Katebe à Kinshasa : « Mouton noir » ou allié du Rassemblement?

0
247

Katebe-KatotoAinsi qu’il l’avait confié au « Phare » le week-end dernier, Raphaël Katebe Katoto, le richissime homme d’affaires et opposant congolais, est rentré à Kinshasa hier mardi 21 février 2017 en fin d’après-midi, pratiquement 12 ans après avoir pris le chemin de l’exil. Arrivé à bord d’un jet privé, il a été accueilli à l’aéroport international de N’Djili par un pré-carré de ses proches.

L’ancien sénateur du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) sous le Régime 1+4 (2003-2006), actuellement membre du Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement, a improvisé le voyage de Kinshasa pour, officiellement, venir s’expliquer devant la Commission de discipline de l’Alternance pour la République, sa plate-forme d’appartenance, qui l’a suspendu à titre préventif, le vendredi 17 février courant, en raison de ses prises de positions et déclarations contraires à celles de ses compagnons de lutte.

            Il lui est reproché, entre autres, la contestation de l’authenticité de la lettre attribuée à Tshisekedi et désignant son fils, Félix Tshisekedi, comme candidat unique du Rassemblement à la tête du futur gouvernement de transition, ses velléités de succéder à Etienne Tshisekedi à la présidence de cette méga plate-forme politique sous prétexte qu’au terme du Conclave de Bruxelles/Genval, en juin 2016, il aurait été coopté vice-président. On n’apprécie pas non plus son discours sur la multiplicité des candidats à la Primature, dans la droite ligne de l’exigence de la Majorité Présidentielle. Bref, Katete Katoto est de plus en plus perçu, au niveau de l’Alternance pour la République comme du Rassemblement, comme un électron libre de nature à semer la confusion dans les esprits et à ouvrir à la famille politique du Chef de l’Etat des brèches susceptibles de conduire à la remise en cause de l’Accord du 31 décembre 2016.

« Mouton noir » ou allié du Rassemblement ?

Quand Raphaël Katoto a annoncé son retour imminent à Kinshasa, plusieurs états-majors politiques, surtout au sein de l’Opposition congolaise, ont cru à une manœuvre de diversion destinée à banaliser sa suspension par l’Alternance pour la République. En réalité, personne n’a cru que cet opposant politique en exil, frère aîné de Moïse Katumbi, lui-même également en exil et sous le coup d’un mandat d’arrêt à la suite de sa condamnation pour trois ans dans une affaire immobilière, allait prendre le risque de fouler le sol congolais sans être sûr d’être bénéficiaire d’une mesure de grâce présidentielle ou d’amnistie.

            Aussi, sa présence dans la capitale congolaise suscite nombre d’interrogations, surtout dans les cercles de ses compagnons politiques du Rassemblement. Ici, on se demande si celui qui passe désormais pour un « mouton noir » est venu faire amende honorable ou rechercher l’affrontement. Si Katebe Katoto plaide coupable et s’engage à respecter les stratégies adoptées par le Rassemblement dans son bras de fer actuel avec la Majorité Présidentielle en vue du contrôle de la Primature et du Conseil National de Suivi de l’Accord du 31 décembre, on pense que ses pairs vont passer rapidement l’éponge sur ses « dérapages » politiques.

Mais s’il place sa ligne de défense sur le terrain de la confrontation, on va vite le soupçonner d’entretenir un agenda caché visant à déstabiliser le Rassemblement par la remise en cause du choix de Félix Tshisekedi comme Premier ministre et du mode de désignation du successeur d’Etienne Tshisekedi à la tête de cette méga plate-forme politique et, pourquoi pas, du Conseil National de Suivi de l’Accord.

Même s’il n’est pas interdit à Katebe Katoto de nourrir des ambitions politiques, ses pairs du Rassemblement voudraient que celles-ci s’expriment dans le cadre du respect du testament politique d’Etienne Tshisekedi. Bref, il appartient à cet opposant politique de fixer les esprits sur sa fidélité au combat politique commun lancé depuis le Conclave de Genval ou sa volonté de faire cavalier seul.

Kimp