Et si Kabila se donnait raison de croire à sa propre succession…

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Venu en triomphe avec l’AFDL à Kinshasa, le jeune combattant Joseph Kabila s’était distingué, disait-on, par sa bravoure dans la libération de la Province Orientale face à l’armée de Mobutu en pleine débandade, avec ses alliés rwandais de FDLR poursuivis jusqu’aux frontières de la RDC.

Le Chef d’État-major Général, officier supérieur rwandais, James Kabarehe, l’avait gratifié en le proposant au poste stratégique de Chef d’État-major des forces terrestres de FARDC. Et il en fut confirmé par le Commandant en Chef et nouveau Chef de l’Etat de la
RDC, dont il bénéficiait de la totale confiance.

La nouvelle rébellion déclenchée le 2 août 1998 par les troupes acquises au Général James Kabarehe, appuyées par d’autres officiers rwandais en partance de Kigali, avait conquis en éclair la partie Est de la RDC jusqu’à la porte de Kinshasa, en passant par Kitona, Inga,
Mbanza-Ngungu.

Le même jour de l’agression, la presse congolaise et plus précisément « le Palmares » fait état de la visite en Israël du Vice-Président rwandais et ministre de la défense, Paul Kagame, à l’occasion de l’inauguration du mémorial destiné aux victimes juives de génocide.

Dans son entretien avec les journalistes à Tel-Aviv, celui-ci avait expliqué la nouvelle guerre à l’Est comme une réplique à la « tentative d’élimination des Tutsi congolais appelés  Banyamulenge » de tout l’Est du Congo par les extrémistes Hutu réfugiés au Congo.

