Kananga, Mbuji-Mayi et Lubumbashi : Elections 2011, le feu couve…

0
105

«Nous avons pu constater que sur place là où le dialogue est instauré, le climat est apaisé ; les partis poursuivent leurs campagnes et les messages pour mobiliser les militants, en fonction des différentes affinités partisanes, se déroulent dans des bonnes conditions. Là où il y a besoin d’avoir un observateur neutre, c’est plus une attente qui est exprimée et je ne prends pas ça comme une tâche pour notre mission dont le rôle est de ne pas interférer directement dans le processus électoral. Pour les endroits où le dialogue est difficile, c’est de la responsabilité de tous pour l’établir et cela fait partie aussi de l’apprentissage de la démocratie » Tel est la conclusion exprimée par Mariya Nedelcheva, chef de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE UE), à l’issue de sa tournée dans trois provinces de la RD Congo, le samedi 5 novembre 2011.

Trois villes en trois jours. Kananga, Mbuji-Mayi et Lubumbashi ont été tour à tour visitées par cette députée européenne, du 3 au 5 novembre dernier. Le sens de la démarche, a-t-on appris, était de rencontrer les différents acteurs rd congolais (représentants de la CENI, Société civile, responsables politiques de l’Opposition et de la Majorité, etc.) afin de peaufiner une évaluation détaillée du processus électoral dans ces parties sensibles du pays.

Kananga : spectre de fraude et de contestation

Première étape de la tournée, Kananga, chef-lieu du Kasaï Occidental, a permis la rencontre avec les activistes de la Société civile. Ceux-ci ont fait état du climat de suspicion mutuelle qui bat son plein dans la ville entre les acteurs de la Majorité et ceux de l’Opposition. Les premiers suspectent les seconds de préparer un grand mouvement de contestation en cas de défaite du principal candidat de l’Opposition, Etienne Tshisekedi, alors que les partisans de ces derniers accusent leurs adversaires d’apprêter un vaste fraude lors des élections du 28 novembre. Et pour preuve, souligne la Société civile, à Mweka la tension monte déjà sur fond de dénonciation d’achat de cartes d’électeurs.

Répondant à cette question, Mariya Nedelcheva, a fait noter que le premier objectif de son déplacement était d’aller directement à la rencontre des acteurs et des citoyens afin d’entendre leurs points de vue sur les questions électorales. Ainsi, dans le cadre de cette mission, il n’est aucunement question de se prononcer sur des rumeurs ou des histoires. Toutefois, a-t-elle insisté, ce sont des indicateurs qui permettent d’attirer l’attention des observateurs Long Terme. « Ceux-ci ont une grande expérience, une méthodologie stricte, une observation à long terme et suivent au jour le jour ce qui se passe. Et cela nous permettra, grâce à leur travail, de pouvoir rechercher des informations, des faits sur lesquels la MOE UE se basera uniquement… » a-t-elle expliqué.
Concernant les inquiétudes exprimées sur le nombre des observateurs internationaux afin de dissuader toute tentative de tricherie, la députée européenne a indiqué que la seule garantie est la bonne coopération entre les témoins nationaux et leurs homologues étrangers.

Mbuji-Mayi : accusations croisées UDPS-Gouverneur

A Mbuji-Mayi, chef-lieu du Kasaï Oriental, Maria Nedelcheva a rappelé que la Mission qu’elle dirige avait déjà déploré les incidents qui ont marqué le début de campagne électorale dans cette partie du pays. Accrochages ayant causé la mort d’une fillette et l’interpellation des journalistes, Mariya Nedelcheva n’est pas allée par le dos de la cuillère en invitant chaque acteur à la responsabilité pour rétablir une atmosphère de tolérance. D’où son appel aux autorités provinciales et aux partis politiques d’entretenir le dialogue car, au finish, la campagne vise à permettre aux citoyens de jouir des droits garantis par la Constitution.
Cependant, répondant aux préoccupations des journalistes face aux dérapages constatés le 28 novembre dernier à Mbuji-Mayi, le gouverneur de la ville, Alphonse Ngoy Kasanji, a indexé les partisans de l’Opposition qui « ne veulent pas qu’on parle du candidat Joseph Kabila ». Inversement, les partisans d’Etienne Tshisekedi, par l’entremise du candidat à la députation nationale, Ngandu Katunda Malik, ont accusé les « milices » du PPRD d’avoir saccagé ses effigies durant leurs marches devant sa parcelle. « Les incidents survenus lors de la réplique de nos militants ont libéré notre campagne car depuis ce jour-là nous nous exprimons librement… », a-t-il conclu.

Lubumbashi : Moïse Katumbi, sapeur-pompier…

Le samedi 5 novembre dernier, elle était à Lubumbashi, ville sous haute surveillance électorale à cause de la tension entre les partisans de l’Udps et ceux de l’Unafec de Gabriel Kyungu. A la suite de cette situation, des rencontre ont eu lieu avec les plus hautes autorités de la province dont le gouverneur Moïse Katumbi et le président de l’Assemblée provinciale, Gabriel Kyungu, ainsi qu’avec les représentants de l’Udps/Tshisekedi.
Conscient de la tension dans sa province, le gouverneur Katumbi Chapwe a affirmé que des efforts sont déployés pour avoir des élections apaisées. Absent des élections du 28 novembre prochain, le gouverneur a insisté sur la liberté d’expression dans sa province où tous les candidats s’expriment, y compris les non-originaires. « Vous pouvez sillonner la ville. Vous pouvez voir même des calicots en tshiluba. Sur plus ou moins 2000 candidats qui sont au Katanga, nous avons 40% qui viennent du Kasaï, d’autres viennent d’autres provinces. Il n’y a que 32% des candidats katangais… » a-t-il relevé, avant de renouveler son appel à l’apaisement.

Pour sa part, le candidat Gabriel Kyungu wa Kumwanza, leader de l’Unafec, n’a pas caché son opposition à la présence de ceux qui ne sont pas Katangais à l’hémicycle national au nom de sa province. « Pour moi, il faut qu’il y ait justice. A chaque province où l’on a octroyé des sièges parlementaires, ces sièges doivent être occupés par les originaires. C’est un débat politique et je défie qui que ce soit pour me démontrer le contraire ! », a-t-il lancé.
Pour rappel, la décision de déployer la MOE UE a été prise à l’invitation du gouvernement de la RD Congo. Politiquement indépendante des Etats membres, de la Commission européenne et du Parlement européen, la MOE UE RDC 2011 observera les élections présidentielle et législatives prochaines. Elle se compose de 147 personnes issues de 27 Etats membres de l’UE, ainsi que de Norvège, de Suisse et du Canada, et a pour mandat de présenter une évaluation précise, détaillée et impartiale de ce processus électoral conformément au cadre juridique national et régional ainsi qu’aux normes et traités internationaux signés par notre pays.

Par Tshieke Bukasa,
De retour de Mbuji-Mayi, Kananga et Lubumbashi

LEAVE A REPLY

*