Kabila déclare la guerre à la complaisance et invite les Congolais au civisme fiscal

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Quatre jours après son discours consacré au cinquantenaire de l’accession du Congo à l’indépendance, Joseph Kabila s’est adressé une nouvelle fois à la Nation le dimanche 4 juillet 2010. Deux événements majeurs ont conduit le Président de la République à parler aux Congolais. Il s’agit d’abord de l’atteinte par notre pays du point d’achèvement de l’initiative PPTE qui a donné lieu à la décision conjointe Banque Mondiale-Fonds Monétaire International d’annuler, à la date du 1er juillet 2010, la colossale dette de 12,3 milliards de dollars américains. Il s’agit ensuite de l’horreur survenue le vendredi 2 juillet dans la localité de Sange, à Uvira, où un camion-citerne transportant de l’essence, s’est renversé avant d’exploser au moment où plusieurs dizaines d’imprudents tentaient de recueillir le précieux liquide qui s’écoulait de la citerne. L’explosion a été d’une puissance telle que tous ceux qui se trouvaient dans le voisinage ont été transformés en torches vivantes pendant que les lames de feu prenaient d’assaut toutes les maisons  environnantes, distribuant une mort atroce à leurs occupants pris en otage.

 

 Le drame est d’une ampleur inouïe : plus de deux cents trente morts  ont été dénombrés avant d’être ensevelis dans des fosses communes à trois kilomètres du lieu où a eu lieu l’accident.

C’est en mémoire de ces morts de trop que Joseph Kabila a décrété un deuil national de quarante-huit heures qui vient nous rappeler combien la vie est un voyage rocailleux, particulièrement dans notre pays où elle est constamment faite de privations et de sacrifices de toutes sortes.

Ces concitoyens de Sange sont morts sans avoir appris la bonne nouvelle de l’atteinte de l’initiative PPTE. Et c’est sans doute en leur mémoire aussi que le gouvernement de la République s’engage à changer le Congo, en mettant fin à la complaisance et en affectant les ressources dégagées par l’élimination de la dette à la santé, l’éducation, le logement, le transport de masse et les infrastructures.
Joseph Kabila qui a réaffirmé cet engagement dans son message du dimanche 4 juillet 2010 a l’obligation de garder l’œil bien ouvert, pour s’assurer de sa traduction dans les faits et pour éviter que les Congolais, souvent tournés en bourriques par des promesses non tenues, ne continuent à avoir le réveil douloureux caractérisé par l’enrichissement sans cause du personnel politique au détriment de ceux qui souffrent et dont on ne se souvient qu’à la veille des échéances électorales. Ci-dessous, le message du président de la République.
  
Chers compatriotes,

Il y a quatre jours, nous avons célébré le Cinquantenaire de l’accession de notre pays à la souveraineté nationale et internationale.

Grâce à l’implication de chacun de vous, cette journée historique, moment d’allégresse, de commémoration des hauts faits de notre histoire et de réflexion sur notre avenir a été une mémorable réussite.

Je vous en félicite chaleureusement et vous remercie sincèrement.

Par la même occasion, je suis peiné de devoir vous informer d’un événement tragique.

Alors que le serment de bâtir un Congo toujours plus beau qu’avant, renouvelé par tous à l’occasion de la commémoration de notre indépendance, requiert la mobilisation de toutes nos intelligences et de toutes nos énergies, un accident malheureux survenu dans la soirée du vendredi dernier à Sangé, dans la province du Sud-Kivu, vient d’enlever la vie à plus de deux cents de nos compatriotes, dont beaucoup de jeunes à la fleur de l’âge.

En votre nom à tous, je présente les condoléances les plus attristées aux familles éprouvées et les assure de la solidarité dans la douleur, de l’ensemble de la nation.

J’ai instruit le Gouvernement d’élucider rapidement les circonstances de ce drame et de prendre toutes les mesures permettant d’éviter que cela ne se reproduise à l’avenir.

