Un « Kasaala » pour Etienne Tshisekedi wa Mulumba

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Chaque fois que je chante ce Kasaala
Aux quatre points cardinaux
De la souffrance
A l’ombre imaginaire de cette tombe
Tabernacle de l’inconnu
C’est comme si j’arrivais nu
Sur la rive du mystère et du vide
Là où tout être perspicace
Epouse le silence
Ou devient fou.
Wolowooo ! Wolowooo ! Wolowooooooo !

Fils du pays hospitalier ‘de la parole
Pays qui appartient à tous et à personne
Espace décrété de libre échange
Dont le maître est celui qui l’exploite
Et non celui qui y habite
Pays de nulle part
Mais où étrangement
Celui qui raconte son histoire
Raconte aussi celle de l’autre.

Héritier d’une terre
Où parole est galet
Qui roule
Du fond des origines
Jusqu’à nous
Ici, parole est fil invisible
Qui restitue à chacun
Sa part la plus humaine
Et qui fait de nous
Des frères et sœurs
De tous les hommes
Et de toutes les femmes
Ceux et celles du passé
Et d’aujourd’hui
Comme ceux  et celles
Qui ne sont pas encore né(e)s.
Kelèèlè kèèleekèlè Kelèèlè kèèleekèlè

Père d’une nombreuse progéniture
Aux enfants éparpillés
A travers savanes et forêts
Vallées et montagnes
Mais, à jamais fils et filles
De ce fleuve serpent
Aux mamelles tentaculaires juteuses

Arbre à palabre
Originaire de cet immense espace
Baigné par le grand fleuve Congo
Tu as jusqu’à ta mort
Refusé de lécher
Et plaie de l’homme Blanc
Et botte de son successeur.

Le chasseur du pays de Kimpa Vita
Léopard aux yeux qui transpercent la nuit
Plante qui n’a pas de lien au corps
Plante qui ne perd jamais sa feuille
Chêne du clan Congo
Vent tordeur de bambous
Tourbillon arracheur de pagnes
Aujourd’hui, Lion
Que la nuit a surpris en route.
Belèèlè bèèleebèlè Belèèlè bèèleebèlè !

Ta mort
Comme la mort du rameau
Est celle du régime de noix
Elle donne froid au cœur
Car la saison sèche de ma terre
Est devenue sœur
De l’hiver de Genval
Ensemble, ils ont glacé ce corps
Et toute une nation pleure
Parce qu’un drame
A frappé le fond de son cœur
Et plongé toute un peuple
Dans une peur sans nom.

Ce jour là
Quand Tu es tombé
La poussière s’est levée
Comme pour célébrer la pluie
Et interpeller l’héroïne
Descendante de Mama Dipanda
Mangeuse de chevreaux
Fendeuse à la machette
De boucs envahisseurs
Venus d’Outre Mer.

Je n’arrive pas à y croire
Le tordeur de cœur
De ceux qui des siècles durant
Fendent le cœur ‘
Des enfants meurtris du Congo
A hissé la voile
Dès que Dieu lui a fourni le vent
C’est comme si
Le combat pour la démocratie
Etait devenu trop cruel pour lui.

Il avait cessé de croire
A la métaphore nouvelle
Ni même aux négociations
Avec un dictateur
A qui des élections truquées
Ont fait porter le costume trompeur
De démocrate

Il ne croyait plus aux brouhahas
De nos églises chrétiennes
Ni même au sourire
De son frère
Membre d’une confrérie
De princes d’une église
Où les chrétiens
Sont convertis en crétins
Qui abandonnent l’Evangile
Au profit des carnets de chèques
Désormais complices hypocrites
De nombreux ismes et istes
Wouuuuu ! Wouuuu ! Wouuuu ! Wouuu !