Un autre mouvement rebelle était survenu presque simultanément et
plus précisément le 9 août 1998 avec l’invasion par les troupes
ougandaises de localités situées entre Mahagi, Kamango et Watsa en
progression vers l’Ituri et l’Uele dans la Province Orientale
C’est justement le Chef d’Etat-major des forces terrestres, le
Général Joseph Kabila qui prit la tête de la contre-offensive
militaire contre les forces rebelles dans tous les fronts de
l’Equateur à Mbandaka et du Katanga à Pweto, sans oublier ses
apparitions supposées remarquables dans le front de l’Est au Kivu. Il
s’était donné une véritable pointure de stratège aux yeux de l’AFDL et
du Président Laurent Désiré Kabila. La suite lui conférait le plein
droit au chapitre militaire congolais.
Que peut-il alors se reprocher pour ses exploits dans la défense de
l’intégrité du territoire congolais et qui l’aurait mieux fait ? Et
pourquoi ne le ferait-il pas davantage aujourd’hui au moment où la
République qu’il dirige après avoir bénéficié d’un bon score aux deux
élections issues du suffrage universel direct des congolais, se trouve
confrontée comme hier aux mêmes menaces extérieures par ses voisins de
l’Est ?
Comment peut-il prendre les Congolais au sérieux au moment où
lorsqu’il se battait pour le Congo, il s’était créé deux mouvements
politico-militaires, «Le Rassemblement Congolais pour la Démocratie »
à la solde du Rwanda et « le Mouvement de Libération du Congo » à la
solde de l’Ouganda?
Le premier s’était déployé en offensive diplomatique en Occident et
particulièrement aux Etats-Unis, où une délégation composée de
Vincent-Paul Lunda Bululu, Jean-Pierre Ondekane et Tryphon Kin-Kiey
Mulumba s’était rendue le 10 octobre 1998 pour solliciter l’ appui
militaire américain contre le Gouvernement de la République. Le second
s’était rendu dans les capitales européennes pour plaider en faveur de
la lutte armée contre le gouvernement congolais.
Sur le terrain militaire, les tâches d’insurrection étaient réparties
géopolitiquement entre les leaders rebelles congolais selon leur
appartenance provinciale.
Il s’agirait du côté de RCD,  de Zahidi Ngoma et Elysée Munembwe,
Etienne Ngagura et Joseph Mudimbi pour le Sud-Kivu, Thambwe Mwamba,
Emungu Ehumba et Emile Ngoy pour le Maniema, Lambert Mende et Adolphe
Onosumba  pour le Sankuru, Général Célestin Ilunga Shamanga pour le
Kasai Oriental,  Sesanga Ipungu et Médard Mulangala pour le Kasai
Occidental, Tryphon Kin Kie Mulumba et Tansia pour le Bandundu, Mbusa
Nyamwisi et Kambale pour le Nord Kivu, Lunda Bululu et Emile Ilunga
pour le Katanga, Tibasima et Esiso pour la Province Orientale, Jean
Pierre Ondekane pour l’Equateur.
Du côté du MLC, il s’agit principalement de  José Makila, François
Yewawa, Omer Egbwake et José Endundu pour l’Equateur, Roger Lumbala,
Dominique Kanku, Honoré Kadima et François Mwamba pour le Kasai,
Olivier Kamitatu , Fidèle Babala pour le Bandundu et Augustin
Baharanyi pour le Kivu, ainsi que de Thomas Luhaka pour le Maniema.
Dans la configuration politique actuelle, de nombreux anciens
rebelles collabo des agresseurs rwandais et ougandais se retrouvent
dans des postes gouvernementaux et dans la grande sphère des partis
politiques de la majorité et de l’opposition.
Au sein de l’actuel gouvernement, on trouve d’une part José Makila,
Thomas Luhaka, Alexis Thambwe Mwamba, Azarias Ruberwa, Lambert Mende
qui trônent avec rang de Vice-Premiers Ministres, Ministres d’Etat et
Ministre plénipotentiaire porte-parole du Gouvernement, ainsi que
l’ex- Ministre Kin-Kiey Mulumba hissé au Bureau politique de la
Majorité.
Et d’autre part dans l’opposition se retrouvent Olivier Kamitatu,
José Endundo, Delly Sesanga, Fidèle Babala qui occupent des meilleures
positions à l’opposition politique. Et surtout que son propre
Conseiller Spécial, Pierre Lumbi, première en ligne et grand militant
du pouvoir contre l’opposition radicale a traversé avec armes et
munitions dans cet autre camp.
C’est alors qu’il peut passer à l’esprit du Président Joseph Kabila
la question de savoir, pourquoi laisserait-il la place aux Congolais
qui ont combattu la République avec les armes, tant que l’opposition
politique et démocratique ne serait pas encore en mesure de les
chasser du pouvoir ? Et surtout que c’est lui qui avait facilité
l’Accord de Sun City ayant permis la fin de la guerre au Congo, ainsi
qu’un premier gouvernement de la transition de 2003 à 2006 ayant
permis la tenue de deux élections démocratiques et transparentes en
2006 et en 2011.
En plus le Président Mobutu avait consolidé pour la longue durée de
32 ans l’authenticité, la paix et l’unité nationale, alors que lui n’a
encore fait que 16 ans révolus pour terminer les cinq chantiers et sa
révolution de la modernité.
C’est pourquoi s’emploie-t-il à convaincre le peuple congolais, sans
le clamer haut et fort, c’est-à-dire en sourdine, de lui accorder
encore un peu plus de temps afin de l’accompagner ou mieux le guider
dans la lutte contre tous ces frondeurs de la République qui se
cachent derrière la majorité et l’opposition.
Surtout qu’il se pointe à l’horizon un dangereux fossoyeur économique
d’un très récent passé qui se dit aujourd’hui sauveur de la République
qu’il a pourtant très bien pillée ! Plus inquiétant est son
rapprochement inédit et à grandes enjambées avec Paul Kagame.
Comprenez donc son émotion comme Mobutu en avril 1990 !
N’est-ce pas « clever » de sa part non ?

Par Jean Marie Kashama Nkoy