Un deuil national de 48 heures sera par ailleurs observé à dater de ce lundi 05 juillet 2010, à la mémoire des frères et sœurs ainsi brutalement arrachés à notre affection.

Chers compatriotes,

Le 30 juin 2010 restera à jamais gravé en lettres d’or dans nos mémoires.

Le 1er juillet 2010 devrait l’être tout autant.

Je viens, en effet, vous annoncer solennellement qu’à l’issue de leurs réunions qui se sont respectivement tenues le 29 juin et le 1er juillet 2010,  le Conseil d’Administration du Fonds Monétaire International et celui de la Banque Mondiale ont prononcé l’admission de notre pays au Point d’Achèvement de l’initiative PPTE.

La dette extérieure de notre pays, estimée à 13 milliards de dollars américains, vient d’être annulée à 90%.

C’est manifestement une grande victoire pour le peuple congolais.

Je tiens donc à rendre un hommage mérité et à adresser toutes mes félicitations aux Congolaises et Congolais pour leur patience et pour leurs sacrifices consentis des années durant en vue de l’annulation d’une dette accumulée sans leur consentement et dont, à l’évidence, ils n’ont tiré aucun bénéfice.

C’est aussi une victoire sur le découragement, le pessimisme et le scepticisme.

Il nous a en effet fallu croire avant de voir !

Croire en nous-mêmes, comme peuple ; mais aussi croire en notre Gouvernement tant il est vrai que du Point de décision au Point d’achèvement, le parcours a ressemblé à  une croisière sur une mer agitée où, tel un mirage, l’horizon   ne cessait de reculer au point de faire douter qu’on atteigne jamais le rivage.

Bien plus, l’atteinte du Point d’achèvement est, par-dessus tout, une victoire de la rigueur, de la discipline, de l’effort et de l’endurance.

Rigueur dans le choix des priorités et dans la définition des politiques ; discipline, effort et endurance dans la mise en œuvre de ces priorités et politiques.

Par essence, l’accès au pont d’achèvement est donc à la fois la reconnaissance et la récompense de la bonne gouvernance.

En l’occurrence, nous avons dû, pendant plusieurs années, faire preuve de constance dans la mise en œuvre d’une politique  économique, financière et monétaire dont les principales caractéristiques ont été les suivantes :
• Prudence en matière de politique monétaire et budgétaire ;
• Orthodoxie dans la gestion des finances publiques ;
• Réforme, avec courage et détermination, des secteurs économique, financier et social, ainsi que de la législation y relative ;
• Volonté avérée d’amélioration du climat des affaires, notamment par une fiscalité incitative à l’investissement et par la suppression des tracasseries administratives ;
• Respect des engagements souscrits dans le cadre des différents programmes conclus avec le Fonds monétaire International, ainsi qu’avec les autres partenaires.

C’est en effet l’application globalement satisfaisante de cette politique qui a permis à notre pays d’accéder au point d’achèvement.

Les conclusions de la dernière revue, par le Fonds Monétaire International, de l’exécution du Programme Triennal 2009-2012 sont à ce sujet éloquentes. Il se dégage, de ces conclusions, les principaux constats suivants :
• L’inflation est maîtrisée à hauteur de 4,5% à fin juin 2010 ;
• La monnaie nationale s’est appréciée par rapport aux devises étrangères dès le mois de février avant de se stabiliser au cours des derniers mois;
• Plus de 80% des mesures prévues dans le cadre des différentes réformes ont été effectivement exécutées ;
• Plusieurs actions essentielles, considérées comme déclencheurs du Point d’achèvement, ont été exécutées avec succès. C’est notamment le cas de la finalisation et de la mise en œuvre réussie pendant une année d’un Document de Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté.

Que tous les experts congolais, fonctionnaires des Ministères des Finances et du Budget ainsi que les agents de la Banque Centrale soient donc chaleureusement félicités pour cette brillante performance.