L’ami de toute amitié
S’en va se coucher solitaire
Dans cette maison humide
Grotte où n’entrent pas les faibles
Grotte que seuls les vaillants affrontent
Il a rejoint Mulopo
Dieu d’amour Soleil
Qui de ses rayons
Foudroie le téméraire
Qui ose le fixer du regard
Décidé d’aller
Plus loin qu’il ne le fallait
Le fleuve
Epandeur de vagues
A refusé
De faire halte
La hache
Dépouilleuse d’épines
A refusé
D’appeler l’étoile d’en haut
La mangouste
Qui dévale
Tous les espaces
A décidé
De marcher sur sa peur

Le lion
A traversé la rivière
Car il a trop marché
Le cœur
Lourd de secrets
Lourd de souffrances
Il a refusé
De continuer
Convaincu
Que ce qui l’attendait
Après 2016
Etait du déjà vu
Il l’avait déjà vécu
Durant ces années de lutte

Le lion
A traversé la rivière
Car il y a un temps pour tout.
Au port
Il a trouvé un sien
Il a rencontré un bon
Qui l’a invité à entrer
Au « Kalunga » blanchi
Pays souterrain des ancêtres
Pour partager avec Dieu
Son espace saint.
Eeeeyi ! Eeeeeyi ! Eeeeeyi! Eeeeeyi !

Mon cœur
N’a plus de retenue
Mon corps
Est sans tenue
Car nous avons perdu
Le baobab
Sous lequel on apprend
Que le pouvoir
N’est pas une peau de civette
Et qu’à deux
On peut s’y mettre.

Le baobab
Vers lequel tous accourent
A la tombée de la pluie
A emporté avec lui
L’école du pouvoir rotatif
Où piler
C’est alterner les pilons
Où jamais un seul bracelet
N’a crépité au bras
Où lorsqu’un âne meurt
Un autre le remplace
Et où quand un frère
Elève une chèvre
Tu tisses la corde.

Sous l’arbre à parole
Le peuple est comme
Dans les bras de sa mère
Dans un paradis
Du rêve à réaliser
Ici le peuple
Est au service du chef
Parce que le chef
Est au service du peuple
Car le pouvoir est union
Lui, mon aîné, le tient
Moi, son cadet, le soutient.

Orphelin
Privé de notre case initiatique
Où irons-nous dormir
Et surtout rêver
Que la vie est joie ?
Sur quelle branche
Pourrons-nous
Nous éveiller
Et découvrir
Que la vie est travail ?
Sous quel ombrage
Trouverons-nous
Force de travailler
Et de voir
Que le travail est joie?
Yeleleeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee!

Abandonnés
Nous sommes la risée
De ces marmites neuves
Qui se moquent
De la marmite vieille
Oubliant que
Comme le mariage
Le pouvoir
Est un panier
Que seul le sage transporte
Car l’insensé
Le fera chavirer dans la rivière.

Aveuglée
Par le pouvoir
L’avoir
Et le valoir
La marmite inconsciente
Ne réalise pas
Que le vestibule
De son ennemi
Est l’entrée
De son cimetière
Que ce qui atteint la tête
Atteint le cou
Et étreigne les épaules
Et que la toux du prochain
Le prive de sommeil
Oh ! Cécité !
Quand tu nous empêches de voir
Que dans sa chute
La branchette d’en haut
A entraîné la branchette d’en bas
Ye Ngweeeeeeeeeeeeeeeeeee !

Mort
Tu fais plus peur
Car tu vis dans les peurs
De tous ceux
Qui courent
Dans toutes les directions
A travers cette ville poubelle
A la recherche d’un espace
Pour enfermer
Ton esprit de liberté
Pour enfouir
La parole qui dérange
Pour enterrer
Le carton rouge
Laissé en Héritage
A des héritiers sans kaolin
Qui bégaient et balbutient
Mots et gestes de la révolution.

Mort
Ton absence
Est présence
D’une espérance têtue
Du peuple souffrant de Dieu
Victime d’un mal
Difficile à déraciner
Car au fond des ténèbres
Du cœur de dirigeants
Sans humanité
Qui, à la belle étoile
Ont abandonné tout un peuple

Moïse s’en est allé seul
Vers le rivage
Parler aux vieux rois
De générations en générations
Maîtres d’un état chaotique
Pour leur dire
Chacun en son temps
La volonté de ce peuple
De sortir de l’esclavage.

Les opprimés refusent
De rester dans la peine
Sous la botte de dirigeants
Indifférents et sans gêne
Qui passent bonnement leur chemin
Dans ce monde
Où les affamés et malades