Kiakwama aux Congolais du Canada : «Je suis un intégriste de l’instauration de la démocratie au Congo »

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 « Cinquante années de déclin s’en sont suivies. Le Congo n’a cessé de sombrer. Nous y vivons des réalités révoltantes : marasme socio-économique, violations graves des droits de l’homme et des principes fondamentaux de l’État de Droit, incertitudes quant à l’avenir, et j’en passe. Que d’élans interrompus, que d’espoirs suscités et amèrement déçus ».
C’est ce qui résulte d’un constat fait par Kiakwama Kia Kiziki lors d’un récent exposé présenté aux Congolais résidant au Canada.
A ses yeux, la nation congolaise n’a cessé d’aller de rupture en rupture, « sans jamais capitaliser les efforts fournis, sans jamais tirer les leçons du passé et se réconcilier avec lui ». Constat amer qui le pousse à lâcher qu’il est bien un « intégriste pour l’instauration de la démocratie en RD Congo ».

 Dans un exposé axé sur la démocratie et le développement de la RD Congo, Kiakwama s’est brutalement posé une question avant d’y donner réponse : Qu’en est-il de la Démocratie dans notre pays, et pourquoi est-elle nécessaire ? Réponse : La démocratie comme pratique quotidienne, la démocratie comme exigence, car au vu de l’histoire de notre pays, le système démocratique est le seul à mes yeux, qui permettent d’obtenir que les responsables, à tous les niveaux, soient comptables de leurs actes. Trois implications s’imposent. Un, les responsables doivent convaincre que les idées qu’ils veulent mettre en œuvre sont les mieux adaptées aux besoins de la population et au contexte de notre pays. De plus, une action sans adhésion suscitera des résistances qui vous mèneront à l’échec, tôt ou tard, car vous sèmerez sur le sable. En clair, rien de grand, rien de vrai, rien de beau ne se fera au Congo sans l’avis et l’adhésion de la majorité des Congolais, jour après jour. On ne gouverne pas de droit divin. Deux, les responsables doivent être contrôlés dans leur action au fur et à mesure. « Dans un pays tel que le Congo, si grand, si difficile à gouverner après tant d’années de destruction, où la culture de la prédation, de l’irresponsabilité et de l’impunité est si ancrée, aucun pouvoir ne s’exercera durablement pour le bien, s’il n’est pas soumis incessamment à des contraintes et à des pressions de toutes parts. Les bonnes intentions ne font pas, seules, la bonne politique, surtout au Congo ». Et trois, les responsables doivent rendre compte de leur action à son terme. Ils doivent pouvoir être sanctionnés pour n’avoir pas accompli leur mission. Pour moi ce sont les deux faces d’une même médaille ; Responsabilité et Acomptabilité vont de pair. « On ne gouverne pas impunément ».
Où en est-on aujourd’hui au Congo ?
« Au mois de février 2008, se rappelle-t-il, dans un discours à l’UDPS que j’ai ensuite partiellement repris à la tribune de l’Assemblée Nationale lors des deuxièmes massacres du Bas-Congo, j’expliquais qu’il y avait à mon avis 5 institutions, 5 Piliers dont le bon fonctionnement conditionnait la vie démocratique de notre pays ».
 Il s’agit, à ses yeux, d’une justice forte et indépendante, régulée par un Conseil Supérieur de la Magistrature digne de ce nom ; d’une commission nationale électorale indépendante, exempte de tout soupçon d’incompétence et de partialité ; d’un Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, garant de la libre expression de tous dans les médias, et de l’égal accès de tous les Congolais à une information contradictoire, libérée d’un Ministère de l’Information aux missions redéfinies ; d’un appareil sécuritaire (Armée, Police, Services de Renseignement) véritablement républicains, garant de la paix et de l’intégrité du territoire national et de ses habitants et d’un Parlement fort, doté des moyens d’exercer pleinement ses missions de Contrôle et de Sanction de l’Exécutif, mais aussi de Législation.
Mais où en sommes-nous sur ces fronts ? s’interroge l’invité du Bureau d’études pour la Paix et le développement (BIEPD), de la Communauté congolaise de Montréal (COCOM) et de l’Association des Congolais de Québec (ACQ).
 Réponse : La Justice ; le CSM a été mis en place, certes, mais il est pour le moment une coquille vide car il dispose de moyens insuffisants, et les schémas mentaux et les actions des hommes qui l’animent n’ont pas changé ; la CENI tarde à être mise en place. Le Parlement en porte une bonne part de responsabilité car la loi instaurant la nouvelle commission électorale a fait l’objet de nombreux débats entre Majorité et Opposition, pour finir par être votée en des termes différents par les deux chambres. Ceci illustre à quel point il s’agit d’une institution sensible. Il n’en reste pas moins qu’à ce jour, les animateurs de la CENI ne sont pas désignés, et surtout ses moyens ne sont pas débloqués ; la loi portant création du CSCA (Conseil Supérieur de la Communication et de l’Audiovisuel) a été adoptée, mais n’a pas encore été promulguée ; l’Appareil sécuritaire n’a pas encore fait l’objet de la moindre réforme, aucun moyen significatif n’a été dégagé pour lui permettre d’assurer ses missions, par conséquent, la formation et la culture qui règnent en son sein laissent toujours gravement à désirer ; le Parlement quant à lui dispose bien d’outils réglementaires de contrôle et de sanction de l’Exécutif, mais dans sa pratique quotidienne il refuse de les mettre en œuvre, il refuse de rationnaliser son mode de fonctionnement pour accroitre son efficacité, et enfin, il refuse de se doter d’outils et de moyens additionnels pour agir. Quant à sa mission de législation, la vérité est que, même si un travail appréciable a été abattu, le manque de capacités d’étude et de recherche approfondies à la disposition des législateurs obère la qualité de notre travail.
 Un autre chapitre abordé par le député, c’est l’état d’âme de l’opposition. Ici, il est d’avis qu’elle souffre d’une tare congénitale qui met en péril l’avenir même du pays « car jamais le cadre du combat démocratique n’est posé correctement : notre opposition se dit d’abord « Opposition à Quelqu’un » avant de se définir comme « Opposition Pour Quelque chose ».
 C’est à la fois un message et une interpellation à tous ses compatriotes : « Si le seul programme de l’Opposition est : qu’il s’en aille, et que le notre le remplace, tout ira mieux ! », alors nous ne bâtirons pas le Congo. Nous avons mis cette logique en œuvre en 1960 à l’indépendance, en 1965 à l’avènement de Mobutu, en 1997 à son départ, en 2001 à la mort de Laurent Kabila … sans résultat probant ».                                               

   D-I.K

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