Si le crédit de ce succès leur revient en premier, la contribution de nos partenaires, plus particulièrement du Fonds Monétaire International, de la Banque Mondiale et de la Banque Africaine de Développement, qui nous ont techniquement et financièrement accompagnés dans nos efforts, ne peut cependant être ignorée.

Aux dirigeants, ainsi qu’aux experts de ces institutions, je présente donc, en votre nom à tous, nos remerciements les plus sincères.

Chers compatriotes,

Atteindre le point d’achèvement était une condition essentielle pour nous donner les moyens d’un nouveau départ.

Cependant, pour éviter qu’il ne s’agisse d’un faux départ, nous devons, dans l’utilisation des marges de manoeuvres qui en découlent, faire preuve de la même rigueur, de la même discipline et du même sens de responsabilité que ceux qui nous ont permis d’atteindre le point d’achèvement.

Je pense, certes, à l’affectation d’importantes ressources, jusque-là consacrée au service de la dette qui, pour ne prendre que l’exemple de l’année en cours, auraient atteint le seuil de plus ou moins 300 millions de dollars américains.

Je pense aussi et surtout à la capacité d’endettement retrouvée qui ne devrait, en aucune manière, être comprise comme une licence à s’endetter à nouveau de manière inconsidérée.

Mes instructions à ce sujet sont claires.

La sanction de toute complaisance dans leur exécution sera exemplaire.

Dans un cas comme dans l’autre, nous ne pouvons en effet permettre que l’avenir de nos enfants et petits-enfants soit à nouveau hypothéqué par des décisions qui ne contribuent pas à renforcer les capacités nationales de production et d’auto-prise en charge, ou qui concourent à l’enrichissement des individus au détriment de la collectivité.

Les économies des ressources propres, fruit de l’annulation de notre dette devront donc être essentiellement affectées aux secteurs porteurs de croissance et générateurs d’emplois et de revenus, ainsi qu’aux projets ayant un impact durable sur l’amélioration des conditions de vie de nos populations.

La santé, l’éducation, le logement, le transport de masse et les infrastructures en seront les principaux bénéficiaires.

Quant à la négociation de nouveaux prêts, elle devra, dans tous les cas, constituer une solution d’ultimes recours.

Elle devra en plus satisfaire aux critères, voulus intangibles, de rentabilité économiques, pour les projets à financer ; de transparence, pour les modalités et conditions d’emprunts ; et d’impacts non négatif sur la soutenabilité de la dette globale.

Chers compatriotes,

Une des principales leçons aussi bien du cinquantenaire, que de l’atteinte du point d’achèvement, est que c’est d’abord et avant tout à nous-mêmes qu’il revient de créer les conditions de notre libération, de la préservation de notre indépendance, et de l’épanouissement individuel et collectif des Congolais.

C’est pourquoi, plus que jamais, nous devons faire preuve de civisme fiscal.

Nous devons tous, sans distinction aucune, de la base au sommet, personnes physiques et morales, nous acquitter honnêtement et à terme échu, de nos obligations fiscales et de toutes autres redevances dues à l’Etat.

C’est à cette condition, et à cette condition seulement, que nous arriverons à mobiliser les ressources nécessaires à notre développement.

Pour leur part, le Gouvernement, particulièrement les Ministères des Finances et du Budget, ainsi que les Régies financières, devront veiller scrupuleusement à ce que personne ne se dérobe à cette obligation civique, et réprimer, avec toute la rigueur de la loi, toute évasion fiscale, tout minoration de déclaration, ou toute autre pratique délictuelle en la matière.

Nous devons le faire, pour l’amour de la patrie.

Nous le devons aussi, dans l’intérêt de notre progéniture.

Puisse le Très Haut nous aider à réussir ce nouveau pari.

Je vous remercie.

Kinshasa, le 4 juillet 2010

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