment commence une guerre, mais personne ne sait comment elle se termine et qui la gagnera, a dit le sage. C’est par des négociations politiques inter congolaises que la RDC a retrouvé son intégrité territoriale et sa souveraineté et le Rwanda a fait partie des puissances qui avaient salué ce programme. Aujourd’hui, coincé par cet océan des preuves accablantes de son implication dans la déstabilisation et les crimes perpétrés depuis plus d’une décennie au Kivu, Kigali se réfugie derrière son fameux fond de commerce pour rejeter avec mépris et condescendance ce programme des négociations politiques qu’il s’efforce pourtant d’imposer à la RDC, en promettant de servir d’intermédiaire entre Kinshasa et le M 23.
 La question lancinante est celle de savoir pourquoi Kigali n’a-t-il pas éradiqué les poches occupées par les éléments des FDLR à travers tous les mouvements politico-militaires créés délibérément par lui? L’AFDL a occupé tout le territoire national pendant une année. Le RCD a occupé tout le Kivu, une partie de la Province Orientale, du Katanga, du Kasaï et de l’Equateur pendant cinq ans sans venir à bout de ces FDLR. Le CNDP s’est positionné dans les deux territoires de Rutshuru et Masisi depuis 2004 sans pour autant  venir à bout des FDLR, sans oublier les opérations militaires conjointes congolo-rwandaises pendant  cinq mois. D’autre part, de mémoire de Congolais, l’on n’a jamais enregistré une quelconque attaque des FDLR sur le territoire rwandais.
 
Fini le jeu de cache-cache…
 
Les preuves accablantes fournies par les annexes du rapport des experts des Nations Unies fournissent aux plénipotentiaires congolais des arguments en béton pour ne plus prendre part à toute rencontre avec leurs homologues rwandais. Comme ces annexes établissent de manière claire l’implication de ces derniers dans ces crimes de guerre et contre l’humanité au Kivu, à quels résultats peut-on parvenir en continuant de négocier avec ceux qui ne jouent pas franc jeu ? Car, les Rwandais font semblant de négocier le jour et la nuit ils continuent à fournir des hommes, des armes et munitions de guerre aux soit-disant mutins.    
La Communauté Internationale devrait cesser de fermer les yeux sur cette supercherie rwandaise qui ne cesse d’alourdir le nombre des victimes de ce génocide de trop en RDC. Va-t-elle se réveiller et verser des larmes de crocodile lorsque tous les territoires des provinces de l’Est seront vidés de leurs populations ? « Le contentieux de sang entre la RDC et le Rwanda ne fait que s’alourdir et envenimer les frustrations ainsi que les traumatismes que la même Communauté Internationale aura du mal à cicatriser », a indiqué au Phare un ancien diplomate britannique ayant passé plus de dix ans dans cette sous-région.
 
F.M. 

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