Kengo a écouté la rue

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Après deux semaines de bras de fer législatif et quatre jours de manifestations violentes au motif que l’alinéa 3 de l’article 8 de la loi électorale subordonnait l’élection présidentielle au recensement, le Sénat, sous l’impulsion de son président, Léon Kengo wa Dondo, a le premier envoyé un signal d’apaisement et de consensus en amendant l’alinéa querellé pendant sa session extraordinaire. C’était mardi 20 janvier. La veille, Kinshasa a connu une journée meurtrière avec plusieurs tués par balles à la suite d’une manifestation de protestation pour empêcher le vote par l’Assemblée nationale de l’article 8 litigieux.

 Au même moment, la Chambre basse a adopté à la hussarde cette loi. Les sénateurs, eux, toutes tendances confondues, ont écouté la rue pour parvenir à un résultat d’accalmie. Ceci est, sans nul doute, le fruit du sang froid de Léon Kengo qui a su tempérer les ardeurs des uns et des autres dans l’hémicycle pendant la plénière, malgré l’ « état de siège ». Kengo a eu la sagesse de laisser s’exprimer tout le monde, les adversaires comme les partisans du projet de loi sous examen. Même le ministre de l’Intérieur qui défendait le projet du gouvernement avec une rare violence verbale, n’a pas perturbé la sérénité du président du Sénat. Cette attitude de l’ancien Procureur général de la République a été saluée par tous les protagonistes et le résultat d’accalmie a été accueilli par des cris de joie par des manifestants aussi bien à Kinshasa qu’à Goma et Bukavu, théâtres des mouvements pré-insurrectionnels. Le texte a dès lors été  soumis à l’harmonisation d’une commission mixte paritaire des sénateurs et des députés, conformément au règlement intérieur. In fine, l’Assemblée nationale a adopté le rapport de la commission mixte paritaire, extirpé du lien funeste entre le recensement et la présidentielle, en attendant sa promulgation par le Chef de l’Etat. En d’autres termes, le recensement et l’identification ne sont plus des préalables à l’élection présidentielle selon la nouvelle loi électorale ainsi votée. Donc, la CENI organisera les prochaines échéances électorales en fonction des données démographiques actualisées et disponibles dans le respect des délais constitutionnels. Le président Kabila quittera ses fonctions le 19 décembre 2016, dernier jour de son dernier mandat au terme de la Constitution. En définitive, Kengo a clos dimanche 25 janvier la session extraordinaire du Sénat commencée le 26 décembre 2014.

Ali Kalonga