Kabila – Guterres : appel du pied de Kinshasa à l’ONU

0
340

Le report intempestif et sine die de la visite du Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, en République Démocratique du Congo, intervenu à 48 heures de son arrivée à Kinshasa, en compagnie de Moussa Faki, président de la Commission de l’Union Africaine, a été très mal accueilli dans plusieurs chancelleries africaines et
occidentales installées dans la capitale congolaise. Ce nouveau rendez-vous manqué a d’autant irrité New York et Addis-Abéba qu’il s’agissait du troisième raté de la série, après ceux d’avril et juin 2018.

Bien que les autorités congolaises aient évoqué l’indisponibilité de
Joseph Kabila, l’alibi n’a pas du tout convaincu, étant donné que les
équipes avancées du Secrétaire général de l’ONU et du président de la
Commission de l’UA se trouvaient à Kinshasa depuis le début de la
semaine où ils avaient tenu trois réunions avec la partie congolaise
pour régler les derniers détails de cette visite.
Alors que dans un premier temps, plusieurs proches du président
Kabila ont banalisé l’incident diplomatique, affirmant que le séjour
d’Antonio Guterres et Moussa Faki à Kinshasa était inopportun en cette
période préélectorale, on apprend, aux dernières nouvelles, qu’il y a
eu un revirement à 180°. Selon un communiqué de presse daté du 09
juillet 2018 et attribué au Directeur du Protocole d’Etat, Bernard
Mutanda Nzuzi, les ponts ne seraient pas totalement rompus entre
Kinshasa et New York.
Il y est notamment écrit que « La Direction Nationale du Protocole
d’Etat porte à la connaissance de l’opinion tant nationale
qu’internationale que le principe de la visite officielle en
République Démocratique du Congo de Monsieur Antonio Guterres,
Secrétaire Général des Nations Unies, et de Monsieur Moussa Faki
Mahamat, Président de la Commission de l’Union Africaine, est
maintenu. Les deux illustres personnalités restent les bienvenues à
Kinshasa à une date à convenir de commun accord. A cet effet, les
consultations, via les canaux diplomatiques usuels, sont en cours pour
l’harmonisation des agendas ».
De l’avis de nombreux observateurs, les faucons de l’entourage du
Chef de l’Etat ont sans doute pris, sur le tard, la pleine mesure de
l’affront fait au Secrétaire de l’ONU et au Président de la Commission
de l’Union Africaine. Il reste à savoir si cet appel du pied va
rencontrer un écho favorable du côté des Nations Unies, où son numéro
un est fort sollicité aux quatre coins de la planète. Même si la main
tendue de Kinshasa est acceptée, il sera difficile d’effacer les
stigmates de trois rendez-vous manqués, par la faute, manifestement,
des autorités congolaises.
Le mois d’août va-t-il être le bon pour la « tripartite »
Kabila-Guterres-Moussa, comme le laissent pensent des sources
diplomatiques ? On veut bien le croire.
Mais, dans les milieux diplomatiques, on n’est pas dupe. On pense, en
effet, au niveau de la communauté internationale, que les hommes au
pouvoir à Kinshasa boudent un discours allant dans le sens de
l’application intégrale de l’Accord du 31 décembre 2016, de la tenue
impérative de l’élection présidentielle à la date du 23 décembre 2018,
de l’opposition à une probable candidature de Kabila à sa propre
succession, de l’organisation d’élections démocratiques, crédibles et
apaisées, etc.  D’où la multiplication des prétextes pour contourner
toute démarche visant à obtenir du président Kabila, de vive voix,
l’engagement ferme de ne pas se présenter à la prochaine élection
présidentielle et de procéder, le moment venu, à la passation de
pouvoir avec son successeur attendu des urnes.       Kimp